Antonio Scotti 1866-1936

Antonio Scotti était un baryton italien qui fit l’essentiel de sa carrière au Metropolitan Opera de New-York pendant plus de 33 saisons.

Il naquit à Naples le 25 janvier 1866. Il ne suivit pas les conseils de sa famille qui voulait le voir entrer dans la prêtrise et choisit de se lancer dans la carrière de chanteur d’opéra. Il suivit des cours avec Esther Trifari-Paganini et Vincenzo Lombardi.  Il fit ses débuts au Théâtre Royal de Malte en 1889, interprétant le rôle d’Amonasro dans Aida. Des engagements dans divers opéras italiens suivirent ce qui lui permit d’acquérir une précieuse expérience de la scène, en Espagne, au Portugal, en Russie et en Amérique du Sud (Montevideo, Buenos Aires de 1891 à 1894 et à nouveau en 1897, Río de Janeiro 1893 et au ​​Chili 1898). En 1898, il fit ses débuts à La Scala de Milan, dans le rôle de Hans Sachs (Die Meistersinger de Richard Wagner).

C’est à l’automne 1899 qu’il fit ses débuts américains à Chicago suivis par le Metropolitan Opera, assumant le rôle-titre de Don Giovanni. Il deviendra un favori du public au Met, gagnant des éloges pour son chant gracieux de la musique belcantiste de Donizetti ainsi que pour la touche d’élégance qu’il apportait à ses interprétations de Verdi et des opéras de style vériste.  Il passa à Covent Garden à Londres pour la première fois en 1899, chantant Don Giovanni revenant à Londres à plusieurs reprises avant la Première Guerre mondiale.

Il fut le premier artiste à chanter en Amérique le rôle de Scarpia dans Tosca, rôle qu’il incarna une quinzaine de fois au Met. Il participa également aux premières américaines d’Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea, de Le donne curiose d’Ermanno Wolf-Ferrari, de Fedora d’Umberto Giordano, de L’Oracolo de Franco Leoni et de Messaline d’Isidore de Lara.

Scotti chanta toute une variété de rôles de baryton pendant son séjour au Met, notamment Rigoletto, Malatesta, Belcore, Iago, Falstaff, Marcello et Sharpless en plus de Don Giovanni et Scarpia. On le vit souvent aux côtés de son grand ami Enrico Caruso, notamment lors des débuts de l’illustre ténor au Met comme duc de Mantoue dans Rigoletto en 1903.

Il s’est produit régulièrement au Royal Opera House de Covent Garden jusqu’en 1910, avec des prestations supplémentaires au cours de la saison 1913-1914. Au cours de cette période, il devint non seulement le premier Scarpia de Londres, mais aussi le premier Sharpless dans Madama Butterfly de Puccini (respectivement en 1900 et 1905).

Il s’est également produit à Paris à l’Opéra-Comique dans Tosca (en 1904 avec Emma Eames et Emilio De Marchi, sous la direction de Cleofonte Campanini, et en 1910, avec Farrar et Beyle, dirigés par Gino Marinuzzi). En 1910, au Théâtre du Châtelet avec l’ensemble de la troupe du Metropolitan, il chanta Falstaff sous la direction d’Arturo Toscanini et à l’Opéra, en gala, le troisième acte de La Bohème avec Enrico Caruso et Géraldine Farrar.

En 1908, il chanta Don Giovanni à Salzbourg avec Lilli Lehmann (Donna Anna), Johanna Gadski (Donna Elvira) et Geraldine Farrar (Zerlina), sous la direction de Karl Muck.

Scotti forma sa propre troupe de chanteurs en 1919, la Scotti Opera Company. Il l’a géré pendant plusieurs saisons effectuant des tournées dans tous les États-Unis. Il célébra son 25e anniversaire de présence au Met le 1er janvier 1924 lors d’une représentation de gala de Tosca. Dans les années 1930, sa voix avait considérablement diminué, mais il conserva sa place sur la liste des chanteurs du Met en raison de ses exceptionnelles capacités d’acteur. Sa dernière apparition au Met eut lieu le 20 janvier 1933, lorsqu’il chanta Chim-Fen dans L’Oracolo. Il avait créé le rôle en 1905.

Il prit sa retraite en Italie et mourut à Naples le 26 février 1936 à l’âge de 70 ans.

Scotti réalisa, de façon intermittente, quelques enregistrements commerciaux entre 1902 et 1914. Les disques qu’il a gravés pour la British Gramophone and Typewriter Company, l’American Victor Talking Machine Company et la Columbia Phonograph Company ont été réédités sur CD, comportant des airs d’opéra et quelques duos et ensembles notamment avec Caruso, Marcella Sembrich et Geraldine Farrar.

Ces enregistrements confirment qu’il était un chanteur élégant, bien formé et aristocratique. Sa voix n’était pas particulièrement large ni résonnante ; mais il avait un ton régulier et doux et était précis dans son exécution des ornements vocaux difficiles. Personne frappante et extravertie sur scène et en dehors, Scotti était habile à dépeindre des personnages à la fois dramatiques et comiques.