John Mac Cormack 1884-1945

John McCormack, ténor di grazia américain d’origine irlandaise est considéré comme l’un des plus grands chanteurs du XXème siècle. Formé à l’école du bel canto, il fut admiré pour sa diction et son contrôle de la respiration dans les répertoires lyriques et les chansons populaires. Il fut une véritable icône à son époque, rivalisé uniquement par son grand ami et collègue Enrico Caruso. Aujourd’hui, il est largement considéré comme l’un des plus grands récitalistes du XXème siècle.

John Francis McCormack naquit à Athlone, dans le comté de Westmeath, en Irlande, le 14 juillet 1884. Il était le deuxième fils et le cinquième des 11 enfants (dont cinq sont morts en bas âge ou dans l’enfance) d’Andrew McCormack et de sa femme Hannah Watson. Ses parents étaient tous les deux de Galashiels (Ecosse) et travaillaient à Athlone Woollen Mills, où son père était contremaître. La famille vivait alors dans l’une de ces petites maisons en alignement dans “The Bawn”, un quartier d’Athlone, à l’est de la rivière Shannon.  La famille de Mme McCormack était presbytérienne écossaise. Le père de McCormack est venu à Athlone pour travailler dans les usines de laine. Alors qu’il avait trois ans, en 1887, les parents de John l’ont inscrit à l’école des frères maristes d’Athlone. En 1896, il remporta une bourse d’études pour le Collège diocésain de l’Immaculée Conception de Summerhill à Sligo où il entra le 15 octobre 1896. Il remporta une autre bourse qui lui permit d’y rester jusqu’à ce qu’il termine ses études, en 1902, à l’âge de 18 ans. 

Malgré cette origine ouvrière, le jeune John manifesta très tôt un vif intérêt pour une carrière de chanteur. Lorsque la famille déménagea à Dublin, il fut accepté par Vincent O’Brien pour chanter dans la chorale de la cathédrale St Mary. Le jeune McCormack reçut de Vincent O’Brien ses premières leçons de chant et de formation musicale. En 1903, avec très peu de formation classique, il remporta la médaille d’or comme ténor au Irish National Music Festival, le Feis Ceoil.  C’est lors de ce festival qu’il rencontra Lily Foley, une soprano, qu’il épousera en 1906 et dont il aura deux enfants, Cyril et Gwen. 

Après avoir résisté aux pressions paternelles pour devenir prêtre ou pour trouver un emploi à la poste, il décida de se lancer dans une carrière lyrique. À l’automne 1904 à Covent Garden, McCormack entendit Caruso pour la première fois et fut frappé par ce qu’il entendit : « … Ce fut la meilleure leçon que j’aie reçue. Le son de la voix de Caruso cette nuit-là a persisté dans mes oreilles pendant des mois, et y restera sans doute toujours. Cela restera pour moi l’un des moments mémorables de ma vie. Je le regardais, comme je le fais encore, comme un artiste extrêmement doué, unique, exécutant des exploits vocaux qu’aucun autre ténor ne peut faire, et se démarquant des autres comme un modèle pour tous. » 

Mais pour faire carrière, l’Italie était un passage obligé pour tout futur chanteur. Il réunit les fonds nécessaires en chantant dans divers concerts en Irlande, dont un concert bénéfice organisé en grande partie par le père de Lily et également en réalisant ses premiers enregistrements de cylindres pour la National Phonograph Company (publiés sous forme de cylindres de marque Edison) et Edison-Bell Consolidated Phonograph Company (publiés sous forme de cylindres Edison-Bell. Il a également réalisé deux séries d’enregistrements pour la Gramophone and Typewriter Company (G&T). Ces premières gravures ont survécu et ont été publiés sur LP et CD, révélant une voix fondamentalement inexpérimentée mais attrayante, assortie de quelques maniérismes gênants. Elles sont remarquables dans la mesure où elles documentent en détail la qualité de la voix naturelle de McCormack qui devait être si transformée par la suite. 

