Kurt Baum 1908-1989

Kurt Baum (1908-1989) était un ténor dramatique américain né en Autriche-Hongrie. Il fut surtout connu pour ses 25 saisons passées avec le Metropolitan Opera de New-York, entre 1941 et 1966.

Kurt Baum n’était pas opposé à rendre une bonne histoire encore meilleure par l’embellissement… ce qui rend un peu difficile de séparer la réalité de la fiction lorsqu’on raconte l’histoire de sa vie. D’origine juive allemande il est né à Prague le 15 mars 1903 (ou à Brno en 1900, ou à Cologne en 1899, selon la version de l’histoire qu’il racontait).

Il s’est d’abord fait un nom comme boxeur poids lourd amateur classé au niveau national. Membre du club sportif de Max Schmeling à Cologne, le jeune boxeur (qui était également nageur de compétition et plongeur de haut niveau) commença des études de médecine à l’Université de Prague. Il était sur la bonne voie pour obtenir son doctorat lorsque d’autres étudiants l’entendirent chanter lors d’une fête. Encouragé par leur réaction, Baum abandonna ses études de médecine au beau milieu de sa dernière année et s’inscrivit comme étudiant en musique à l’académie de Berlin. Après moins d’un an d’études, il remporta le premier prix d’un grand concours de chant viennois. Sentant la nécessité de se perfectionner, il se rendit d’abord Milan, où il étudia avec Edoardo Garbin, et suivit plus tard un cours au Conservatorio Santa Cecilia de Rome.

La plupart des références indiquent que les débuts sur scène de Baum eurent lieu à Zurich en 1933 dans la nouvelle œuvre d’Alexander von Zemlinsky, Der Kreiderkreis. Dans une interview de 1987, cependant, Baum mentionna avoir chanté le rôle de Paris dans La Belle Hélène d’Offenbach sous la direction de Max Reinhardt à Berlin en 1929. Quoi qu’il en soit, il passa les années 1930 à construire son répertoire d’opéra dans les grands théâtres d’Europe.

En 1939, les nuages ​​de la guerre commencèrent à planer sur l’Europe centrale. Vivant maintenant à Prague, Baum réalisa que l’occupation nazie était imminente. Ayant peu de temps à perdre, il s’enfuit en Suisse, puis en France et finit par se retrouver à Monte-Carlo.

Peu après, il fut invité en Amérique, où il fit ses débuts à Chicago dans le rôle de Radamès (Aida). Les débuts de Baum au Met se firent dans Der Rosenkavalier le 27 novembre 1941. Après l’air “Di rigori armato“, le public éclata d’un tonnerre d’applaudissements qui ont longuement interrompu le spectacle. En fait, Erich Leinsdorf, qui dirigeait l’opéra ce soir-là, fut contraint d’arrêter l’orchestre et d’attendre que la fureur se soit calmée avant de reprendre la représentation. Un critique déclara au sujet de cette soirée : « C’était l’excellent chant de M. Baum de la difficile sérénade du premier acte avec sa tessiture meurtrière, qui a fourni la surprise la plus agréable de la soirée. Ce fut gratifiant d’entendre cette musique chantée avec un ton corsé qui portait jusqu’aux confins de l’opéra. »

Baum, selon ses propres estimations, a ensuite chanté plus de 2 000 représentations (le nombre semble en fait plus proche de 350) de 18 opéras, dont La Forza del Destino, Aïda, Il Trovatore, Tosca, Manon Lescaut, La Gioconda, Andrea Chénier, Cavalleria rusticana, Pagliacci, Samson et Dalila, Carmen, Das Rheingold, Lohengrin et Die Meistersinger, durant son quart de siècle avec la compagnie. Son dernier rôle lyrique au Met fut celui du tambour-major dans une version anglaise de Wozzeck et sa dernière apparition avec la compagnie fut pour le gala d’adieu du 16 avril 1966 à l’ancien Met.

Le ténor, maintenant citoyen américain, passa les deux dernières décennies de sa vie en semi-retraite à New York. Sa voix était étonnamment bien conservée et il continua à donner des concerts sporadiques jusque dans les années 1980.

Baum est décédé le 27 décembre 1989 à l’âge de 81 ans (ou peut-être 90 ans) à l’hôpital St. Claire de Manhattan. La cause du décès n’a pas été divulgué.

Les avis sont partagés quant au chant et à l’art de Kurt Baum… les amateurs d’opéra l’aiment ou le détestent. C’était une voix gigantesque d’une portée et d’une endurance remarquables avec des couleurs de Bronze. Baum était un membre apprécié du Met et a toujours été considéré comme un artiste fiable et un bon collègue. Cependant, il n’a jamais vraiment atteint le même statut de star que nombre de ses contemporains. Cela fut peut-être dut, en partie, au fait qu’il n’a jamais eu de contrat avec une grande maison de disques. La majorité de ses enregistrements sont soit extraits de disques de transcription d’émissions du Met, soit réalisés pour des maisons de disques indépendantes moins connues qui avaient une distribution plus confidentielle. L’écoute de ses enregistrements suggèrent que Kurt Baum était un artiste injustement sous-estimé qui mérite d’être mieux apprécié. Plusieurs de ses performances « live » en Pollione, Radamès et Manrico aux côtés de Maria Callas lors de leur tournée au Mexique en 1950 ont été particulièrement appréciées pour le haut degré d’excitation généré.