Antonina Nezhdanova 1873-1950

Antonina Nezhdanova était une exceptionnelle soprano lyrique et colorature russe d’origine ukrainienne, considérée par les historiens et les critiques d’opéra comme l’une des meilleures sopranos du XXème siècle.

Antonina Vasilievna Nezhdanova (en russe: Антонина Васильевна Нежданова) est né à Kryva Balka, près d’Odessa, en Ukraine, qui à époque faisait partie de l’empire russe. Les parents d’Antonina Nezhdanova étaient enseignants. Son père avait une bonne voix de ténor et sa mère était une belle soprano. Son talent musical s’est développé très tôt. Son père a formé une chorale amateur avec laquelle elle fit ses premiers débuts en solo à l’âge de sept ans! Elle progressa rapidement dans les arts du chant, du piano, du théâtre et de la danse. Après des études à Odessa, elle ne réussit pas à entrer au conservatoire de Saint-Pétersbourg mais entra au Conservatoire de Moscou dans la classe d’Umberto Masetti dont elle sorti trois ans plus tard en 1902 avec une médaille d’or.

Antonina Nezhdanova
en Marguerite de Faust

Elle fut immédiatement engagée au Bolchoï où elle débuta le 23 avril 1902 dans le rôle d’Antonida (Une vie pour le tsar). Elle y devint rapidement la première soprano et y resta pendant près de 40 ans, jouant les rôles principaux des opéras russes et d’Europe occidentale (le plus souvent en compagnie du ténor star Leonid Sobinov), rôles dont on peut citer Ludmila, Tatiana, Gilda, Violetta, Rosina, Lakmé, la reine de la nuit, Marguerite, Mimi et beaucoup d’autres. Elle a également chanté au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg ainsi qu’à Kiev et à Odessa. Nezhdanova allait souvent au théâtre et entendait des chanteurs comme Tetrazzini, Boronat, Anselmi, Battistini, Ruffo et Scotti! Elle fut très impressionnée par leur chant. 

Antonina Nezhdanova

Paris l’entendit en 1912, lorsqu’elle se produisit dans le rôle de Gilda (Rigoletto) en face du grand ténor Enrico Caruso et du non moins grand baryton, Titta Ruffo. Sergei Rachmaninov lui dédia ses “Vocalises“, et elle en a été la première interprète de l’arrangement pour soprano et orchestre, sous la direction du compositeur. 

Antonina Nezhdanova

Après la révolution russe de 1917, elle resta au Bolchoï, contrairement à certains de ses collègues, qui ont fuit leur pays d’origine pour l’Occident. Elle est entré dans l’e système communiste avec un enthousiasme résigné. En 1922, il fut considéré que les meilleurs artistes russes devaient visiter certains pays étranger pour convaincre l’Occident que la Russie n’était pas descendue dans une barbarie totale. Nezhdanova fut à cet égard une parfaite ambassadrice, apparaissant à Berlin, Prague, Varsovie, les capitales baltes et d’autres villes d’Allemagne et de Pologne. En URSS, elle était parmi les chanteurs et professeurs les plus honorés, continuant sa carrière tout au long de la Seconde Guerre mondiale. Elle a reçu plusieurs des plus hautes récompenses du pays. En 1936, elle sera parmi les treize premières personnes du domaine de la culture à se voir attribuer le titre d’Artiste du peuple de l’URSS et en 1943, elle devint docteur des arts pour ses articles sur Rimski-Korsakov, Rachmaninov et Leonid Sobinov. 

De gauche à droite: le ténor Leonid Sobinov, Nezhdanova et Konstantin Stanislavski (dont un des grands théâtres de Moscou porte aujourd’hui le nom)

Nezhdanova se produisit souvent en récitals avec un répertoire comportant des œuvres de Sergueï Rachmaninov, Piotr Ilitch Tchaikovsky, Franz Schubert et des chansons populaires russes. Son accompagnateur pendant plusieurs années fut le chef d’orchestre Nikolaï Golovanov avec lequel elle était mariée.

En 1936, elle commença à enseigner le chant à Moscou, d’abord au Stanislavsky Opera Studio, plus tard au Bolshoï Opera Studio, et enfin au Conservatoire de Moscou de 1943 à 1950.

Elle est décédée le 26 juin 1950 à Moscou et fut inhumée au cimetière de Novodevitchi à Moscou. Le Conservatoire d’Odessa porte aujourd’hui son nom.

Antonina Nezhdanova

Nezhdanova a réalisé un certain nombre d’enregistrements qui montrent la beauté et la souplesse de sa voix et l’excellence de sa technique. Elle fut la plus grande soprano russe de son époque. Elle avait une voix belle, lyrique, ferme et pure avec une technique de colorature phénoménale qui négociait avec brio tous les obstacles du style bel canto: colorature, roulades, notes aiguës, trilles et toutes sortes d’ornements vocaux. Mais elle pouvait aussi adapter sa voix à Verdi et même à Wagner avec une belle ligne, lorsque la musique appelait le chant cantabile. Ses enregistrements de Wagner montrent qu’une soprano lyrique peut apporter un éclairage différent sur la musique de ce compositeur. Si Nezhdanova avait fait sa carrière à New-York plutôt qu’à Moscou, elle aurait été à coup sûr une légende en Occident.