McCormack arriva à Milan en mars 1905. En l’entendant chanter, Vincenzo Sabatini (père du romancier Rafael Sabatini) accepta de le prendre comme élève. Impressionné par sa voix naturelle il lui annonça : « je ne peux pas placer votre voix, car Dieu l’a déjà fait. »  Sabatini lui inculqua les principes du bel canto et le contrôle de la respiration qui lui seront si utile par la suite. Les premières leçons du printemps durèrent environ huit semaines. Sabatini avait évidemment des idées précises sur le réglage fin de la voix que Dieu avait placée, car il ne laissa McCormack chanter aucun air. Au lieu de cela, les leçons consistaient en exercices vocaux, gammes et autres coachings. 

McCormack a ensuite déclaré que pendant son étude, Sabatini ne lui avait enseigné aucun rôle d’opéra. Il les a plutôt étudiés et appris par lui-même. Il dira :« Deux objets ont retenu l’attention principale de Sabatini dans notre travail : l’acquisition d’une mezza-voce, que je n’avais pas naturellement, et la libération de mes aigus. » 

La première période de formation se termina avant l’été et McCormack revint en Irlande pendant environ quatre mois. Il partagea son temps entre sa famille à Athlone et Lily à Dublin. Il n’y a aucune trace de récitals pendant cet intervalle. Il retourna en Italie à la fin de septembre 1905. Il était évidemment devenu l’un des étudiants les plus prometteurs de Sabatini, et les deux se mirent à travailler avec enthousiasme et assiduité. 

En décembre, le maestro décida que John était prêt pour ses premières représentations d’opéra et organisa une audition au Teatro Chiabrera de Savone. Il devait chanter le rôle de Fritz (L’Amico Fritz) de Mascagni pour des représentations non rémunérées. Les deux travaillèrent sur l’apprentissage du rôle avant l’audition, qui fut une réussite. Ses débuts eurent lieu le 13 janvier 1906. Il se produisit sous le pseudonyme « Giovanni Foli », en raison des difficultés que les Italiens avaient à prononcer son nom. En 1906, il fit ses véritables débuts à l’opéra au Teatro Chiabrera de Savone. Il y reçut un accueil favorable même s’il était bien conscient que le public italien avait tendance à être sceptique à l’égard des étrangers chantant dans leurs opéras. Cependant ces débuts, furent assez réussis pour le mener à l’engagement suivant, deux mois plus tard, à Santa Croce sul Arno, près de Florence. Il y chanta Faust et fut rétribué, mais malgré cela, l’argent commençait à manquer. 

Il avait prolongé son séjour en Italie pour le printemps grâce à un prêt envoyé par des amis depuis l’Irlande. L’engagement à Santa Croce dura six semaines et consistait en dix représentations. McCormack retourna brièvement à Milan pour voir Sabatini et quitta l’Italie pour rentrer chez lui en mai 1906. C’était, dira-t-il, « la fin de mes études formelles avec lui ».

Le père de Lily Foley était décédé au printemps 1906. McCormack épousa Lily le 2 juillet 1906, apparemment avec l’approbation de Mme Foley mais avec le scepticisme des parents de John (qui pensaient qu’il était prématuré pour leur fils de se marier avant d’avoir un moyen de subsistance convenable). 

Avant de partir pour leur lune de miel à Londres, il donna un récital à Dublin qui fut très bien reçu. À Londres, lui et Lily assistèrent à plusieurs spectacles à Covent Garden, la scène où il rêvait de chanter un jour. Mais avant cela, il avait conscience que son expérience devait d’abord se poursuivre en Italie. Il revint donc à Milan avec Lily fin juillet à la recherche de contrats. Plusieurs auditions furent infructueuses, dont une à La Scala. Bien qu’accueilli et aidé dans la mesure du possible par Sabatini, cette visite en Italie s’avéra frustrante. L’argent manquait à nouveau et Lily découvrit qu’elle attendait un enfant. McCormack décida alors qu’il avait plus de chances de gagner un peu d’argent à Londres.

Lily McCormack a décrit leur arrivée à Londres au retour de Milan en 1906 comme suit : « Nous avons trouvé des chambres adaptées à nos moyens à Torrington Square, où vivaient beaucoup d’artistes et John a immédiatement commencé à se créer des relations. » Il a dû accepter pour survivre tout ce qui pouvait se présenter et signa un contrat avec une agence théâtrale dirigée par Henry et Louis Bernhardt pour des concerts situés à une heure de train au sud de Londres et pour des rôles très secondaires. Il fut gagné par le doute et dira plus tard : j’ai commencé, pendant ces jours sombres, à me demander si je n’avais pas vu un peu grand en demandant à la femme que j’aimais de partager avec moi ces moments difficiles ; c’était déjà assez difficile pour un homme…» McCormack continua à chercher des engagements tout au long des derniers mois de 1906. 

