Aureliano Pertile 1885-1952

Surnommé “le ténor préféré de Toscanini”, Aureliano Pertile fut dans les années 1920-1930 le ténor lyrique et dramatique vedette de la Scala de Milan dont il fut l’un des piliers.

Pertile est né à Montagnana, une petite ville de la province de Padoue le 9 novembre 1885. Il y a un mystère dans celle ville car, fait extraordinaire, 18 jours plus tôt naissait au même endroit un autre futur grand ténor, Giovanni Martinelli. Tous deux se partagèrent le monde pendant de nombreuses années, Pertile faisant l’essentiel de sa carrière à la Scala de Milan, Martinelli faisant la sienne au Metropolitan Opera de New-York. Chacun chez soi et tout alla bien; ils ne furent pas ennemis.

Pertile étudia avec Giacomo Orefice à Padoue et Gaetano Bavagnoli à Milan, avant de faire ses débuts à l’opéra comme Lyonel dans Martha, en 1911, au Teatro Eretenio de Vicence. Le journal local, La provincia di Vicenza, a commenté sa performance comme suit: “Excellent, le ténor Aureliano Pertile qui chantait pour la première fois devant un public de sa ville, a très bien joué le personnage de Lionello, un jeune homme amoureux. Pertile a une voix forte qu’il a utilisée pour montrer à la fois la douceur et le tempérament dramatique.” Il y a eu sept représentations. En mai, Pertile fut engagé au Teatro Dal Verme de Milan pour chanter dans la première italienne de Quo vadis de Jean Nouguès. La représentation eut lieu le 3 mai. Les autres artistes de la distribution étaient Zauner, Garelli et Montesanto. Pertile termina l’année au Teatro Vittorio Emanuele de Torino en chantant Quo vadis le 20 septembre, Rigoletto avec Claudia Muzio, La Gioconda en novembre et Norma le 15 novembre.

Début 1912, Pertile revint au Dal Verme pour Pagliacci (21 janvier avec Bosini, Zani, Baracchi) et plus tard, Andrea Chénier (17 décembre avec Wroblenska, Passuello). Cette même année, il chanta à Asti (Isabeau, Andrea Chénier) et à Vicence (Cavalleria rusticana, Pagliacci, Andrea Chénier). 1913 vit Pertile à Brescia chantant La Gioconda et Conchita en janvier. Le 8 mai, il fut dans le Requiem de Manzoni à Brescia. En mars, il incarna Don José dans Carmen à Padoue puis traversa l’Atlantique jusqu’au Chili et l’Argentine. Au Chili, il chanta à Santiago (Manon Lescaut, Un ballo in maschera, Cavalleria rustiqueana, Tzigana); à Valparaiso (Manon Lescaut, Cavalleria rusticana). Il fit ses débuts à Buenos Aires le 25 octobre dans Tosca au Coliseo. Lors de son séjour à Buenos Aires, il chanta dans Traviata, Carmen et La Gioconda. Il termina l’année au San Carlo de Naples en chantant dans Conchita. Il resta à Naples au début de 1914 pour Madame Butterfly et Carmen. Il se rendit ensuite à Palerme pour Salomé et Conchita, à Florence pour Lucia di Lammermoor, à Padoue pour Andrea Chénier, à Gênes pour La giavanese, Carmen et Cavalleria rusticana. Il fit ses débuts à Turin dans Francesca da Rimini le 21 janvier, et en février il poursuivit avec L’amore dei tre re. Il s’est ensuite rendu à Rome pour faire partie de la troupe du Costanzi chantant Francesca da Rimini le 10 mars avec Rosa Raisa et Giuseppe Danise, puis Aida le 25 mars avec Rosa Raisa, Una tragedia fiorentina le 3 avril avec Rosa Raisa et en décembre pour chanter Boris Godunov. A Bologne, il chanta dans La fanciulla del West, Aida et Francesca da Rimini. Il débuta dans Madama Butterfly et Louise de Charpentier (le 1er février avec Cervi Caroli et Giraldoni), en 1916, à Rome.

