Mario Ancona 1860-1931

Mario Ancona fut un grand baryton italien, dont la carrière se situa à cheval entre les XIXème et XXème siècle. Il fut à ce titre l’un des maîtres du bel canto à une époque que l’on a considérée comme l’âge d’or de l’opéra.

Il est né dans une famille juive de la classe moyenne à Livourne, en Toscane, le 28 février 1860. Après avoir étudié les sciences sociales et le droit, il est devenu diplomate. Mais il décida d’étudier le chant avec un professeur de chant local nommé Matteini, dans sa ville natale de Livourne. Plus tard, il suivit les cours de Giuseppe Cima à Milan.

Il semble avoir fait ses débuts en tant que chanteur amateur en 1880, mais sa première apparition professionnelle dans un opéra n’eut lieu qu’en 1889, lorsqu’il chanta le rôle de Scindia dans Le roi de Lahore de Massenet à Trieste. Peu de temps après, il incarna le Cid à La Scala de Milan. Son arrivée à La Scala si peu de temps après ses débuts reflète l’excellence de la formation technique qu’il avait reçue.

Le 21 mai 1892, il fut invité à créer le rôle de Silvio dans la première représentation de I Pagliacci de Leoncavallo, qui eut lieu au Teatro Dal Verme de Milan sous la direction d’Arturo Toscanini. L’année suivante, il apparut dans la première représentation londonienne de cette même œuvre au Royal Opera House de Covent Garden. A cette occasion, cependant, il a chanté le rôle de Tonio (La soprano Nellie Melba et le ténor Fernando De Lucia faisant également partie de cette exceptionnelle distribution). Il chantera régulièrement à Covent Garden jusqu’en 1901, étant tenu en haute estime par le public londonien. Il s’est également produit en tant qu’artiste invité au Caire, à Lisbonne, à Madrid, à Varsovie, à Moscou, à Saint-Pétersbourg, à Chicago, à Boston et à Buenos Aires.

Il débuta au Metropolitan Opera de New-York en 1893 où il fut accueilli avec succès. Il s’y produira jusqu’en 1897, date à laquelle il retourna en Europe. Il revint à New-York pour rejoindre la Manhattan Opera Company, où il reçut une généreuse rémunération. Il devint une des stars de cette société, qui avait été créée par Oscar Hammerstein, en rivalité directe avec le Met. Son interprétation suave du Don Giovanni de Mozart fit l’objet d’éloges particuliers de la part des critiques de journaux et du public de Manhattan.

Il chanta à Paris en 1908, puis à nouveau en 1914, au théâtre Sarah Bernhardt, où il fut complimenté pour son chant impressionnant par Sarah Bernhardt en personne. L’illustre actrice française n’était pas la seule à admirer l’art vocal d’Ancona. Les critiques musicaux des deux côtés de l’Atlantique le congratulèrent pour son style de chant élégant et sa belle voix, avec son registre supérieur facile et son émission à gorge ouverte d’un ton homogène. En effet, le grand ténor Jean de Reszké l’estimait comme le baryton italien le mieux formé de son époque.

Ses compétences d’acteur étaient cependant moins développées et il n’était pas considéré comme un artiste d’interprétation particulièrement imaginatif ou passionnant. Physiquement, on disait qu’il ressemblait au roi Édouard VII d’Angleterre en raison de sa barbe pointue et de sa taille ample. 

Le fait qu’il ait pu s’imposer comme un chanteur majeur face à une concurrence intense d’une foule d’autres barytons de première classe témoigne de sa pure qualité de chanteur. 

Ses principaux rivaux italiens entre ses débuts en 1889 et le déclenchement de la Première Guerre mondiale étaient : Mattia Battistini, Antonio Scotti, Giuseppe Pacini, Antonio Magini-Coletti, Giuseppe Campanari, Giuseppe Kaschmann et, parmi la jeune génération de barytons influencés par le vérisme, Titta Ruffo, Riccardo Stracciari, Pasquale Amato, Giuseppe De Luca, Eugenio Giraldoni, Mario Sammarco, Domenico Viglione-Borghesi et le nouveau venu prometteur Carlo Galeffi.

Selon le critique Michael Scott, auteur de The Record of Singing, la méthode de chant douce, fluide et raffinée d’Ancona est antérieure au mouvement vérisme. Son style et sa technique étaient particulièrement bien adaptés aux opéras de Verdi et aux œuvres du bel canto composées par Bellini et Donizetti (comme I Puritani, Lucia di Lammermoor et La favorite). 

Le répertoire d’Ancona dans les opéras de Verdi comprenait Germont, Di Luna, Rigoletto, Amonasro et Iago, ainsi que Don Carlos dans Ernani

Il interpréta également des rôles composés par Leoncavallo (Silvio et Tonio), Puccini (Lescaut et Marcello), Mascagni (Alfio et David dans L’Amico Fritz), Giordano (Gerard dans Andrea Chénier), Mozart (Don Giovanni et Figaro) et Wagner (Wolfram, Telramund et même, à l’occasion, Hans Sachs). 

Il aborda également certains opéras français opéras français écrits par Meyerbeer, Gounod, Bizet et, comme nous l’avons vu, Massenet, dans des rôles tels que Nevers, Hoël, Scindia, Escamillo, Zurga et Valentin.

Il se retira de la scène en 1916, étant encore en pleine forme vocale. La Première Guerre mondiale atteignait alors son acmé en Europe, et Ancona chantait à cette époque avec la compagnie d’opéra de Chicago. 

À la retraite, il se consacra à l’enseignement dans la ville de Florence. 

Il mourut d’un cancer du poumon à Florence, en Italie, le 23 février 1931. Une vaste collection de documents, de photographies et d’autres objets relatifs à la carrière d’Ancona est conservée aux Archives du son enregistré de l’Université de Stanford en Californie.

Nous disposons d’une série d’enregistrements qu’il réalisa au cours de la première décennie du XXème siècle pour Pathé en 1905-1906 et, pour la Victor Talking Machine Company en 1907-1908. 

Une vingtaine de ses enregistrements Victor sont maintenant disponibles sur des transferts CD.  Son chant associe une élégance à l’ancienne et une technique sans effort. Il fut sans aucun doute l’un des barytons les plus importants de son époque.