Adam Didur 1874-1946

Adam Didur, aussi appelé Adamo, comme il a lui-même italianisé son nom, naquit le 24 décembre 1874, la veille de Noël, dans une loge forestière du domaine Wola Sekowa, près de Sanok (Galicie), à l’époque située en Autriche-Hongrie. 

Sa mère Wincenta Jasińska était une fille célibataire du propriétaire du domaine Wola Sękowa, du nom de Jakub Wiktor, un homme noble portant les armoiries de Brochowicz.  Bien qu’il n’ait pas été indifférent à son fils illégitime, il n’épousa pas la mère d’Adam. Cette dernière se maria, alors que son fils n’avait que trois ans, avec un organiste et enseignant local, Antoni Didur. Antoni adopta Adam, mais les documents montrent que cela ne se produisit qu’après le baptême du garçon dans la paroisse locale de Stryj, en janvier 1885, alors qu’il avait 11 ans.

Il étudia au « séminaire des enseignants » et fut membre d’une chorale d’étudiants de l’université Jan Kazimierz. En chantant dans la chorale, il attira l’attention du professeur Dreżopolski qui l’adressa à Walery Wysocki qui enseignait au Conservatoire de musique de Lemberg (l’actuelle Lviv). Il n’aurait pas pu faire mieux, car Wysocki était un ancien célèbre soliste de La Scala de Milan et des grands théâtres italiens, et était connu pour être un excellent professeur et pour utiliser sa propre méthode originale d’enseignement du chant, une méthode connue dans le monde entier. Adam Didur fut son élève pendant deux ans avant de partir se perfectionner à Milan avec Franz Emmerich. Le départ pour Milan fut possible grâce à la signature d’un employé du bureau de poste de Lviv et d’un mélomane dans la chorale « Lutnia », Jan Rasp, qui décida de payer pour l’éducation du jeune artiste. Même devenu une personne aisée, Didur n’a jamais oublié le geste et il acheta plus tard un petit domaine près de Sanok pour son ancien bienfaiteur.

Didur fit ses débuts sur la scène de l’opéra à 40 km de Turin, à Pinerolo, où il chanta dans La Force du Destin le rôle du Père Supérieur. Parmi d’autres chanteurs se trouvait sa future épouse Angela Aranda Arellano. 

À milan il débuta ensuite comme soliste dans la production de la Neuvième symphonie de Beethoven lors d’un concert au Teatro alla Scala de Milan, sous la direction de Charles Lamoureux, en 1895. Au cours de la saison artistique 1898/99, il se produisit également sur la scène du théâtre Victor Emmanuel de Messine.

En 1894, il commença sa carrière à l’opéra en Méphistophélès dans le Faust de Gounod à Rio de Janeiro. Il passa les saisons 1899 à 1903 à l’opéra de Varsovie, où l’imprésario de La Scala de Milan, Giulio Gatti-Casazza, le remarqua. 

Après ses débuts à Milan dans L’or du Rhin en 1903, il s’y produira jusqu’en 1906. Il fréquenta le Covent Garden de Londres en 1905 et en 1914, ainsi que l’opéra de Buenos Aires de 1905 à 1908. Il participa à la création de La Figlia di Lorio d’Alberto Franchetti et à la première milanaise de La Dame de Pique de Tchaïkovski en 1906. Il débuta en Amérique du Nord au Manhattan Opera House de New-York en 1907, dans La Gioconda. 

Didur s’est marié deux fois. Avec sa première femme, qu’il épousa en 1895, la chanteuse mexicaine Angela Aranda Arellano (1874-1928), Adamo comme il avait lui-même italianisé son nom, eut cinq filles, dont deux sont devenues chanteuses, Olga et Maria, qui fit carrière sous le nom de Mary Didur-Zawodska. 

Une anecdote fit beaucoup parler à l’époque. Lorsque Didur chanta au Grand Théâtre de Varsovie, la célèbre Lina Cavalieri, extrêmement belle et connue pour ses conquêtes du cœur des hommes, fut aussi invitée. On ne sait si sa romance avec Didur commença à Varsovie, où ils partageaient l’affiche dans Le Barbier de Séville, du moins, après l’arrivée de Didur à Milan, leurs relations intimes devinrent célèbres à La Scala. Mary, la fille de Didur écrivit : «Quand des rumeurs à ce sujet sont parvenues à ma mère, un jour, elle m’a soudainement pris la main et nous sommes allés à l’appartement de Mme Cavalieri. Une femme de chambre a répondu et a dit que la dame n’était pas à la maison. Mère a répondu : – Peu importe, je l’attendrai ici. La femme de chambre nous a laissés dans le salon. Mais dès qu’elle a fermé la porte derrière elle, ma mère s’est mise à détruire furieusement tout ce qui pouvait tomber entre ses mains. Elle a cassé des vases, des verres … En entendant le grondement, la femme de chambre terrifiée a fait irruption dans le salon. Et maman, le feu dans les yeux, dit : – Oui, j’ai tout fait. Pour que ta maîtresse ne veuille plus jamais de mon mari ici !  Et nous sommes rentrés à la maison. Quand mon père est revenu, il y a eu une bagarre mais l’histoire avec Lina Cavalieri fut terminée. »

Veuf, il épousa ensuite la ballerine française Marguerite Vignon le 20 décembre 1928, mais il s’en sépara peu après. 

Au cours des dernières années de sa carrière, le nombre de ses performances commença à diminuer car vers le début des années vingt, sa voix, en particulier ses notes élevées, commença à montrer des signes considérables d’usure.

Le 26 février 1933, année où il célébra également son 25ème anniversaire au Met, Didur fit ses adieux dans le rôle de Falstaff de Verdi. Adamo Didur, qui était un chanteur très apprécié de Toscanini, retourna dans son pays d’origine en 1939. En raison des circonstances particulières de la Seconde Guerre mondiale, il ne put accepter les présences honorifiques qui lui furent offertes à Lvov et à Varsovie.

Après avoir pris sa retraite en 1933, il retourna en Pologne et devint directeur de l’Opéra de Cracovie, puis professeur à Lvov (le nouveau nom de Lemberg) et à Katowice. En 1939, il allait prendre la direction de l’opéra de Varsovie, lorsque celui-ci fut détruit par un bombardement. En 1945, il monta une troupe d’opéra et fit représenter Halka de Moniuszko à Katowice.

Après la guerre, il participa à l’organisation de l’opéra de Bytom (Silésie) et accepta un poste de professeur au Conservatoire de Katowice.  Il mourut chez lui le 7 janvier 1946 à Katowice. 

La voix sonore au timbre sombre et très riche de Didur était à son meilleur de la fin des années 1890 à la Première Guerre mondiale. Elle convenait particulièrement aux opéras italiens. Didur a fait de nombreux enregistrements mémorables d’airs d’opéra, qui ont été transférés sur CD. Le 30 avril 1927, il reçut la Croix de chevalier de l’Ordre de la renaissance de la Pologne pour sa contribution aux arts. Sa voix avait un timbre noir, une merveilleuse richesse de ton, des aigus lumineux, une puissance et une homogénéité remarquables une étonnamment agilité (assez rare dans une voix de basse) et, enfin et surtout, une gamme vocale extraordinaire qui lui permettait de chanter à la fois des rôles de basse et de baryton. En plus de ces dons vocaux, Didur était un acteur passionné et expressif sur scène. Il ne faut pas oublier, cependant, que dans les années 1920, sa voix montra des signes d’usure et qu’il fut même contraint d’accepter des rôles mineurs.