Pertile, à gauche dans Nerone; à droite dans Tosca

Le 22 février 1916, il fit enfin ses débuts à La Scala dans Francesca da Rimini avec Raisa, Danise et Paltinieri. C’est le compositeur Riccardo Zandonai qui avait souhaité lui confier la première milanaise de son opéra créé deux ans plus tôt à Turin.

Après un bref arrêt à Rome pour Francesca da Rimini, à Bologne pour un concert, à Brescia pour La Gioconda, et à Padoue pour Carmen, la Comunale de Bologne l’a accueilli pour endosser le rôle de Cavaradossi le 30 novembre, dans un casting qui comprenait Tina Poli Randaccio et José Segura Tallien. Pour terminer l’année, il s’est rendu à Barcelone pour Aida et Louise. Le 11 janvier 1917, il fit ses débuts à Madrid dans Aida avec Cecilia Gagliardi, Fanny Anitua, Segura Tallien et Masini Pieralli. Pendant son séjour à Madrid, il chanta dans Tosca, Un ballo in maschera, Madama Butterfly (avec Storchio) et Carmen. En juin, Pertile était de retour à Bologne pour La Rondine avec Cannetti, Dal Monte, Dominici et Mugnoz. Pour le reste de l’année, il chanta à Gênes dans Andrea Chénier, La rondine, Aida et Un ballo in maschera. En janvier 1918, Pertile était toujours à Gênes pour Manon Lescaut, Loreley, La bohème, Madama Butterfly et Traviata. Après une brève halte au Teatro Chiarella pour chanter Traviata et Fra Diavolo, il passa le reste de l’année en Amérique du Sud.

Le 2 juin, il fit ses débuts au Teatro Colón de Buenos Aires dans Carmen avec Gabriella Besanzoni, Hina Spani et Marcel Journet. Pendant la saison du Colón, il chanta Pagliacci avec Vallin, Montesanto et Stabile, Aida (avec Raisa, Besanzoni, Rimini, Gaudio), Tucuman (avec Spani, Stabileet Urizar), Jacquerie (avec Vallin, Besanzoni, Montesanto, Dentale), Un ballo in maschera (avec Raisa, Rimini), et Manon Lescaut (avec Dalla Rizza, Montesanto). Après cela, la troupe s’est rendue au Brésil. Le premier arrêt fut Rio de Janeiro pour Un ballo in maschera, Jacquerie, Carmen et Aida. Puis à Sao Paulo Pertile a chanté dans Aida, Tosca, Pagliacci, Carmen et Rigoletto.

En 1919, il y eut Fedora le 30 janvier à Turin, Manon Lescaut le 13 février et Mefistofele le 24 février à Plaisance, Francesca da Rimini le 8 mars à Vérone avant de retourner à Buenos Aires en juin. Au Coliseo de Buenos Aires, Pertile chanta Mefistofele le 18 juin (avec Dalla Rizza, Carena et De Angelis), Madame Butterfly et Mosé le 20 juillet (avec Carena, Ottein, Stabile, De Angelis). De là, la compagnie se rendit à Rosario, où Pertile chanta dans Mefistofele et Mosé. Montevideo était le prochain arrêt de la tournée.

Pertile termina l’année en Italie. Au Chiarella de Turin, il fut Lohengrin le 23 octobre, Carmen et Andrea Chénier le 29 novembre. Le 12 décembre, il fit ses débuts au Teatro Ponchielli de Crémone dans Mefistofele. L’année s’acheva à Crémone avec Carmen.

En 1920, Pertile est resté en Italie pour chanter à Parme, Brescia, Vérone, Ferrare, Vicence, Ravenne, Cesena, Trieste, Bologne, Turin pour Francesca Da Rimini, Mefistofele, Carmen, Manon Lescaut, Aida, Lohengrin, Un ballo in maschera et La Traviata.

En 1921, ce fut au Carcano de Milan qu’il interpréta Alfredo dans La traviata le 29 janvier. Durant les 5 premiers mois de l’année, il s’est produit en Italie, à Bologne (Andrea Chénier), Florence (Andrea Chénier, Aida), Catane (Fedora, 5 mars, Carmen), Venezia (André Chénier, Il mistero (7 mai) ), Pagliacci). Puis il s’est rendu au Mexique, où il fit ses débuts le 23 août à Mexico dans Mefistofele. Là, Pertile chanta également dans Aida et Samson et Dalila (8 octobre, avec Anitúa et Ordonez).

