Mady Mesplé 1931-2020

Mady Mesplé était belle, simple, élégante de port et de cœur. Archétype du soprano léger à la française, sa voix s’inscrit dans la lignée des Lily Pons et Mado Robin, plus récemment de Natalie Dessay et Sabine Devieilhe. Souveraine au royaume des Gilda, Olympia et autres Reines de la Nuit, Mady Mesplé possédait une technique impeccable, un raffinement musical et une présence scénique. Mais la cantatrice aux trois octaves et aux aigus stratosphériques (elle montait sans effort jusqu’au contre sol, a enregistré un contre la bémol et osait même, en privé, le contre si bémol !) fut aussi une musicienne éclectique, capable de passer (avec aisance et sans complaisance) de l’opéra à l’opérette, de la musique contemporaine à la variété.

Elle naquit à Toulouse, le 7 mars 1931. Ses parents s’étaient rencontrés dans une chorale. Sa mère, secrétaire d’une maison de confection, fit venir un professeur à domicile pour lui apprendre la musique. À sept ans et demi, elle entra au conservatoire de Toulouse avec une dispense. Elle suivit alors les cours de Mme Marchant pour le piano et Mme Cayla pour le solfège. Elle entra plus tard dans la classe de Mme Blanc-Daurat, femme de l’aviateur Didier Daurat. Pour le solfège, elle fut l’élève de Mme Pauly, puis elle entra en classe de composition.

Ayant obtenu un premier prix de piano, elle s’engagea dans une carrière de pianiste accompagnatrice d’artistes de variétés. Elle fut aussi pianiste dans un orchestre de dancing. À 18 ans, elle retourna au conservatoire de Toulouse, dans la classe de chant de Mme Izar-Lasson, femme du ténor Louis Izar, directeur du théâtre du Capitole de Toulouse. Elle étudia aussi le chant à Paris avec Janine Micheau. 

Un premier prix de chant en poche, elle auditionna à Liège où elle débuta en 1953, dans Lakmé de Léo Delibes. C’est à Liège qu’elle chantera pour la première fois la plupart des rôles de son répertoire, notamment Rosine dans Le Barbier de Séville et Gilda dans Rigoletto, tout en se produisant au théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Elle chanta aussi à Lyon le rôle d’Olympia dans Les Contes d’Hoffmann, puis au Festival d’Aix-en-Provence en 1956 dans Zémire et Azor de Grétry.

A partir de 1956, elle chanta à l’Opéra de Paris. Elle interpréta sœur Constance dans le Dialogue des carmélites de Francis Poulenc en 1958 et 1960. On la vit aussi dans Rigoletto et Les Indes galantes.

Elle remplaça au pied levé Joan Sutherland dans Lucia di Lammermoor au festival international d’Édimbourg en 19621. Elle chanta à l’Opéra-Comique dans Lakmé (1960), Le Barbier de Séville, Les Contes d’Hoffmann et participa à la création de Princesse Pauline de Henri Tomasi, du Dernier Sauvage de Gian Carlo Menotti (1963), et reprit Les Noces de Jeannette de Victor Massé.

Parallèlement, elle entama une carrière internationale, débutant à Miami dans Lakmé. Vinrent ensuite Madrid, Lisbonne, Porto, Barcelone, Londres, Édimbourg, Amsterdam, Vienne, Munich, Montréal, Seattle, Chicago, Dallas, le Met de New York (en 1972), Buenos Aires, Rio de Janeiro, le Bolchoï de Moscou (1972), Novossibirsk, Odessa, Tallinn, Tokyo, Belgrade, Poznań, etc.

Elle s’illustra aussi bien dans les rôles du répertoire français (Lakmé, Philine, Olympia, Ophélie), qu’italien (Lucia, Gilda, Norina, Rosina, Amina) et allemand (la Reine de la Nuit de La Flûte enchantée, Zerbinetta d’Ariane à Naxos au festival d’Aix-en-Provence en 1966). Mady Mesplé aborda la musique contemporaine avec la création du quatuor N° 2 écrit pour elle par Betsy Jolas ; de même Charles Chaynes composa pour elle ses Quatre poèmes de Sappho. Elle interpréta aussi les œuvres de Patrice Mestral et de Yves Prin et on lui doit la création en langue française en 1965 de l’Élégie pour jeunes amants (Elegie für junge Liebende) de Hans Werner Henze. Pierre Boulez lui demanda à plusieurs reprises de chanter L’Échelle de Jacob (Die Jacobsleiter) de Schönberg et L’Enfant et les Sortilèges de Ravel, notamment à Londres. Elle inaugura, par ailleurs, la série de récitals de mélodies à l’Opéra de Paris en 1971, lieu où elle chanta encore Olympia dans la mise en scène de Patrice Chéreau en 1975.

