Peter Schreirer 1935-2019

Peter Schreirer était un ténor allemand d’opéra, de concert et de lied, et chef d’orchestre. Il est considéré comme l’un des plus grands interprètes d’opéras, d’oratorios, et de Lieder de son temps.

Il naquit le 29 juillet 1935 à Gauernitz, dans le district de Meissen au sein du land de Saxe. Il fut initié très jeune à la musique par son père, instituteur et chef de chœur. Au sortir de la guerre, en juin 1945, à peine âgé de dix ans, il intégra le célèbre chœur de la Kreuzkirche de Dresde, institution ancestrale réputée où la tradition de Jean-Sébastien Bach était à l’honneur. Il se retrouva au pupitre des altos chantant de nombreuses parties solistes dans les enregistrements des cantates de Bach réalisés dans la collection Das alte Werk pour Deutsche Grammophon. Des tournées avec les Dresdner Kreuzchor l’amenèrent en France, en Scandinavie et au Luxembourg. 

Après la mue de sa voix, il resta dans le chœur mais passa dans le pupitre des ténors jusqu’en 1954. Encouragé par son professeur Rudolf Mauersberger, qui reconnut très vite ses aptitudes particulières, il décida de poursuivre dans cette voie et commença à prendre des cours avec le chanteur et pédagogue Fritz Polster (1954-1956), tout en travaillant comme membre du Chœur de la Radio de Leipzig. Deux ans plus tard, il entra aux Conservatoires de Leipzig et de Dresde où il reçut l’enseignement de Herbert Winckler et étudia également la direction d’orchestre.

1957 marqua ses débuts sur la scène de l’Opéra de Dresde, dans le rôle de Paolino dans le Mariage secret de Cimarosa. En 1962, il remporta un succès sans précédent dans le rôle de Belmonte de L’Enlèvement au sérail de Mozart. Sa carrière fut lancée un an plus tard par un contrat avec l’Opéra d’État de Berlin-Est. 

Le succès appelant le succès, Peter Schreirer, très vite repéré pour ses incarnations mozartiennes, fut réclamé sur les principales scènes lyriques, cela en pleine guerre froide : le régime de la RDA, non sans pragmatisme, lui autorisa alors les sorties si impitoyablement refusées au plus grand nombre, considérant que par sa notoriété grandissante, il pouvait servir au rayonnement du régime. C’est alors que s’ouvrirent à lui les portes des théâtres d’Allemagne de l’ouest (Hambourg, Munich), mais aussi les institutions les plus prestigieuses du monde libre : il fit ainsi ses débuts à Vienne en 1967, au Met de New-York en 1968 (en Tamino), à La Scala de Milan en 1969 (en Idamante). Il sillonna alors les scènes de Munich, Moscou, Varsovie, Montreux, Londres, Turin et d’autres, remportant un franc succès auprès du public. Par ailleurs, il fut régulièrement invité à l’Opéra d’État de Vienne.

Bien que son timbre particulièrement clair ait pu le prédestiner au répertoire mozartien, son passage au Kreuzchor aura contribué à faire de lui un grand chanteur d’oratorios.

C’est en 1966 qu’il fut ovationné pour la première fois en Europe occidentale, en interprétant l’Évangéliste de la Passion selon Saint-Matthieu dans le cadre du Sagre Musicale Umbre, à Perugia. Le succès fut immédiat.

Après l’opéra et l’oratorio, Peter Schreier aborda le domaine du Lied, pour chanter Schubert, Schumann, Brahms, Mahler, Mozart, Dvorak ou Wolf, avec tendresse, force et poésie. L’art de la projection, la science du mot, l’intelligibilité y sont plus que partout ailleurs nécessaires. Après un triomphe l’été 1967 au festival de Salzburg, il conquit La Scala de Milan (où il interpréta Idoménée) puis le Metropolitan de New-York. Il resta fidèle à Salzbourg sans interruption plus de trois décennies, de 1967 à 1998, d’abord comme chanteur, puis comme chef d’orchestre. Il se produisit également pour la radio et la télévision.

A la fin des années 1970, il entreprit ses premières prestations en qualité de chef d’orchestre, et enregistra, entre autres, les deux Passions de Bach tout en interprétant la partie de l’Évangéliste.

En 2000, il se retira de la scène lyrique en interprétant une dernière fois La Flûte enchantée, à Berlin. Il continua tout de même à donner des récitals jusqu’à son 70ème anniversaire, en 2005.

Après des adieux définitifs à la scène, en 2005, c’est à Lungkwitz, à une quinzaine de kilomètres au sud de Dresde, qu’il choisit de se retirer, à quelques centaines de mètres du charmant village de Maxen, où, en 1849, Robert et Clara Schumann trouvèrent refuge.

Peter Schreier mourut le 25 décembre 2019 à Dresde à l’âge de 84 ans des suites d’une longue maladie, laissant derrière lui plus de 200 enregistrements.