Au cours de l’été 1921, Giulio Gatti-Casazza, directeur général du Metropolitan Opera, s’est posé des questions sur les principaux ténors du monde en vue de la préparation de sa saison 1921-22. Parmi ceux qu’il envisageait et n’ayant jamais chanté au Metropolitan, il y avait Fernand Ansseau, Joseph Hislop, Alfred Piccaver et Ulysses Lappas. Joseph Mann, le ténor héroïque polonais, devait en fait assumer de nombreux rôles pour remplacer Enrico Caruso en difficulté, mais il est mort lors d’une représentation d’Aida à Berlin en septembre. Celui que Gatti recherchait particulièrement était le ténor italien Aureliano Pertile. Il annonça au président du Met, Otto Kahn, depuis Venise le 7 août 1921: «Un autre ténor, qui au cours des saisons passées a eu toute une série de succès tout simplement brillants est Mr. Aureliano Pertile qui a chanté dans tous les principaux théâtres d’Italie, d’Espagne et d’Amérique du Sud. Sa voix n’est pas une voix d’or, elle est plutôt aride mais ferme et virile; un artiste très sérieux, très musical et possédant un répertoire complet.» Pertile signa son contrat le jour même où le pauvre Caruso était à l’agonie, bien que personne ne le sache encore.

Martinelli (à gauche) en compagnie de Pertile, deux enfants du même âge et du même village italien. Concurrents mais amis.
Pertile dans I Pagliacci

Aureliano Pertile fit ses premiers pas au Metropolitan Opera le 1er décembre 1921 en interprétant Mario Cavaradossi dans Tosca de Puccini. La presse new-yorkaise se montra très mitigée et malheureusement pour lui, c’était aussi la première Tosca sensationnelle de Maria Jeritza au Met, et les critiques n’eurent d’yeux que pour elle, faisant passer le ténor au second plan. Il ne combattra pas pour la succession d’Enrico Caruso  mort quelques mois plus tôt. Le titre de ténor italien du Met  passera finalement de Caruso à Giovanni Martinelli (1885-1969) qui règnera sans partage sur la scène du Met jusqu’en 1945. Pertile termina la saison au met en chantant Manon Lescaut, Cavalleria rusticana, Boris Goudunov (avec Fédor Chaliapine), Aida, Pagliacci et Louise. Le rôle qui fut le plus apprécié à New-York fut Dimitri en face du Boris de Fédor Chaliapine. Pour la critique: «Parmi les nombreux ténors qui sont apparus ici dans le rôle du faux Dimitri, Pertile est le premier à avoir donné à la pièce une valeur définitive, et même forte, dramatique. Mais Pertile est un acteur rare parmi les ténors. Il a également chanté hier soir tout à son avantage.» Il fit aussi un passage à Philadelphie dans Louise de Charpentier. Sa saison a finalement été une déception et après une Louise le 17 janvier 1922 à Brooklyn avec Géraldine Farrar, Pertile quitta New-York, pour ne plus jamais revenir aux États-Unis. Lorsqu’il partit en février, il avait chanté ses quinze prestations contractuelles, dont deux concerts le dimanche soir. Bien que satisfait de Pertile, Gatti-Casazza, dans son anxiété à remplacer Caruso avait surchargé sa liste de ténors. Il attendit jusqu’en avril pour écrire d’une manière inhabituellement amicale: «Mon cher Pertile, les circonstances sont presque toujours plus fortes que la volonté, de sorte que moi, qui aurais été très heureux de renouveler votre contrat pour la saison à venir, me trouve obligé de vous laisser partir. C’est d’autant plus difficile pour moi car vous avez eu de brillants succès et que vos mérites artistiques et personnels vous ont valu l’affection du public, des collègues et surtout celle des soussignés.»

