Giacomo Rimini 1887-1952

Giacomo Rimini était un baryton italo-américain. Il fut surtout admiré pour ses interprétations des œuvres de Giuseppe Verdi. 

Giacomo Rimini est né à Vérone le 22 mars 1887. Son père, Riccardo Rimini, descendait de Juifs séfarades résidant depuis longtemps à Vérone ; sa mère, Giulia Sottopera, était catholique.  Riccardo Rimini fut pendant un certain temps le président de la petite communauté juive de Vérone et il est d’ailleurs enterré dans le cimetière juif de Vérone. 

Rimini étudia au Conservatoire de Musique de Vérone avec un célèbre soprano du XIXème siècle, résidente de Vérone, Amelia Conti Foroni.

En 1910, le jeune Giacomo fit ses débuts dans la ville de Desenzano, à la pointe sud du lac de Garde, près de sa ville natale de Vérone dans le rôle d’Albert de Werther de Massenet. Son premier rôle principal fut Escamillo dans Carmen, à l’âge de 22 ans. Il chanta dans de nombreux théâtres italiens notables au cours des années suivantes, comme le Teatro Regio de Turin, le Teatro Massimo de Palerme et le Teatro Costanzi de Rome.

En avril 1913, il obtint son diplôme et fut invité à Paris dans certaines des représentations inaugurales du nouveau Théâtre des Champs-Élysées, avec Maria Barrientos, dans Lucia di Lammermoor et Il Barbiere di Siviglia.

Sa carrière prit alors de l’ampleur et il  passa des bonnes mais petites maisons italiennes à des engagements internationaux, même s’il n’était pas encore dans les plus grands théâtres.

Il s’aventura à Stockholm pour une scène d’opéra italien ce qui lui donna l’occasion de chanter avec Elvira de Hidalgo.

Au cours de la seconde moitié de 1913, il effectua le premier de ce qui devaient être ses cinq voyages en Amérique du Sud, d’abord à Santiago et Valparaiso, au Chili, et plus tard à Buenos Aires au Teatro Coliseo. Il y chanta avec les sopranos Matilda de Lerma et Elsa Raccanelli, et avec des ténors du niveau de Florencio Constantino et du jeune Aureliano Pertile.

En 1915, il fut choisi par Arturo Toscanini pour rôle-titre de Falstaff au Teatro dal Verme de Milan. Toscanini fut tellement impressionné par ses dons et son potentiel qu’il se donna la peine de lui apprendre personnellement le rôle de Falstaff. Il chanta dans cet opéra avec Maria Farneti, Ines Maria Ferraris, Virginia Guerrini, Tito Schipa et Ernesto Badini. Cette saison glamour du Dal Verme fut celle qui vit les dernières performances scéniques d’Enrico Caruso en Europe. Rimini reprit le rôle plus tard cette année-là avec Toscanini, à La Scala, en présence du roi Victor Emmanuel III.

Il chanta au Dal Verme de septembre à novembre 1914 pour des représentations de la Fanciulla del West (rôle de Jack Rance) avec Carmen Melis et Giulio Crimi, de Carmen (rôle d’Escamillo) avec Rosita Cesaretti et d’Ernani (rôle de Don Carlo) avec Maria Wroblenska et Giacomo Maniero.  Puccini assista à l’une des représentations de cette Fanciulla, probablement la première. Il vint saluer Rimini dans les coulisses et lui offrit une photo, portant l’inscription : « All’ego artist Giacomo Rimini in ricordo del grand Rance al Dal Verme Sett. 1914. Giacomo Puccini. »

En 1915, Rimini rencontra à Bologne la grande soprano juive polonaise Rosa Raisa.  Alors qu’elle chantait Francesca da Rimini au Corso de Bologne. Raisa fut poussée par son amie Margherita Clausseti, fille de la légendaire Carlotta Marchiso, nièce de son professeur Barbara Marchisio et épouse de Carlo Clausetti, directeur général des éditions Ricordi, à assister à une représentation de Falstaff au Dal Verme de Milan. Elle suggéra à Raisa de rencontrer le jeune et beau baryton qui remportait un si grand succès dans le rôle-titre.

Par une anecdote que Raisa raconta pendant de nombreuses années, on sait que lorsqu’elle rendit visite au baryton pour la première fois dans les coulisses, elle n’a pas pu immédiatement apprécier son physique jeune et beau dissimulé par le costume rembourré et le maquillage peu attrayant de Falstaff. Quoi qu’il en soit, les deux jeunes artistes se sont bien rencontrés et se sont épris l’un de l’autre. Ils devinrent amis et des amants inséparables.

Ils déménagèrent à Chicago, en 1916, où ils établirent ensemble une longue association avec la Chicago City Opera Company, le Chicago Civic Opera et le Ravinia Festival.

Rimini et Raisa se marièrent en 1920 après avoir déménagé à Chicago et devinrent citoyens naturalisés des États-Unis en 1923. 

Avant de rejoindre la Chicago Opera Association, Rimini fut membre de la Dal Verme Company à Milan, où il s’est illustré dans une reprise de Falstaff. Après avoir fait ses débuts dans sa ville natale, il chanta dans les opéras de Padoue, Rovigo et d’autres villes d’Italie, acquérant ainsi un large répertoire. Son succès lui valut des engagements à Venise, Palerme, Naples et Rome.

Il se produisit au Théâtre Colón de Buenos Aires dans les rôles-titres de Rigoletto, Il Barbiere di Siviglia, Falstaff, Pagliacci et divers rôles de l’école italienne.

