Vanni Marcoux 1877-1962

Baryton-basse français d’origine italienne, Vanni Marcoux put s’enorgueillir d’une carrière des plus longues et des plus brillantes grâce à une technique sans faille et une impeccable diction.

Giovanni « Vanni » Emilio Diogenio Marcoux (francisé ensuite en Jean Émile Diogène Marcoux), parfois aussi connu sous le nom de Vanni Marcoux ou Jean-Émile Vanni Marcoux) est né le 12 juin 1877 à Turin d’une mère italienne (d’où ses prénoms italiens francisés ultérieurement) et d’un père français (d’où sa nationalité et son nom), Vanni (diminutif de son premier prénom de naissance) Marcoux étudia éphémèrement le droit et prit ses premières leçons de chant au Conservatoire de Turin, sa ville natale, avec Collini puis avec Frédéric Boyer au Conservatoire de Paris. Après avoir terminé avec succès des études de droit, Marcoux décida de se consacrer pleinement au chant.

Il fit ses débuts à Turin en 1894 âgé de 17 ans, tenant le rôle de Sparafucile dans Rigoletto de Giuseppe Verdi. En France il débuta en 1900 au Théâtre municipal de Bayonne, où il personnifia Frère Laurent dans Roméo et Juliette de Gounod. Suivirent dans la même Maison La Bohème de Puccini (rôle de Colline repris à Nice) et à nouveau Rigoletto comme Sparafucile. Mentionnons aussi l’Opéra de La Haye (Pays-Bas) avec Faust de Gounod (rôle de Méphistophélès en 1903) et Tosca de Puccini (rôle du baron Scarpia en 1905). Cette même année, il débuta au Royal Opera House (Covent Garden) de Londres, y interprétant Don Basilio dans Il Barbiere di Siviglia de Rossini (avec Victor Maurel), le Commandeur dans Don Giovanni de Mozart et encore Sparafucile (ces deux derniers opéras avec Enrico Caruso). Invité régulier du Covent Garden jusqu’en 1912, il personnifia par exemple Arkel dans Pelléas et Mélisande de Debussy en 1909, Marcel dans Les Huguenots et le Père dans Louise de Charpentier. Il revint une dernière fois au Covent Garden en 1937, à nouveau dans Pelléas et Mélisande, où il fut cette fois Golaud.

Après une saison au Théâtre royal de la Monnaie à Bruxelles (1907-1908), où il fut entre autres le Grand Prêtre dans Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns (avec Claire Croiza) et le rôle-titre dans Mefistofele d’Arrigo Boito, il intégra en 1908 l’Opéra Garnier de Paris où il chanta jusqu’en 1946 (il y débuta comme Méphistophélès (Faust de Gounod) avec Mary Garden qu’il faillit épouser. Il y créa Guido Colonna dans Monna Vanna d’Henri Février, un rôle qui lui valut la gloire. Trois ans plus tard, il tint le rôle-titre de Don Quichotte de Massenet (probablement sa plus grande réussite). Massenet écrivit son opéra Panurge spécialement pour lui. Sa création eut lieu en 1913.

Avant la Première Guerre mondiale, Vanni Marcoux était principalement une basse, chantant même Hunding et Fafner dans la Tétralogie de Wagner. Pendant près de 40 ans, il fut une figure familière et très admirée de la vie musicale parisienne, principalement à l’Opéra, mais aussi à l’Opéra-Comique, créant de nombreux rôles dans des opéras contemporains tels que Lysistrata de Gunsbourg, L’Arlequin d’Olonne, Monna Vanna, La Femme nue de Février et L’Aiglon de Honegger-Ibert. Il chanta également à Garnier Boris Godounov de Moussorgski en 1922, où il tint le rôle-titre en français (avec Germaine Lubin), avant de le reprendre en italien à La Scala de Milan (sous la baguette d’Arturo Toscanini). Enfin, en 1949, de nouveau à Garnier, il mit en scène Boris Godounov, dans une production reprise jusqu’en 1953.

Il fut ensuite engagé par Henry Russell à l’Opéra de Boston où il fut considéré comme une star. Sa première représentation fut Pelléas et Mélisande, maintenant dans le rôle de Golaud.

Sa conception dramatique de Méphistophélès dans Faust fut également très appréciée du public. Les quatre rôles des Contes d’Hoffmann (Coppélius, Dr Miracle, Crespel, Dapertutto) firent partie de ses plus grandes réalisations. Sans aucun doute, Vanni Marcoux doit une grande partie de son succès aux États-Unis à Mary Garden. Ses vulgarisations des œuvres des compositeurs français modernes lui offrirent bientôt toutes sortes d’opportunités dramatiques. La rumeur courut aussi qu’il avait divorcé de sa seconde femme pour épouser Mary Garden. Elle déclina, mais elle partagea la scène avec lui dans de nombreuses représentations de Thaïs, Tosca, Don Quichotte, Pelléas et Mélisande et Carmen. Il la suivit à Chicago en 1913 et y fut un invité régulier entre 1926 et 1931. Le Chicago Post écrivit en 1929 : « L’un des aspects les plus remarquables de sa représentation [de Don Quichotte] est l’absence de sentimentalité. Un sentiment profond et durable était dans sa fibre même, mais la force de sa virilité, même au moment de la dissolution, était sans tache de la qualité la plus faible. Aucune faiblesse de l’esprit n’habitait en lui. Des erreurs de calcul qu’il pouvait faire quant au monde physique qui l’entourait, puisqu’il regardait plutôt avec l’œil intérieur qu’avec l’œil extérieur, mais ses erreurs qu’il était prêt à payer avec le dernier centime sans chicaner et une telle erreur ne pouvait pas perturber son sens de la forme physique. »

La Scala l’applaudit en Boris (en français) sous la direction d’Arturo Toscanini et Sigismund Zaleski en 1922. Il donnait un portrait vraiment touchant du Boris mourant, ni sentimental ni exagéré, mais avec une expression fine et presque tendre. Il était généralement considéré comme le meilleur interprète du rôle après Chaliapine. Paris l’invita à chanter le rôle-titre de la première représentation française de Gianni Schicchi de Puccini.

Vanni Marcoux fut généralement considéré comme un « acteur chanteur » ou « un acteur qui a chanté » (Scott). Sa diction était un modèle de qualité littérale de la langue française, jamais forcée ni martelée. Sa voix sonnait très peu comme une basse, pouvant même parfois monter assez haut. C’est à cause de cet éclat que sa voix avait un caractère beaucoup plus jeune que la plupart des basses, et il est remarquable d’entendre un roi Philippe II joué avec un timbre presque de ténor. Il avait une voix claire, apparemment mince mais qui emplissait les salles les plus vastes. Il chanta jusqu’en 1948, gravant son dernier disque en 1955, d’une voix inchangée, 61 ans après ses débuts à la scène.

De 1938 à 1948, Vanni Marcoux enseigna le chant au Conservatoire de Paris. Parmi ses élèves, on retiendra Renée Doria et Gérard Souzay.

Retiré de la scène comme chanteur en 1948, il devint la même année directeur du Grand Théâtre de Bordeaux, poste qu’il conserva jusqu’en 1952. Il y fonda le Mai musical.

En outre, il participa à quatre films français, dont Le Miracle des loups de Raymond Bernard (1924, où il interprétait Charles le Téméraire) et Sans famille de Marc Allégret (1934, où il était Vitalis).

Vanni Marcoux mourut à Paris le 22 octobre 1962, à 85 ans. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (57e division).