Juste après Noël 1906, il rencontra Albert Vesetti, professeur de chant au Royal College of Music, qui avait auparavant été l’accompagnateur d’Adelina Patti. Vesetti avait entendu McCormack dans plusieurs concerts et avait été impressionné par sa voix. Il donna au chanteur deux lettres d’introduction pour deux directeurs de musique rivaux, l’une à William Boosey de Chapells, et l’autre à son cousin Arthur Boosey, de la Boosey Company. La seconde de ces lettres s’avéra être la bonne. 

Lily resta à Dublin après Noël, car leur fils devait naître trois mois plus tard (il est né le 26 mars).  Boosey fut impressionné et engagea John pour chanter avec sa troupe dans une série de récitals qui se tenaient au Queen’s Hall de Londres. Au deuxième concert de Boosey, McCormack fut remarqué par Sir John Murray Scott, un riche mécène des arts à Londres. Ce dernier lui obtint une audition avec Harry Higgins, le directeur du Royal Opera de Covent Garden. Après audition, il reçut une offre pour chanter Turiddu dans Cavalleria Rusticana. À 23 ans, il devint ainsi le plus jeune ténor à chanter un rôle principal à Covent Garden. Les critiques saluèrent la qualité de sa voix, mais firent des réserves sur son relatif manque de puissance.

Lors de sa première saison à Covent Garden, McCormack chanta avec Luisa Tetrazzini (le 23/11/07) dans Rigoletto. La soprano avait fait ses débuts à Londres au début du mois et avait remporté un succès incroyable. À cette époque, Nellie Melba était la soprano régnante à Covent Garden, et l’accueil chaleureux fait à Tetrazzini conduisit à une intense rivalité entre les deux divas. Diplomate, McCormack chanta avec les deux. Il partira avec Tetrazzini en Amérique à l’automne 1909 pour chanter à l’Opéra de Manhattan, et deux ans plus tard (automne 1911), il ira en Australie avec la compagnie d’opéra de Melba, lors de sa première tournée professionnelle dans son pays. McCormack chanta à Covent Gardenchaque saison jusqu’à l’été 1914 y incarnant 15 rôles d’opéra différents.

Après Noël 1907, il entreprit sa première tournée Harrison. Organisées régulièrement par Percy Harrison, ces tournées dans les provinces anglaises associaient généralement plusieurs chanteurs et instrumentistes, toujours présentés comme des « célébrités internationales ». Lors de cette première tournée Harrison du printemps 1908, McCormack était entouré de Emma Albani, Marie Stuart, Dalton Baker, et la pianiste Marie Novello. John y chanta des airs de Carmen, Faust, La Bohème et des chansons de Charles Marshall et Thomas Moore.  La chanson de Marshall I Hear You Calling Me devint une pièce maîtresse de son répertoire ; il l’enregistra deux fois en 1908, cinq fois pour Victor et au moins deux fois pour son film Song o’My Heart

Le 26 mai 1908, un concert se tint au Queen’s Hall pour marquer la 10ème année professionnelle de Wilhelm Ganz, un chef d’orchestre de premier plan. Adelina Patti sortit même de sa retraite pour chanter en son honneur. McCormack chanta Celeste Aida, un air qu’il enregistra l’année suivante. Le lendemain, 27 mai, il y eut un gala à Covent Garden pour la famille royale. McCormack et Tetrazzini chantèrent l’acte I des Pêcheurs de Perles et Melba, Journet et Zenatello l’acte II de Faust. Le 28 mai, il y eut aussi un concert de League of Mercy au Royal Albert Hall. Les meilleurs artistes y furent invités et McCormack s’y trouva entouré de Caruso, Melba, Scotti et Tosti. 

C’est cette année-là que sa fille Gwen naquit à Dublin le 21 juillet. A l’automne, il fut invité au Festival de Birmingham, chantant notamment dans le Requiem de Verdi dirigé par Henry Wood. L’année s’acheva par une tournée de cinq concerts avec le grand violoniste Fritz Kreisler, avec qui McCormack aura une longue association professionnelle. 

