Ferruccio Tagliavini 1913-1995

Ferruccio Tagliavini était un ténor italien, l’un des plus éminents tenore di grazia de son époque. Principalement actif dans les années 1940 et 1950, il fut salué comme l’héritier de Tito Schipa et de Beniamino Gigli dans le répertoire de l’opéra lyrique en raison de la beauté exceptionnelle de sa voix, bien qu’il n’ait pas tenu ses grandes promesses tout au long de sa carrière.

Il est né à Villa Cavazzoli, à la périphérie de Reggio Emilia. Enfant, il déménagea avec sa famille à Barco, où il se passionna pour le chant et, après avoir fréquenté des écoles professionnelles, il étudia le violon et commença à chanter dans la chorale de l’église où il fut surnommé “le petit Caruso”.

Bien que ses parents l’encouragent à prendre des cours de chant, il était davantage attiré par l’électrotechnique et la mécanique, jusqu’à ce que son père le convainquît de s’inscrire à l’institut “Achille Peri” de Reggio Emilia, où en 1931 il reçut ses premiers cours de chant du maestro Pietro Melloni.

En 1935, au début de la guerre en Éthiopie, il se porta volontaire pour l’Afrique orientale italienne, où il resta un an. Puis il étudia à Parme avec Italo Brancucci et à Florence et avec Amedeo Bassi, un vériste dramatique et ténor italien wagnérien de l’époque d’avant la Première Guerre mondiale dont la voix (telle qu’enregistrée) était aux antipodes de celle de Tagliavini.

A vingt-quatre ans, il participa à un concours de chant à Parme et obtient une bourse qui lui permit de s’inscrire au Conservatoire Arrigo Boito. En 1938, il remporta le « Concours national de chant d’opéra » organisé par l’Opéra national de l’after-work et put ainsi suivre un cours de spécialisation au Teatro Comunale de Florence.

C’est à Florence qu’il fit ses débuts professionnels le 27 octobre 1938 dans le rôle de Rodolfo de La Bohème où il remporta un succès foudroyant. La même année, il fit ses débuts à la radio dans un concert Martini & Rossi et le 8 février 1939 à La Fenice de Venise à Il Campiello, avec Margherita Carosio et Magda Olivero.

Il s’imposa alors comme l’un des principaux tenors di grazia de son époque dans des opéras tels que Le Barbier de Séville, L’Elisir d’amore, Don Pasquale, La Sonnambula, Lucia di Lammermoor, Rigoletto, La Traviata, Manon, Werther, L’Amico Fritz et L’Arlesiana. 

Entre 1943 et 1945, pendant la campagne d’Italie, il chanta dans de nombreux concerts, se produisant pour les troupes alliées américaines et britanniques.

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il commença à se produire également à l’étranger, devenant le premier ténor italien à être engagé par les théâtres américains : à Buenos Aires avec Tosca, au Metropolitan Opera de New York (où il se produisit régulièrement jusqu’en 1955) avec La Bohème, au Royal Opera House de Londres avec le même opéra et à l’Opéra de Paris avec Un Bal Masqué. Au cours des années 1950, Tagliavini endossa des rôles plus lourds tels que Riccardo dans Un Ballo in maschera, Cavaradossi dans Tosca et Faust dans Mefistofele. La qualité de sa voix souffrit de sa fréquentation, à partir des année cinquante, de ces rôles plus lourds.

Il se retira de la scène lyrique le 21 juillet 1970 au théâtre romain de Bénévent avec L’Elisir d’amore, tout en continuant à donner des récitals. Le 20 mai 1981, il conclut ses représentations au Carnegie Hall de New York avec la représentation en concert de L’Amico Fritz, son opéra préféré.

Parallèlement à sa carrière théâtrale, Ferruccio Tagliavini poursuivit également une carrière cinématographique. En 1941, grâce à son visage sympathique et photogénique, Tagliavini aborda le 7ème art avec Je veux vivre comme ça, un film réalisé par Mario Mattoli, reçu avec enthousiasme par le public. Sa carrière cinématographique s’est poursuivie jusqu’à la fin des années cinquante et a vu sa participation à huit films, de divers genres mais aussi des films d’opéra, notamment Il Barbiere di Siviglia en 1946 avec Tito Gobbi et Italo Tajo. L’un d’eux, Anema e Core, avait une tournure autobiographique, car il jouait un électricien exceptionnellement doué pour le chant.

Pia Tassinari

Il avait épousé le 30 avril 1941 la soprano Pia Tassinari. Ils s’étaient rencontrés au Politeama Garibaldi de Palerme lors d’une représentation de l’Amico fritz. Ils se produisirent ensuite souvent sur les mêmes scènes. Ils participèrent ensemble à des enregistrements comme Werther et le Requiem de Mozart. Tout cela ne l’empêcha pas d’avoir une vie extra-conjugale parfois difficile. En 1949, Il fut poursuivi par la jeune chanteuse Mary Phillips pour une paternité présumée et dut payer 1050 $ pour la petite Fiorenza Teresa, qui avait alors dix-huit mois. Il connut également une grande histoire d’amour avec une chanteuse espagnole, qui lui donna une fille, Nanda en Août 1950. Il eut aussi des sympathies amoureuses pour la charmante soprano Anna Moffo et pour une soubrette américaine, Jen-jen. Après avoir divorcé de Pia Tassinari, il épousa la soprano Isabella Stramaglia qui lui donna une autre fille, Barbara.

Isabella Sramaglia

Tagliavini laissa derrière lui une discographie impressionnante. Ses meilleurs enregistrements sont ceux qu’il fit d’airs d’opéra à son apogée dans les années 1940. On peut pleinement y apprécier son habileté remarquable au chant doux, ou mezza voce.

Plus tard, Tagliavini passa sa vieillesse dans la pauvreté et la solitude, contraint de vivre dans la maison de retraite Villa Ilva di Cavriago, où pendant de nombreuses années il fut aidé par une allocation mensuelle de Luciano Pavarotti. Il disparut à Quatre-vingt-un ans dans sa chambre de l’Hospice, en raison de graves problèmes respiratoires qui l’affligeaient depuis un certain temps.

Il est enterré au cimetière urbain de Reggio Emilia.