A Milan la voie était libre. il est donc retourné en Italie, où il s’est imposé comme le ténor principal à La Scala de 1927 à 1937, devenant le chanteur préféré du chef d’orchestre Arturo Toscanini. En décembre 1923, bien que Gatti-Casazza avait sur sa liste les ténors Miguel Fleta, Beniamino Gigli, Giacomo Lauri-Volpi et Giovanni Martinelli, il a du lire avec une pointe de regret ce message d’un de ses agents italiens: «Comme vous le lirez dans les journaux, La Scala est devenu “le théâtre Pertile”. Tous les opéras sont chantés par lui, le seul ténor!»

Pertile dans Adriana Lecouvreur

Le 22 mars, il est collabora pour la première fois avec le maestro Toscanini, chantant Mefistofele avec Juanita Caracciolo, Iva Pacetti et De Angelis. Après des représentations de Boris Godunov à Milan (23 avril avec Vanni Marcoux), Pertile chanta Mefistofele à Gênes et Padoue. Une série de Lohengrin, à Turin, Vérone, Trieste, Milan, a suivi, tandis qu’il clôtura l’année à la Scala en chantant le 26 décembre Manon Lescaut, avec Caracciolo et Badini.

Pertile passa la première partie de 1923 en Italie à chanter à Milan (Meistersinger avec Journet), Louise (avec Heldy et Journet), Boris Godunov (avec Zalewski) et Lucia di Lammermoor (avec Dal Monte, Stracciari, Pinza). Puis il est reparti pour l’Amérique du Sud. À Buenos Aires le 20 mai, au Colòn, il incarna Radames dans Aida avec Muzio, Flora Perini, Carlo Galeffi et Mansueto Gaudio. À Buenos Aires, on le vit dans Un ballo in maschera (avec Spani, Dragoni, Bertana, Urizar), Lucia di Lammermoor (Dal Monte, Segura Tallien), Traviata (avec Muzio et Galeffi), Manon Lescaut (avec Muzio et Segura Tallien), Mefistofele (avec Cirino) et La leggenda di Sakuntala (avec Dahmen, Cirino et Gaudio). Après quoi la compagnie s’est rendu à Rosario, Rio de Janeiro, Sao Paulo. Le 20 novembre, Pertile revint à La Scala où il fut Radames (avec Rinolli, Besanzoni, Franci, et Pinza), Traviata, Lucia di Lammermoor, Manon Lescaut et Iris.

De gauche à droite: Giovanni Martinelli, Toti Dal Monte, Aureliano Pertile et Enzo de Muro-Lomanto

Pertile commenca 1924 avec le rôle de Lohengrin à La Scala le 18 mars et Die Meistersinger, avant de chanter le 1er mai dans la première mondiale du Nerone de Boito avec Raisa, Bertana, Galeffi et Journet). En mai, il revint à Florence pour Lucia di Lammermoor avec Ada Sari et Reali. Durant l’été, il fit une série de Lucia à Bergame, Césène, Vicence et Padoue. Il termina 1924 à la Scala en chantant Iris, Mefistofele et La bohème.

L’année 1925 fut exclusivement italienne: Milan (André Chénier, Aida, Il trovatore (30 avril avec Raisa, Anitua, Franci et Autori), Lohengrin, Un ballo in maschera, Die Meistersinger, Madama Butterfly, Iris), Torino (Nerone), Firenze (La bohème), Ferrare (Il trovatore, Lucia di Lammermoor) et Bologne (Lucia di Lammermoor).

Aureliano Pertile


En 1926, Pertile s’est produit en Italie pendant les trois premiers mois de l’année (Milan, Turin), avant de revenir en Amérique du Sud. À Buenos Aires, il ouvrit la saison le 22 mai avec Nerone (avec Muzio, Bertana, Franci et Formichi). Les autres opéras furent Iris (avec Pampanini, Vanelli, Pasero), Il trovatore (avec Muzio, Anitua, Franci, Pasero), Pagliacci (avec Pampanini, Ruffo), Madame Butterfly et La bohème avec Isabel Marengo et Ruffo. Giuseppe de Luca fut Marcello lors de la dernière représentation. En octobre, Pertile fut Edgardo à Trieste et en novembre Manrico à Bologne , avant de retourner à La Scala où il incarna Lohengrin (le 17 novembre, avec Nieto, Casazza et Galeffi). Le 2 décembre, il fut André Chénier (avec Cobelli et Franci), et le 19 décembre, il chanta Pagliacci (avec Pampanini, Franci, Vanelli). Après deux représentations d’Iris (29 décembre, avec Pampanini, Paci et Walter), il s’est rendu à Turin.