Lors de sa deuxième saison à Covent Garden, il élargit son répertoire avec Rigoletto, Don Ottavio, Don Giovanni, La Bohème, Madama Butterfly, Tosca, Traviata, Lucia di Lammermoor, Lakmé, Faust, Romeo et Juliette. 

Au printemps 1909, McCormack chanta de nouveau en Italie, faisant ses débuts dans le duc de Rigoletto au San Carlo de Naples. Il y rencontra Fernando De Lucia, qui le félicita pour son chant. Lors d’une fête donnée par le régisseur adjoint, McCormack fit aussi la connaissance de la jeune Claudia Muzio qui se préparait à débuter une carrière professionnelle et qu’il retrouvera cinq ans plus tard à Covent Garden. Ce printemps-là, il donna également plusieurs concerts avec Busoni. Revenant de Naples en avril, John et Lily eurent une audience avec le pape Pie X. De retour à Londres, il commença les répétitions pour la saison de Covent Garden, dans laquelle il devait ajouter à son répertoire, La Fille du Régiment, avec Luisa Tetrazzini.

Vers la fin de cette saison, Oscar Hammerstein vint à Londres à la recherche de talents pour son opéra de Manhattan qu’il avait créé à New-York plusieurs années plus tôt afin de rivaliser avec le Metropolitan Opera. McCormack parvint à annuler sa participation au Harrison Tour de l’automne 1909 et fit ses débuts à Manhattan le 10 (ou le 7 novembre) en Alfredo dans Traviata avec Tetrazzini et Sammarco. Les critiques furent favorables à chaque performance et il accepta de revenir l’année suivante.

Il rencontra aussi à New-York, Denis McSweeney, l’homme qui devait être son manager pendant la majeure partie de sa carrière américaine et il donna à cette époque ses premiers récitals aux États-Unis. 

En janvier 1910, il réalisa des enregistrements pour la Victor Talking Machine Company, qui lui proposa un contrat qui durera jusqu’en 1938. McCormack devait enregistrer activement dans les studios Victor pendant deux décennies, enregistrant des centaines de titres qui furent vendus par millions. Ces enregistrements marquèrent le début de l’âge d’or de ses gravures qui dura jusqu’en 1930. Après cette date, ses enregistrements souffrirent de moyens vocaux en déclin. 

De retour à Covent Garden il chanta en 1910 La Bohème avec Nellie Melba, à la demande de cette dernière. A l’automne 1910, il était de retour aux États-Unis pour se produire dans un certain nombre de villes américaines : Chicago (La Fanciulla del West), Philadelphie pour la première mondiale de l’opéra Natoma de Victor Herbert avec Mary Garden et Mario Sammarco. 

Plus tard cette année-là, Dame Nellie Melba l’invita pour une grande tournée en Australie qui commença à Sydney le 2 septembre 1911 puis à Melbourne, sa ville natale. Furent donnés : Tosca, Roméo et Juliette, Faust, Traviata, Rigoletto, La Bohème et Madama Butterfly. Après la fin de la tournée, McCormack resta en Australie pour donner quelques concerts. John et Lily naviguèrent ensuite vers la Colombie-Britannique via la Nouvelle-Zélande et Hawaï, où il donna également des concerts. 

A partir de 1912, il délaissa de plus en plus l’opéra où ses dons d’acteurs étaient limités et commença à s’impliquer de plus en plus dans les récitals, où la qualité de voix et son charisme lui permirent de devenir le ténor lyrique le plus célèbre de son temps, chantant partout à guichet fermé.  

L’accueil chaleureux du public américain le poussa à demander la citoyenneté américaine en 1914. Cette demande couplée à son fort soutien à la cause irlandaise, lui coûta le soutien du public britannique pendant la Première Guerre mondiale. Il fut naturalisé américain en 1917.  En juin 1918, il fit don de 11 458$ pour l’effort de guerre des États-Unis et fit de nombreuses tournées au bénéfice de la Croix-Rouge et du War Bond. Il donna également de nombreux concerts pour les militaires et pour les blessés dans les hôpitaux. Il chanta lors d’une célébration de la fête de l’indépendance à Mount Vernon à laquelle assista le président Wilson, qui le félicita pour son exécution de l’hymne national. 

