Theo Adam 1926-2019

Theo Adam fut l’un des grands baryton-basse allemand de l’après-guerre. Même si la nature et la musicalité naturelle de sa voix lui ouvrirent aussi le chemin des grands rôles italiens, la RDA qui vit le jour au moment où il faisait ses débuts en 1949 ne laissait pas sortir souvent ni volontiers ses artistes, tout comme l’URSS. En 1956, il devint l’un des rares chanteurs de la RDA autorisé à faire carrière à l’Ouest. Il aura servi avec talent Wagner, Strauss, Berg et Bach sur toutes les scènes du monde.

Fils d’un peintre en décoration, Theo Adam naquit à Dresde le 1er août 1926. Il intégra à l’âge de 10 ans le très renommé Dresdner Kreuzchor où il chantera jusqu’en 1942, date à laquelle il fut enrôlé dans l’armée allemande à la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

Il revint ensuite à Dresde dans le but de devenir instituteur, tout en poursuivant l’étude du chant et devint l’élève de Rudolf Dietrich entre 1946 et 1949. Cette année-là, il fit ses débuts professionnels sur scène, alors âgé de 23 ans, au Staatsoperde Dresde avec le rôle de Czernikowski dans Boris Godounov de Moussorgski suivis du rôle de l’Ermite dans le Freischütz de Weber, une maison dont il restera membre tout au long de sa carrière. 

Sur les conseils du chef d’orchestre Hans Knappertsbusch, Theo Adam troqua le répertoire de basse pour celui de baryton-basse, dont il acquit la tournure héroïque, ce que lui permit une voix grave certes, mais à la tessiture élevée. En témoigne l’importance de son répertoire qui couvre une centaine de rôles allant de  Wagner à Richard Strauss, mais passant aussi par Mozart (Don GiovanniLa Flûte enchantée), Verdi (Don Carlo) et Berg (Wozzeck et Lulu).

Il fut appelé à Bayreuth en 1952 où il reviendra chaque année dans des rôles de plus en plus importants jusqu’à ceux de Wotan pour le Ring de 1963, Fasolt dans Das Rheingold en 1958, Amfortas et Titurel dans Parsifal, Hans Sachs dans les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, ainsi que ceux du Hollandais dans Le Vaisseau fantôme et de Heinrich der Vogler dans Lohengrin en 1954.

Adam fit ses débuts au Royal Opera House de Londres dans le rôle de Wotan en 1967. Il fit sa première prestation au Festival de Salzbourg 1969 dans le rôle d’Ochs dans Der Rosenkavalier de Richard Strauss, pour y revenir trois ans plus tard dans le rôle-titre de Wozzeck d’Alban Berg. Au Theater an der Wien, il tint le rôle de Pizarro dans Fidelio de Beethoven dans une production de 1970 célébrant le bicentenaire de la naissance du compositeur. Il chanta le rôle-titre de Don Giovanni de Mozart à l’Opéra d’État de Vienne en 1972.

Il interpréta ensuite tous ses grands rôles au Met de New-York. Il commença par le rôle de Sachs dans Die Meistersingerle 7 février 1969, aux côtés de Pilar Lorengar dans le rôle d’Eva, John Alexander dans le rôle de Stolzing, sous la direction de Joseph Rosenstock. La même année, il fut Wotan dans Das Rheingold et Die Walküre, aux côtés de Birgit Nilsson, Régine Crespin, Lili Chookasian et Jon Vickers, dirigés et mis en scène par Herbert von Karajan. 

Wotan restera l’un de ses rôles fétiches, notamment sous la direction de Karajan.

Il a aussi créé les rôles-titres de plusieurs opéras, dont Einstein de Paul Dessau (1974, Berlin), Baal de Friedrich Cerha (1981, Salzbourg) et le rôle de Prospero dans Un re in ascolto de Luciano Berio (1984, Salzburg). Il a enregistré une bonne partie de son répertoire opératique, avec Otto Klemperer, Herbert von Karajan, Karl Böhm, Marek Janowski, Karl Richter ou Lorin Maazel.

Après une absence de seize ans, Adam revint pour la dernière fois en mars 1988 dans le rôle de Wotan dans Die Walküre avec Peter Hofmann dans le rôle de Siegmund, Sabine Hass dans le rôle de Sieglinde, dirigé par James Levine. Pendant plus de 50 ans, Theo Adam incarna tous les rôles majeurs des opéras de Wagner.

Il est souvent reconnu, avec Dietrich Fischer-Dieskau, comme l’un des grands interprètes de la musique vocale de Jean-Sébastien Bach, sans oublier son interprétation d’Elias de Mendelssohn, qui reste encore aujourd’hui un point de comparaison pour tout nouvel interprète du rôle.

Grand interprète de la musique vocale du XIXe siècle, Adam s’intéressait également à la musique contemporaine et participa aux créations de plusieurs œuvres, à l’âge de 80 anscomme celles de Luciano Berio (1984). 

Il fut aussi metteur en scène (à partir de 1972), auteur de plusieurs livres autobiographiques, animateur à la télévision allemande du programme « Theo Adam invite » et détient, après Dietrich Fischer-Dieskau, le record dans sa tessiture du nombre d’enregistrements.

Theo Adam laisse une impressionnante discographie, engrangée avec tout ce que la planète comptait de stars du chant et de la direction d’orchestre des années 1950 à 1990. Citons notamment son Hollandais dans le célèbre Vaisseau fantôme d’Otto Klemperer (EMI), son Wotan dans les non moins fameux Ring de Karl Böhm (Philips) et de Marek Janowski (RCA), son Pizarro de Fidelio et son Baron Ochs du Chevalier à la rose toujours avec Böhm (DG), son Hans Sachs dans Les Maîtres Chanteurs d’Herbert von Karajan (EMI), ou encore son Amfortas de Parsifal et son Wozzeck avec Herbert Kegel (Berlin Classics).

Actif dans le domaine de l’oratorio, il enregistra  également de nombreuses cantates de Bach, en particulier avec Peter Schreier, ainsi que le rôle-titre d’Elias de Mendelssohn avec Wolfgang Sawallisch (Philips).

Theo Adam chanta sur de très nombreuses scènes un peu partout dans le monde, mais il n’a jamais souhaité quitter sa ville de Dresde où il connut plusieurs régimes politiques. 

Il fit ses adieux à la scène en 2006, âgé de 80 ans, à Dresde avec le rôle de ses débuts, l’Ermite dans Der Freischütz. Ilenseigna le chant en tant que professeur honoraire à la Musikhochschule de Dresden à partir de 1979.

Il est mort le 10 janvier, à 92 ans, dans une maison de retraite de sa ville natale, Dresde.

Sa voix était grande, robuste et puissante, très égale et très stable, d’une belle matière, et l’interprétation toujours d’une grande intelligence. S’il succéda à Hans Hotter comme LE Wotan de Bayreuth, avec des moyens totalement différents, une émission d’une autre nature, plus égale mais moins large. Le large ambitus de sa tessiture lui permettait d’aborder le registre de baryton, de baryton-basse et de basse plus ou moins légère.  Il continua grâce à sa superbe technique à chanter jusqu’à l’orée des années 2000.