A Turin, il participa aux reprises de Nerone (22 janvier 1927) et Aida (23 février, avec Eva Turner, Minghini-Cattaneo et Faticanti). Le reste de 1927le vit rester principalement en Italie (Milan, Padoue, Côme, Vicence et Trieste), à ​​l’exception de quatre apparitions à Londres. En juin 1927, Pertile fit en effet ses débuts au Covent Garden de Londres dans Aida le 3 juin (avec Stueckgold, Onegin, Schipper et Cotreuil). Il trovatore suivit le 14 avec Leider, Olczewska, Borgioli et Autori. Le 29 décembre, Pertile chanta dans l’opéra Sly de Wolf-Ferrari avec Llopart, Rossi Morelli et Badini sous la direction de Panizza.

Portraits d’Aureliano Pertile


Le 18 janvier 1928, ce fut Pagliacci à Turin et en février, retour à La Scala pour Edgardo et le duc de Mantoue, après quoi il chanta dans Andrea Chénier au Carlo Felice de Gênes. Avant de retourner à Londres, il passa à Milan et à Naples. À La Scala, il chanta dans Tosca avec Gilda Dalla Rizza et Stabile, et Andrea Chénier avec Bruna Rasa et Galeffi puis Traviata avec Dalla Rizza et Victor Damiani. De retour à Londres, il fit Pagliacci (avec Pampanini, Inghilleri et Baracchi), Aida (avec Dusolina Giannini, Irene Minghini-Cattaneo, Armando Borgioli et Manfrini), et La bohème (avec Sheridan, Carosio, Inghillleri, Baracchi et Manfrini). Eva Turner a chanté dans des performances ultérieures d’Aida.

Pertile dans Andrea Chénier

En juillet, sur la Piazza San Marco à Venise, Pertile donna Pagliacci avec Pampanini et Galeffi, précédé par Cavalleria rusticana avec Bruna Rasa et Antonio Melandri, Mascagni dirigeant les deux opéras. En octobre, on le vit dans Tosca avec Bruna Rasa et Giovanni Inghilleri à Forlì. Il termina l’année à La Scala avec Sly, Tosca, Lucia di Lammermoor et Meistersinger.

Son année 1929 fut très chargée avec Milan, Nice, Gênes, Turin, Rome, Naples, Vienne (19 mai dans Lucia di Lammermoor avec Dal Monte, Franci et Righetti), Berlin (25 mai dans Lucia di Lammermoor, Manon Lescaut et Aida), Londres, Buenos Aires, Pise, Ferrare, Trieste, Bologne et encore Milan. En 1929, il s’est produit plus de 80 fois sur scène. Toscanini avait quitté La Scala et l’Italie après avoir dirigé Manon Lescaut en mai. Après le départ de Toscanini, Pertile est resté attaché à la Scala mais a du partager un peu la vedette avec de nouvelles étoiles montantes comme Beniamino Gigli et Giacomo Lauri-Volpi.