 A cette époque, il gagnait des millions de dollars grâce à ses ventes de disques et à ses nombreux concerts : plus de 50 à 60 concerts par saison, tous dans de très grands auditoriums. Pendant que John était en tournée, la famille McCormack passait généralement la plupart de son temps à New-York. Les étés se passaient dans le Connecticut. En 1917, il acheta un domaine sur le front de mer à Noroton, Connecticut, nommé “Rocklea.” 

En 1918, le frère de Lily et son épouse disparurent lors du torpillage, dans la baie de Dublin, du bateau postal sur lequel ils voyageaient. McCormack a immédiatement pris des dispositions pour l’éducation de leurs dix enfants, dont neuf ont ensuite vécu avec la mère et la sœur aînée de Lily. John et Lily adoptèrent le plus jeune, Kevin, qui n’avait que 16 mois à l’époque. McCormack finança également le séjour de ses parents dans une maison de retraite près de Dublin.

Il continua à enregistrer abondamment pour Victor pendant les années de guerre, en moyenne cinq ou six sessions par an. Les airs d’opéra furent presque totalement remplacés par des chansons, à une exception notable : le 9 mai 1916, quand il enregistra Il mio tesoro de Don Giovanni, qui est considéré comme son meilleur enregistrement d’opéra et, pour beaucoup, comme la meilleure version de cet air, dans lequel il fait preuve d’une longueur de souffle exceptionnelle. Il continua à enregistrer avec Kreisler, sauf pendant la guerre car le violoniste servait dans l’armée autrichienne. 

Il fut le premier artiste à enregistrer la célèbre chanson de la Première Guerre mondiale It’s a Long Way to Tipperary en 1914. Il enregistra également une version à succès d’une autre chanson populaire de la Première Guerre mondiale Keep The Home Fires Burning en 1917. 

Il chanta aussi des chansons représentatives du nationalisme irlandais. Son enregistrement de The Wearing of the Green, une chanson sur la rébellion irlandaise de 1798, contribua aux efforts qui aboutirent à l’indépendance de l’Irlande en 1922. 

McCormack était associé en particulier aux chansons de Thomas Moore, notamment The Harp That Once Through Tara’s HallsThe Minstrel Boy, Believe Me If All (These Endearing Young Charms) et The Last Rose of Summer

Entre 1914 et 1922, il enregistra près de deux douzaines de chansons accompagnées au violon par Fritz Kreisler. Il grava aussi des chansons de Hugo Wolf pour la Hugo Wolf Society, en allemand. En 1918, il enregistra la chanson Calling Me Home to You.

En 1920, Edwin Schneider était devenu le pianiste accompagnateur de McCormack. Lorsque Schneider prit sa retraite, il se fit accompagner par Gerald Moore, de 1939 à 1943.

En 1927, McCormack s’installa à Moore Abbey, Monasterevin, comté de Kildare, et adopta un train de vie princier. Il possédait également des appartements à Londres et à New-York et acheta Runyon Canyon à Hollywood en 1930. Il avait apprécié ce domaine pendant le tournage de Song o’My Heart et utilisé le salaire de ce film pour acheter le domaine et y édifier un manoir qu’il appela « San Patrizio ». McCormack et sa femme y vécurent jusqu’à leur retour en Angleterre en 1938. Il possédait également des chevaux de course…

Après la guerre il fit une nouvelle tournée en Australie (la troisième) mais y reçut un accueil mitigé car les australiens lui reprochaient d’avoir abandonné la citoyenneté britannique pour devenir américain. Il faut savoir qu’à l’époque il n’y avait pas encore de citoyenneté irlandaise. Après une vingtaine de concerts, McCormack interrompit sa tournée pour se rendre en Inde puis à Londres. Là aussi, il subit du ressentiment et des critiques franches à l’égard de son changement de nationalité.

Il alla alors à Paris où ses concerts furent couronnés de succès. De Paris, il gagna Monte-Carlo, où il connaîtra un grand succès pendant deux saisons d’opéra. Ces deux saisons se sont avérées être ses dernières apparitions sur la scène lyrique. Dans sept représentations de février à avril 1921, il chanta dans Tosca, Zauberflöte et Il Barbiere di Siviglia

C’est lors de son séjour dans le sud de la France que McCormack et Lily rencontrèrent le grand ténor polonais, Jean de Reszké, qui décrivit l’Irlandais comme « le véritable rédempteur du bel canto ». Il se lança ensuite dans une tournée européenne comprenant des récitals à Prague, Paris, et Berlin avec l’Orchestre philharmonique de Berlin dirigé par Bruno Walter. 

