Fernand Ansseau 1890-1972

Fernand Ansseau était un ténor lyrique belge, l’un des meilleurs de sa génération. Il fut une légende du théâtre de La Monnaie à Bruxelles où on le surnomma le Caruso belge. 

Il naquit le 6 mars 1890 à Boussu-Bois, près de Mons, où son père jouait de l’orgue dans l’église du village. À 17 ans, il entra au conservatoire de Bruxelles et devint l’élève du célèbre professeur Désiré Demest. C’est dans la musique d’église (Requiem de Mozart) qu’il fit ses premiers pas devant un public. Demest l’avait formé pendant deux ans comme baryton, mais Ansseau considéra qu’il faisait trop peu de progrès. Remarquant l’aisance croissante de son élève avec le registre supérieur, son professeur lui conseilla alors de passer à la tessiture de ténor.

Après avoir étudié trois ans avec le célèbre ténor flamand Ernest van Dijck, Ansseau fit des débuts très remarqués avec le rôle de Jean dans Hérodiade de Massenet (le rôle allait devenir l’une de ses réalisations les plus réussies). Au cours de sa carrière, il tint des rôles tels que Sigurd, Faust, Julien et Don José. Il fut le ténor principal de la première représentation des Barbares de Saint-Saëns.

Doté d’un grand sens patriotique il refusa de se produire sur la scène de l’opéra de Bruxelles pendant la Première Guerre mondiale et ne chanta qu’occasionnellement. Après la guerre, il reprit sa carrière lyrique au Théâtre de La Monnaie dans le rôle de Canio (en 1918). Il fut particulièrement applaudi dans l’opéra d’Auber La Muette de Portici. Son répertoire à La Monnaie comprenait Radamès, Samson, Lohengrin, Le Duc de Mantoue, Jean, Don Alvaro, Faust (de Berlioz), Des Grieux (Manon) et Cavaradossi. Il resta fidèle à cet important opéra jusqu’à sa retraite.

En 1919, il fit ses débuts à Covent Garden, chantant Des Grieux avec la soprano Marie-Louise Edvina dans le rôle de Manon et sir Thomas Beecham comme chef d’orchestre.

Ansseau devint aussi un chanteur très apprécié à Covent Garden où il incarna Faust, Canio, Cavaradossi et Roméo, en compagnie de Dame Nelly Melba. Il refusa une offre généreuse du directeur général Gatti-Casazza en 1920 pour chanter au Met, ne souhaitant pas quitter sa demeure pendant une période trop prolongée. Dans une lettre adressée en 1928 à Jacques Rouché il déclara : « J’ai décidé de ne plus retourner en Amérique, quoique les cachets que l’on me propose soient on ne peut plus tentants.»

Il débuta à l’Opéra-Comique de Paris en octobre 1920 dans le rôle-titre de Werther. Il y chanta ensuite Carmen (Don José), Manon (Des Grieux) de Massenet, Tosca (Cavaradossi), les rôles-titres de Julien de Charpentier et d’Orphée de Gluck.

En 1922, il débuta à l’Opéra de Paris en Jean dans Hérodiade (Massenet) le 16 octobre 1922. La même année, il y chanta également Roméo dans Roméo et Juliette de Gounod, et Alain dans la création de Grisélidis de Massenet (29 novembre 1922). En 1923, il incarna Canio, Faust (dans La damnation de Faust), Lohengrin et Samson ; en 1929, Admète dans Alceste de Gluck en compagnie de Germaine Lubin, Prinzivalle dans Monna Vanna (Février) et en 1934, le rôle-titre dans Tannhäuser.

De 1923 à 1928, il fut membre régulier du Chicago Civic Opera, jouissant d’une popularité remarquable. Il devint l’un des partenaires favoris de Mary Garden qui ne tarit pas d’éloges sur le ténor. Il fut son partenaire dans Risurrezioned’Alfano et dans L’Amore dei tre Re de Montemezzi. Si Ansseau passa ses années actives principalement à Bruxelles il s’est souvent produit à Gand et à Anvers. A partir de 1930, il limita sa carrière à la Belgique et à la France.

Sa dernière représentation à la Monnaie remonte à 1939. Sa retraite assez précoce, alors qu’il était au sommet de ses moyens, fut liée à la guerre, encore pour des raisons patriotiques. Il déclara : « Je ne chanterai pas pour les Allemands…J’ai gagné assez pour vivre. » Toutefois, certaines personnes qui l’ont connu, l’attribuent davantage au surmenage. De 1942 à 1944, il devint professeur de chant au Conservatoire de Bruxelles, consacrant les décennies suivantes à ses loisirs, la pêche et le jardinage. Il dira : « Mon rêve est d’arrêter de chanter à 40 ans et de prendre une vieille maison à la campagne, près d’un bon ruisseau à truites. » Il est mort là où il est né, à Boussu-Bois le 1er mai 1972.

Ansseau a relativement peu enregistré, comparativement à une Emmy Destinn ou un Caruso par exemple, mais ses quelques soixante faces de 78 tours/min étalées de 1919 à 1930 et consacrées essentiellement à des airs d’opéras sont de pures merveilles qui pourraient tenir sur trois CD au total. En écoutant les disques qu’il a laissés, on peut faire connaissance avec cette voix très puissante, cette voix d’airain, qui fait penser à la lave d’un volcan. Fernand Ansseau fut l’antithèse d’une star, qui, en distribuant son argent aux nécessiteux, montra qu’on peut être l’un des plus grands ténors du monde et un merveilleux être humain.