Renato Zanelli 1892-1935

Renato Zanelli fut l’une des plus belles voix naturelles jamais entendues. Aussi brillant comme baryton que comme ténor, il défendit ces deux tessitures un même nombre d’années avec le même succès. Sa carrière fut malheureusement tragiquement stoppée par la survenue d’un cancer.

Renato Zanelli Morales, est né le 1er avril 1892 à El Almendral, localité chilienne située entre Santiago et Valparaíso. Son père était italien et sa mère chilienne. Il fut envoyé en Europe en 1894 et fit sa scolarité en Suisse et en Italie. Il revint au Chili en 1911 pour travailler dans le bureau de l’usine de salpêtre de son père à Valparaiso. 

Sa voix fut découverte lors d’une soirée sociale par Angelo Querzé, un ténor italien qui avait chanté au Chili en 1894 lors de la première locale d’Otello. Querzé le prit sous son aile et le forma dans la tessiture de baryton. Cela lui permit de faire ses débuts en 1916, comme baryton, dans le rôle de Valentin (Faust). Il chanta ensuite, toujours comme baryton, des rôles aussi importants que Tonio, de Luna et Renato.

Après une saison réussie à Montevideo, Zanelli se rendit à New-York en 1918 où il auditionna pour le Metropolitan Opera. Le directeur général Giulio Gatti-Casazza proposa un contrat au jeune chanteur pour faire ses débuts au Met en 1919 dans le rôle d’Amonasro dans Aida aux côtés de Claudia Muzio, Gabriella Besanzoni and Giovanni Martinelli.

Il chanta au Met dix-sept représentations de cinq rôles : Amonasro dans Aida, Don Carlo dans La Forza del Destino, di Luna dans Il Trovatore, Tonio dans Pagliacci, Valentin dans Faust et Dodon dans Le Coq d’Or ainsi que quatorze Concerts du dimanche soir.

Après quatre saisons, il décida d’arrêter le Met, probablement déçu des emplois qui lui étaient proposés. Avant de quitter New-York, cependant, il chanta un dernier rôle de baryton. Dans une représentation d’extraits d’Otello à Central Park au printemps 1923, Zanelli chanta Iago à côté du Maure d’Antonio Paoli. Il s’est ensuite rendu en Italie pour poursuivre ses études vocales et développer sa tessiture de ténor qu’il ressentait en lui-même.

Après un an et demi de travail intensif avec le célèbre coach vocal Dante Lari (professeur de Giovanni Brevario et Gino Vanelli, entre autres) et le chef d’orchestre Fernando Tanara, Zanelli revint sur les planches comme ténor. Son premier rôle dans cette nouvelle tessiture fut Alfredo dans La Traviata au Politeama Giacosa de Naples en octobre 1924. Le mois suivant, il assuma une tâche bien plus redoutable, Raoul dans Gli Ugonotti au Teatro San Carlo.

En très peu de temps, Zanelli s’imposa comme un ténor dramatique de premier ordre avec des invitations dans les grands théâtres de Venise, Milan, Florence, Bari, Naples, Turin, Parme, Bologne, Fiume, Lisbonne, Londres, Le Caire, Buenos Aires et Rio de Janeiro. 

À ce stade de sa carrière, il était considéré comme étant le meilleur Otello et ses contrats l’obligeaient à chanter ce rôle dans presque tous les théâtres d’importance. En 1928, il remporta un grand succès avec son Otello, au Covent Garden

Il revint au Chili auréolé de gloire. A Santiago il chanta Lohengrin, Pagliacci, Carmen, Otello et la première représentation Chilienne de Tristan et Yseult. Au cours de la saison 1929/1930, il chanta à la Reale dell’Opera, à Rome, Die Walküre, La Forza del DestinoTristan et Yseult et la première mondiale de Lo Straniero d’Ildebrando Pizzetti. 

En juin 1930, il chanta à nouveau Otello au Covent Garden et en décembre 1930, pour la première fois à La Scala de Milan, les opéras Tristan et Yseult et Lo Straniero. En 1931, il retourna à La Scala pour chanter La Rosa di Sarond’Adriano Lualdi. S’il n’a jamais donné son célèbre Otello à La Scala, il le fit au Teatro Dal Verme de Milan, en septembre 1931.

Son répertoire comprenait les rôles principaux de La Fanciulla del West, Tosca, Il Trovatore, La Forza del Destino, Aida, Andrea Chénier, Mefistofele, L’Africana, Carmen, Norma, Nerone, Pagliacci, Tristan und Isolde, Die Walküre, Lohengrin et bien sûr l’Otello de Verdi qu’il eut l’occasion de chanter au côté de son frère dans le rôle de Iago.

Son frère, Carlos Zanelli-Morales (1897-1970), fut également un baryton à succès. Il chanta sous le nom de scène de Carlo Morelli en Italie et aussi au Met de 1935 à 1940.

En 1933, Zanelli retourna en Amérique du Sud pour une série de représentations à Santiago et à Buenos Aires dans Andrea Chénier, Tosca, Trovatore, Pagliacci, Mefistofele et Aida.

La carrière du ténor battait son plein et il était alors au sommet de sa puissance vocale. Considéré comme l’un des plus grands acteurs chanteurs de son époque, Zanelli semblait destiné à une longue carrière. Malheureusement, les choses ne se sont pas passées ainsi…

Pendant une grande partie de 1933, Zanelli commença à se sentir mal, mais il ignora ses symptômes et continua à répondre aux exigences d’un emploi du temps trop chargé. En octobre, il donna deux représentations d’Otello à Santiago et un concert à Osorno le 25 octobre 1933. Ce seront les dernières apparitions publiques du ténor. 

Au début de 1934, il était de retour aux États-Unis pour une série de représentations à l’opéra et en concert, qu’il dut annuler lorsqu’il se rendit compte qu’il était tout simplement trop malade pour paraître en scène. Il avait perdu énormément de poids et souffrait tellement qu’il demanda finalement l’avis des médecins. Leur diagnostic fut sombre : cancer avancé du rein. Le ténor se battit vaillamment contre la maladie pendant une grande partie de l’année suivante, mais perdit finalement cette bataille. Il retourna au Chili pour décéder à Santiago le 25 mars 1935, juste une semaine avant son 43ème anniversaire.

Au début de sa carrière, sa voix était incontestablement celle d’un baryton et mûrit pour devenir celle d’un un ténor dramatique. Otello devait être sa marque de fabrique dans les années qui suivirent. Son Otello fut un rôle tragique de grande distinction, toujours affiché avec beau sens de la ligne musicale. Zanelli avait une voix chaude, corsée et barytonale, chantant avec un legato exceptionnel.

Renato Zanelli a marqué durablement le monde de l’opéra au cours de sa vie tragiquement brève. Au cours d’une carrière de ténor qui n’a duré que neuf ans, il s’est imposé comme un ténor dramatique prééminent et l’un des principaux wagnériens italianisants de sa génération. Malheureusement, son héritage enregistré fait cruellement défaut. Seule une poignée d’enregistrements, réalisés pour Victor (comme baryton) et H.M.V. (comme ténor), existent pour préserver le talent artistique de ce grand acteur chanteur. Ces disques révèlent un ténor costaud et masculin, avec une assise barytonale évidente et des notes aigues plutôt musclées. Zanelli utilisait sa voix avec brio et ses interprétations très théâtrales nous donnent une idée de son travail sur la scène lyrique. Son Un di, all’ azzurro spazio tiré d’André Chénier est l’une des meilleures versions qui ait été enregistrées.