Au début de l’automne, les McCormack étaient de retour à New-York, où en septembre John avait trois sessions d’enregistrement. La famille passait généralement les hivers dans leur appartement new-yorkais. Après deux autres sessions Victor en avril 1924, McCormack partit à nouveau pour des engagements européens, comme à Paris où il participa à un festival Beethoven sous la baguette de Walter Damrosch. 

L’été 1924 se passa en Angleterre et en Irlande. En septembre, McCormack fit ses premières sessions d’enregistrement en Angleterre depuis 1912. Sur une période de trois jours, il enregistra un groupe de 20 titres comprenant des lieder, des airs de concert et des passages de Rachmaninoff, Bridge et Donaudy. Les enregistrements de 1924 comptèrent parmi ses dernières sessions acoustiques car l’ère de l’enregistrement électrique était arrivée.

Peu de temps après, McCormack donna son premier concert à Londres depuis dix ans. Il restait encore quelques traces de ressentiment contre lui pour son accession à la citoyenneté américaine cinq ans plus tôt. Lily commenta que « lorsque le concert a été annoncé, il avait reçu toutes sortes de lettres menaçantes l’avertissant qu’il ne serait pas le bienvenu à Londres ». La crainte d’une faible participation ou de manifestations lors du concert du 6 octobre 1924 poussèrent à sa tenue dans le Queen’s Hall, plus petit, plutôt que dans l’Albert Hall. Les craintes de perturbation au cours du spectacle s’avérèrent toutefois sans fondement et le concert fut un énorme triomphe.

A dater de cette époque, le statut de McCormack en tant que célébrité musicale était au sommet. Caruso était décédé en 1921, et aucun autre chanteur de dons comparables ne jouissait d’un tel attrait. Au cours des années 1920-1924 il fit de nombreuses tournées, allant jusqu’au Japon et en Chine, mais revint régulièrement à New-York et continua d’enregistrer. Il était une superstar aux États-Unis et fréquentait les plus brillantes élites musicales et sociales de son époque. Avec des maisons des deux côtés de l’Atlantique, il était rarement au repos, voyageant constamment. En 1931, il se produisait depuis plus de deux décennies avec une popularité intacte. Il est exact de dire qu’il était devenu une institution, appréciée et respectée. 

À l’été 1932, l’Église catholique romaine tint son 31ème Congrès eucharistique international à Dublin. McCormack, fervent croyant, était chambellan papal et remplit diverses fonctions au cours de cet événement, au cours duquel il chanta Panis Angelicus lors d’une messe pontificale à Phoenix Park. Cette messe fut diffusée à la radio, et il en existe un film. 

Gwen McCormack épousa Edward Pyke le 16 septembre 1933. Le couple s’installa en Angleterre et le premier petit-fils de McCormack naquit deux ans plus tard. 

L’année suivante survint la mort de Denis McSweeney, qui avait géré la carrière de John pendant plus de 20 ans. McSweeney qui était malade depuis plusieurs mois n’a donc pas accompagné McCormack lors d’une tournée en Afrique du Sud en 1934. Lily expliqua que John fut dévasté par la mort de McSweeney et qu’il avait perdu une grande partie de sa capacité à tolérer les longs voyages sans la compagnie de son manager. Le frère de John, Jim, prit la direction de sa carrière pendant deux ans. 

McCormack donna ses derniers concerts aux États-Unis au cours de l’automne et de l’hiver 1936-1937, terminant à Buffalo et à New-York, au Consistory Auditorium le 16 mars 1937. McCormackmit fin à sa carrière au Royal Albert Hallde Londres, le 27 novembre 1938 devant plus de 11 000 spectateurs. 

Au printemps 1939, John et Lily partirent en vacances en Égypte. Pendant leur séjour, ils apprirent la mort du pape et se rendirent à Rome, où ils demeurèrent jusqu’à la fin du conclave qui a finalement élu Pie XII. John avait diverses fonctions à remplir pendant cette période. Lily et lui furent présentés au nouveau pape par le cardinal Hindsley. Cet été-là, après un repos consacré à la pêche en Irlande, John commença à envisager de se tourner vers l’enseignement.