Durant la saison estivale de 1917, à Mexico, le jeune baryton italien connut un immense succès dans tous les rôles qu’il entreprit de jouer. Les critiques l’ont considéré comme l’un des meilleurs interprètes de Falstaff jamais vu sur la scène lyrique, et son Figaro avec Galli-Curci fut un véritable triomphe. Il marqua également les esprits dans Francesca da Rimini. Sa polyvalence lui permit de représenter des personnages de comédie ainsi que des rôles dramatiques plus lourds.

Rimini et Raisa eurent une fille, Rosa Giulietta (Jolly) Segala, née en juillet 1931. Au cours de l’été 1920, Raisa et Rimini, pour la première fois depuis de nombreuses années, n’ont accepté aucun engagement, ni en Amérique du Sud ni au Mexique, mais préférèrent prendre des vacances en Italie. À leur retour aux États-Unis fin septembre, ils annoncèrent à la presse qu’ils s’étaient récemment mariés. Ils furent dès lors considérés comme M. et Mme Rimini, mari et femme.

Il faut noter que Rimini avait été marié auparavant à une femme de Rome, Raffaella Bettei. Or, le divorce n’existait pas en Italie et il n’y avait pas de mariage civil. Rimini était donc toujours officiellement marié à sa première femme. Le « mécanisme » juridique qu’il utilisa fut d’aller devant les tribunaux américains en avril 1920, montrant au juge qu’une pension alimentaire, correctement adressée à sa femme Delizia, avait été retournée par les autorités postales, indiquant que la destinataire était « introuvable ».

Le tribunal jugea que sa femme était présumée décédée ou qu’elle avait abandonné leur mariage, autorisant ainsi Rimini à se remarier, du moins aux États-Unis. Ce n’était qu’un prétexte car Rimini, par l’intermédiaire de sa sœur Zeplina à Milan, était en contact avec sa fille Rafaelle, qui savait sûrement où se trouvait sa mère Delizia. Ce fait revint hanter Raisa après le décès de Rimini.

Après la mort de Rimini en 1952 et en l’absence de testament, il y eut une bataille juridique prolongée, largement commentée dans la presse de Chicago, initiée par Rafaella Rimini Bettei qui affirma qu’elle avait droit à l’intégralité de la succession de son père car le mariage de Rimini avec Raisa n’avait jamais été légal, Rimini ayant été légalement mariée à Delizia et que le bref du tribunal américain déclarant leur mariage terminé était clairement un subterfuge. Finalement, le tribunal accorda à Rafaella un tiers de la succession et un tiers à Raisa et leur fille Jolly. Les actifs immobiliers, principalement la villa à l’extérieur de Vérone, étaient déjà au nom de Raisa.

Bien que Rimini ait principalement travaillé à Chicago, lui et sa femme se sont parfois rendus dans d’autres régions des États-Unis et en Amérique du Sud pour des spectacles, se produisant généralement ensemble. Ils firent l’acquisition d’une villa dans la ville de San Floriano, à quelques kilomètres à l’ouest de Vérone où ils passaient leurs étés et apparaissaient occasionnellement dans des opéras. On les vit encore ensemble le 25 avril 1926 pour la création de Turandot, le dernier opéra de Puccini, avec Rosa Raisa dans le rôle-titre, Miguel Fleta dans le rôle de Calaf et Giacomo Rimini dans le rôle de Ping. 

En 1933, les Rimini participèrent à une tournée européenne avec les chanteurs du Teatro alla Scala pour une série de représentations d’une semaine au Städtische Oper de Berlin, en Allemagne. Il y eut quelques controverses en raison de l’origine juive de Raisa et du statut à moitié juif de Rimini.

Rimini et Rosa Raisa

Au cours des années suivantes, alors que Raisa, à nouveau enceinte après avoir fait 6 fausses couches, préféra se concentrer sur ses engagements à Chicago, Rimini se produisit fréquemment en Italie, ayant l’occasion de chanter avec de nombreuses sommités de l’opéra italien de l’époque.

Rimini et sa femme Rosa

Rimini et sa femme annoncèrent tous deux leur retraite de la scène lyrique en 1937. En raison des lois raciales fascistes et de la Seconde Guerre mondiale, ils restèrent éloignés de l’Italie de 1939 à 1946. À Chicago, ils décidèrent de consacrer leur temps à l’enseignement. Ils avaient ouvert une école de chant lyrique à Chicago qu’ils dirigèrent pendant deux décennies. Dans le cadre de l’école, les étudiants se rendaient en Italie avec Rimini et sa femme pour étudier à Vérone, séjournant souvent dans la villa de leur professeur.

Giacomo Rimini est décédé dans son sommeil le 6 mars 1952 à son domicile de Chicago.

Le nom de Giacomo Rimini est le plus souvent mentionné comme le mari de Rosa Raisa, avec qui il partagea une carrière commune : ses propres réalisations non négligeables sont le plus souvent traitées comme des notes de bas de page par rapport à celles de sa femme plus célèbre. Il reste surtout admiré pour l’enregistrement de Falstaff de 1932 ou en tant que mari de Rosa Raisa, mais rarement pour sa propre carrière.

Les couples mari et femme ne sont pas inhabituels dans l’histoire de l’opéra. Il y a rarement égalité de talent ou de stature dans l’un de ces couples. Cependant, peu de ces partenariats furent aussi totalement liés que Raisa et Rimini. Pendant la majeure partie de leur carrière, à la fin de chaque journée, ils rentraient ensemble chez eux.

Rimini, avant de rencontrer Raisa à Milan en 1915, fut finalement considéré, bien à tort semble-t-il, comme un baryton italien de second rang.

Giacomo Rimini