Kurt Moll 1938-2017

Kurt Moll fut une grande basse profonde allemande réputé dans les opéras de Mozart, Wagner et Strauss.

Il est né le 11 avril 1938 à Buir, près de Cologne. Il étudia le violoncelle puis le chant à la Musikhochschule de Cologne. 

À vingt ans, il fut engagé par l’Opéra de Cologne jusqu’en 1961, puis il débuta à Aix-la-Chapelle où il chanta jusqu’en 1965. Il fut ensuite recruté par l’Opéra de Sarrebruck et se produisit sur plusieurs scènes allemandes, dont Mayence et l’Opéra de Hambourg, dont il devint membre permanent de la troupe. 

Dès lors commença sa carrière internationale, qui le conduisit d’abord à Salzbourg où il interpréta ce qui deviendra un de ses rôles de prédilection, Sarastro dans La Flûte enchantée de Mozart, puis à l’Opéra de Vienne, l’Opéra de Paris (où il débuta en 1972 dans Les Noces de Figaro et Parsifal), La Scala de Milan (où il triompha la même année comme Osmin), et à partir de 1974 au  Covent-Garden de Londres, le Colón de Buenos Aires et le Liceu de Barcelone. 

Moll fit ses débuts à l’Opéra d’État de Bavière en 1971 comme remplaçant de dernière minute dans le rôle de Veit Pogner des Maîtres chanteurs de Nuremberg de Wagner. Dès 1967, le Festival de Bayreuth lui ouvrit ses portes pour des débuts dans cette même œuvre et lui permit de s’imposer comme un grand wagnérien

Mozartien et wagnérien unanimement salué, la grande basse allemande triompha également chez Strauss en campant un irrésistible baron Ochs dans Le Chevalier à la Rose et un Morosus des plus convaincants dans La Femme silencieuse. En 1974, il se produisit à San Francisco, et en 1987 au Metropolitan Opera de New York.

En dehors de la scène lyrique, il donna aussi de nombreux concerts et récitals menant une carrière de concertiste (oratorio et lied), et participant également à la création d’œuvres de compositeurs allemands, comme Günter Bialas, avec le  rôle du Roide Des gestifelte Kater, en 1975, ou Genoveva oder Die weiße Hirschkuh, de Detlev Müller-Siemens (rôle de Wilhelm II, en 1978).

On le vit à l’affiche de Carnegie Hall où il fit ses débuts en 1984. Il sera trois fois élevé à la dignité de « Kammersänger » à Hambourg, Munich et Vienne.

Kurt Moll abandonna la scène, pour raisons de santé, en 2006, avec un dernier rôle, celui du Veilleur de Nuit des Maîtres Chanteurs de Richard Wagner, à Munich. À partir de 1992, il enseigna à l’École supérieure de musique de Cologne. 

Il s’est éteint à Cologne des suites d’une longue maladie le 5 mars 2017 à l’âge de 78 ans. 

La voix ample, chaleureuse, profonde et veloutée de Kurt Moll est reconnaissable entre toutes. Doté d’une tessiture très large (du do grave (voir le rôle du Baron Ochs) au fa aigu (par exemple dans La Création de Joseph Haydn), sa voix était parfaitement homogène. Sa diction, ou plutôt son art des mots, faisait merveille dans nombre des grands rôles du répertoire qu’il dominait de toute sa noblesse de musicien. 

Kurt Moll s’est illustré dans un répertoire allant de Mozart à Wagner sans accentuer la noirceur dramatique généralement associée à son type de voix. Même dans les personnages les plus noirs comme le sinistre Hunding de La Walkyrie, il conservait une indéfinissable rondeur et un velouté incomparable. Il s’illustra également dans le rôle d’Osmin de L’Enlèvement au Sérail   de Mozart. Il fut un Sarastro de légende dans La Flûte enchantée Dans le répertoire wagnérien, il incarna magnifiquement le Roi Marke dans Tristan et Isolde ainsi que Gurnemanz dans Parsifal.

Il participa aussi à un célèbre enregistrement studio de Tristan et Isolde sous la direction de Carlos KleiberSa discographie est très vaste, comprenant plus d’une centaine d’enregistrements, dans lesquels Wagner tient une place de choix.