Mais l’avènement de la guerre européenne conduisit John à offrir ses services à la Croix-Rouge pour la collecte de fonds, et il a rapidement repris un exténuant calendrier de tournées, compte tenu de son âge et de sa santé. 

De l’automne 1939 aux premiers jours de 1942, il fit une tournée pour la Croix-Rouge et donna des concerts pour les militaires dans toute la Grande-Bretagne. Il chanta régulièrement pour la BBC. Au cours de ces années, il s’est beaucoup fait aimer du public, car ses activités désintéressées en faveur de l’effort de guerre et le moral du front intérieur étaient évidents. Sa tournée commencée à l’automne 1939 comprenait pas moins de 39 concerts entre novembre et mai suivant. 

McCormack a maintenu un calendrier chargé tout au long de 1940 et 1941. Il continua à donner des concerts, à diffuser et à enregistrer avec Gerald Moore comme accompagnateur. Il est tombé malade pendant les mois d’hiver, au début de 1942, développant une toux sévère et persistante, qui fut suivie par une récidive de l’infection streptococcique dont il avait déjà souffert en 1922. Sa convalescence fut longue et il n’a pas pu donner d’autres concerts. 

Après avoir un peu récupéré, il réalisa encore trois cessions d’enregistrement. En 1943, il dut s’arrêter et au début de cette année, lui et Lily retournèrent à Dublin, vivant à l’hôtel Shelbourne pendant environ 18 mois. 

À la fin du printemps 1944, le couple déménagea dans sa maison à Booterstown, une maison nommée “Glena”. Les divers biographes de McCormack témoignent d’une succession de maladies au cours de ses derniers mois, dont la pneumonie et la grippe. Plusieurs sources notent qu’il ne pouvait parler que dans un murmure rauque. 

Il est décédé paisiblement chez lui le dimanche 16 septembre 1945. Il fut inhumé au cimetière de Deansgrange.

Homme profondément religieux, il reçut au cours de sa carrière, de nombreuses distinctions ecclésiastiques: Commandant du Saint-Sépulcre en 1913, Chevalier commandant de Saint-Grégoire en 1921, Chevalier commandant de Saint Sylvestre en 1923, Comte pontifical en 1928, Chambellan privé de Sa Sainteté en 1929, Chevalier de Malte en 1932, Chambellan du Cap et de l’épée de Sa Sainteté en 1933, ainsi que des distinctions civiles: Docteur en littérature, Holy Cross Collegedu Massachusetts en 1917, Homme libre de la ville de Dublin en 1923, Chevalier de la Légion d’honneur en 1924, Médaille Laetare de l’Université Notre Dame en 1933. 

Il fut célèbre pour son exceptionnel contrôle du souffle : il pouvait chanter les 64 notes sans coupure dans un même souffle du Il mio tesoro de Mozart (Don Giovanni), et son chant haendélien était tout aussi impressionnant à cet égard. Comme Caruso, il avait un charme direct qui, sans aucune complication, faisait son effet avec un minimum de temps et d’efforts. 

C’est d’abord grâce aux chansons populaires que McCormack a conquis le cœur d’un vaste public international, et qu’il est devenu l’une des plus grandes icônes de son temps, équivalente à certains de nos chanteurs de variétés actuels. 

John McCormack a laissé derrière lui un héritage enregistré assez important de 1904 à 1941. Son répertoire comprenait l’opéra, le lied allemand, les chansons folkloriques irlandaises et écossaises, les hymnes chrétiens, les chansons martiales américaines, les ballades populaires et les oratorios. Cette diversité sans précédent s’explique facilement par les circonstances uniques de sa carrière. Cela peut également s’expliquer par l’idée qu’il se faisait des programmes d’un récital : « Je construis mon programme d’une manière définie, et je n’en change jamais. Premièrement, je donne à mon public les chansons qu’il aime. Deuxièmement, je lui donne les chansons qu’il devrait aimer. Troisièmement, je lui donne les chansons folkloriques de mon pays natal. Quatrièmement, je lui donne les chansons qu’il est en droit d’attendre. Après tout, le premier devoir de tout artiste est de considérer les goûts de son public et je l’ai toujours fait. »