Aureliano Pertile
Aureliano Pertile


Le 12 janvier 1930, Il chanta dans Francesca da Rimini avec Dalla Rizza et Mariano Stabile à La Scala et fit ensuite Manrico à Parme, avec Spani, Bruna Castagna, Giulio Fregosi et Tomei. À Turin, il chanta dans cinq représentations d’Andrea Chénier avec Sheridan et Granforte et dans Gianni Schicchi avec Sheridan et Badini. Au Carlo Felice de Gênes on le vit dans Lohengrin et Aida, et à l’Opéra de Rome, dans Un ballo in maschera avec Arangi Lombardi, Pasini, Casazza et Montesanto. Plus tard en mars, les Romains l’ont entendu dans Traviata avec Muzio et Stabile. À Naples, Aureliano fit André Chénier, Madama Butterfly, L’ultimo lord d’Alfano et La forza del destino. En mai, il est revenu à Ravenne pour André Chénier avec Bruna Rasa et Franci. Les trois se sont joints à un concert à bénéfice à l’Alighieri le 17. Après quoi, Pertile est passé à Florence pour Lohengrin avec Maria Laurenti, Stignani, Borgioli, Nava et Vaghi. En octobre, il chanta Edgardo à Budrio avec la Lucia de Lina Pagliughi, Radames à Ferrare avec Arangi Lombardi, Dal Monte, Borgioli et Righetti. À la fin de l’année, il fit Manon Lescaut avec Pampanini. En 1931, Rome vit Pertile dans Un ballo in maschera, Aida et Andrea Chénier, après quoi il chanta Riccardo à Gênes. En mars, il revint à Rome pour Adriana Lecouvreur (avec Cobelli, Gianna Pederzini et Damiani). Après Lucia di Lammermoor et Un ballo in maschera à Naples, il revint à La Scala pour Marta. En juin, il fut de retour à Londres pour chanter dans La forza del destino avec Ponselle, Pederzini, Franci, Pasero et dans Tosca avec Pacetti et Stabile. L’été fut occupé avec Radames à Udine et Trieste. En octobre, de fut La bohème avec Mafalda Favero, Vanelli, Baracchi et Lauri à Bologne. Le 26 décembre, Pertile incarna Pollione dans La Norma, pour la première fois dans une production de la Scala, avec également Bianca Scacciati, Ebe Stignani et De Angelis.

Aureliano Pertile

En 1932, il resta en Italie, chantant son répertoire à Milan, Turin, Gênes, Naples, Vérone, Bergame, Ferrare et Bologne. Il s’est aventuré hors d’Italie à Barcelone le 13 novembre pour chanter Aida avec Jacobo, Rossini et Morelli.

En 1934, Pertile commença à réduire son activité. Il a chanta à La Scala pour les six seules fois de sa carrière le rôle de Fernando dans La Favorita (avec Stignani, Danise et Pasero). On peut se demander comment il a réalisé les notes hautes de cet opéra car il ne dépassait pas le contre ut. Pour le reste de l’année, il se rendit à Rome, Palerme, Florence, Rimini et Modène pour chanter dans Fra Diavolo, Aida, Lohengrin, Un ballo in maschera, La forza del destino et André Chénier.

Pertile dans Nerone

En 1935, Pertile a participé à la première mondiale de Nerone de Mascagni avec un casting comprenant Rasa, Carosio, Parmeggiani, Granforte et Pasero. Pertile refit Nerone pendant l’année à Livourne et à Bologne. Outre cela, il a chanté Pagliacci (Milan), Fedora (Milan), Aida (Vienne, Modène) et Un ballo in maschera (Modène).

1936 trouve le ténor à Trieste pour Francesca da Rimini, à Bari pour Aida, à Parme et Naples pour André Chénier, Mefistofele à La Scala, Il Trovatore à Turin et Nerone à Gênes, Naples et Rome. En 1937, Pertile réduisit encore plus son activité. On note une Aida à Rome, Un ballo in maschera à Venise, La Campana Sommersa à Naples et des performances supplémentaires de Nerone à La Scala et Zurich.