Mady Mesplé a chanté entre autres sous la direction de Georges Prêtre, Pierre Boulez, Berislav Klobučar, Bernard Haitink, Pierre Dervaux, Alain Lombard et a travaillé sous la direction scénique de Patrice Chéreau et Franco Zeffirelli.

Dans les années 1980, Mady Mesplé commença une carrière pédagogique comme professeur à l’académie de Nice. À peu près à la même époque, elle abandonna la scène (l’opéra) pour se consacrer aux récitals et aux concerts. Ce qui la mena à New-York, Pékin, Shanghai, Toronto, Rome, etc. Le 19 octobre 1987, elle chanta à titre tout à fait exceptionnel lors de la soirée de gala qui a eu lieu à l’espace Cardin en l’honneur des quatre-vingts ans d’Alain Daniélou.

Elle a été professeur aux conservatoires nationaux de région de Lyon, Bordeaux et Saint-Maur-des-Fossés et a organisé de nombreuses master classes (notamment à l’abbaye de Sylvanès) et au CNIPAL. Elle a été durant plusieurs années professeur à l’École normale de musique de Paris. Durant plusieurs années, elle dirigea un master class à Navarrenx dans les Pyrénées-Atlantiques et fut la Présidente d’honneur de l’Association des Pierres lyriques, dirigée par François Ithurbide, dont la vocation est de promouvoir l’art lyrique en Béarn.

Elle fit également partie de nombreux jurys en France et à l’étranger (Washington, Toronto, Genève, Italie, etc.).

Parallèlement, ses nombreux passages à la télévision pour défendre le chant lyrique (notamment sous l’égide de Jacques Martin, Pascal Sevran, etc.) assurèrent sa popularité auprès du grand public. Elle est l’une des cantatrices françaises qui a le plus enregistré surtout chez EMI aussi bien l’opéra, l’opérette ou la mélodie, que la musique sacrée ou la musique contemporaine.

En 1996, on lui diagnostiqua la maladie de Parkinson. En 2010, elle devint la marraine de l’Association France Parkinson et publia son témoignage dans un livre intitulé La Voix du corps : Vivre avec la maladie de Parkinson.

En 2016, sous l’invitation de Marc Aversenq, elle fut la marraine de la 6ème édition du concours international de belcanto Vincenzo Bellini fondé par Marco Guidarini et qui se déroula à l’opéra municipal de Marseille.

Mady Mesplé murut le 30 mai 2020 à Toulouse, à l’âge de 89 ans. Elle est inhumée au cimetière de Terre-Cabade à Toulouse.

Lorsqu’on lui demanda ce qui pour elle faisait une belle voix, elle répondait : « Le timbre bien sûr, mais on n’y peut rien, c’est naturel, comme la couleur des yeux. Pavarotti par exemple, avait un timbre fabuleux… Même si physiquement, il ne nous faisait pas tomber en pamoison, quand il chantait, alors là… Oui, la voix, c’est d’abord une nature, mais après, il faut du travail, et avec le travail, on arrive à changer certaines choses, à les arrondir…
Il vaut mieux être musicien quand on a un timbre comme ça… il faut ressentir qu’on est musicien… et aussi être cultivé. Aujourd’hui, chaque artiste essaie d’avoir des connaissances, pas seulement sur la musique. Une fois, j’ai entendu une répétition du Crépuscule des dieux qui me faisait pleurer, je suis entrée, c’était Birgit Nilsson, une femme exceptionnelle. Personnellement, j’ai essayé d’égaliser ma voix au fil du temps : elle était très puissante dans les aigus, plus faible dans les mediums. Grâce au travail j’ai réussi à gagner plusieurs tons vers le bas. Il est important que l’oreille soit exercée à la justesse. Je cherche toujours la justesse. J’ai connu un chef d’orchestre qui n’était pas « juste », alors quand il chantonnait, il nous faisait détonner ! Mais cette chose est innée, certains pourront travailler autant qu’ils veulent, ils ne chanteront jamais juste. Quand on en est capable, on peut toutefois améliorer cette justesse, pour l’atteindre 99 fois sur 100, mais cela nécessite une concentration à toute épreuve.»