Aureliano Pertile dans Nerone
Pertile dans Otello

Mais il lui manquait Otello. Enfin, à Malte fin 1937, Pertile interpréta Otello avec Scacciati et Guicciardi. Jusqu’en 1945, Pertile chantera Otello à Brescia, Parme, Padoue, Turin, Trente, Lecce, Vicence, Ravenne, Bergame, San Remo, Le Caire, Alexandrie, Budapest, Milan, Florence, Mantoue, Reggio Emilia, Alexandrie, Trieste, Trévise, Bologne, Udine, Venise et Rome (Radio). En 1938, Pertile a chanté Otello 22 fois, une curieuse façon de réduire son activité. Pendant le reste de l’année, Pertile chanta deux fois Aida.  En 1939, il chanta Otello au moins cinq fois et pour le reste de l’année Il trovatore (deux fois), André Chénier (4 fois), Pagliacci (1 fois) et Poliuto pour la radio. En 1940, il chanté Otello au moins six fois. Le reste de l’année, il chanta dans Un ballo in maschera (3 fois), André Chénier (2 fois), Pagliacci (1 fois) et Un ballo in maschera (1 fois). Il fit même des apparitions à Budapest. En 1941, il a chanté Otello (11 fois), Il trovatore (2 fois) et Un ballo in maschera (3 fois). En 1942, Otello (6 fois), Fedora (2 fois), Un ballo in maschera (2 fois), André Chénier (3 fois) et Nerone (deux fois pour la radio). En Août 1943, un bombardement allié a gravement endommagé le temple Milanais devenu inutilisable. Pertile qui avait prévu d’y effectuer son retour en décembre pour l’ouverture de la saison, après 6 années d’absence, fut contraint de chanter Un ballo in maschera au Teatro Sociale de Côme où les forces vives du théâtre avaient trouvé refuge. En 1943, il donna Otello (9 fois) et Un ballo in maschera (6 fois). En 1944, Otello (4 fois) et Un ballo in maschera (9 fois). En 1945, il a chanté Otello (2 fois), Nerone (3 fois ) et La traviata (2 fois). Au cours de sa dernière année devant le public, Pertile a chanté Pagliacci à Naples et à Salerne.

Aureliano Pertile fit ses adieux à la scène en 1946, à l’opéra de Rome, avec le Nerone de Boïto. Le chanteur se consacra ensuite à l’enseignement au Conservatoire de Milan jusqu’à sa mort, survenue à Milan, le 11 janvier 1952 à l’âge de soixante-six ans, soit 17 ans avant Giovanni Martinelli.

Aureliano Pertile

La voix d’Auréliano Pertile n’était pas “belle” dans le sens que l’on prête en général à ce terme. C’est grâce à la modernité de son art de l’interprétation, constamment guidé par la recherche de l’émotion, qu’Aureliano Pertile est resté une référence pour des chanteurs comme Mario Del Monaco ou Placido Domingo. Chanteur intelligent et sensible, il compensait une couleur de voix non exempte d’inégalités et un physique peu attrayant par un style de chant, un goût et une capacité de changer de couleur de voix selon les personnages qu’il incarnait avec une force et une vérité qui emportaient immédiatement l’adhésion du public. Malheureusement, les enregistrements que nous avons soulignent cruellement l’inégalité de son timbre en nous restituant une voix que certains ont parfois injustement qualifiée de «laide» ou trop blanche ou trop métallique. Ce n’est ni par la douceur ni par l’éclat d’une «belle» voix que le ténor séduisait le public, mais il s’imposait par le raffinement d’une technique parfaite lui permettant de s’adapter aux styles les plus divers. On retiendra aussi qu’il fut un grand Lohengrin.

Pertile dans Lohengrin

Selon le jugement de Plácido Domingo, Pertile a été l’un des rares artistes de son époque à paraître toujours moderne. Alfredo Kraus, dans une interview, l’a appelé “le plus grand ténor de tous les temps.” Son respect pour la partition était rigoureux. Certains critiques le considèrent comme l’un des plus grands ténors verdiens de tous les temps. Mémorable sont ses interprétations de Rigoletto, La Gioconda, Norma, Pagliacci, Andrea Chénier, Adriana Lecouvreur, Manon Lescaut.

Il fut le ténor préféré de Toscanini qui compris et exploita l’énorme potentiel technique et expressif de ce ténor apparemment gauche et difforme, surnommé “le bossu” par ses détracteurs. Sa voix qui pouvait prendre une ampleur exceptionnelle atteignait aisément le si3 aigu ce qui allait très bien pour des rôles comme le duc de Mantoue dans Rigoletto mais l’obligeait de baisser les tons de certains airs parmi les plus difficiles (comme la Bohème, le Trouvère, les Puritains). Malgré cela, le nombre de nuances et d’inflexions dont il enrichissait le texte rendaient secondaires certaines de ces inconvenances.