Mirella Freni 1935-2020

Mirella Freni fut une des grandes sopranos lyriques de la deuxième moitié du XXème siècle. Elle incarna à la perfection les grands rôles de Puccini et de Verdi. Son nom restera attaché au rôle de Mimi dans La Bohème.

Mirella Freni (de son vrai nom Mirella Fregni) est née à Modène le 27 février 1935, dans une famille ouvrière. Elle est, au sens propre, la soeur de lait de Luciano Pavarotti, lui-même né le 12 octobre de la même année à Modène. Leurs deux mères qui vivaient à quelques rues de distance travaillaient dans la même usine de tabac, ce qui rendait leur lait impropre à la consommation. Les deux enfants ont été gardés par la même nourrice et ont grandi en buvant le même lait. Leur amitié, née dès le plus jeune âge perdurera toute leur vie, Freni devenant l’une des partenaires de chant préférée du ténor italien. 

Mirella Freni

Enfant prodige, Mirella Freni se fit remarquer à l’âge de 10 ans en chantant dans une fête familiale. Deux ans plus tard, elle chanta pour la première fois lors d’un radio-crochet l’air Un bel di vedremo de Madame Butterfly (Puccini). Là, le grand ténor Beniamino Gigli l’avertit cependant qu’elle risquait de perdre sa voix avec ce type de répertoire et lui conseilla d’attendre quelques années avant de chanter à nouveau. Elle l’écouta et ne reprit donc le chant qu’à 17 ans. Deux ans plus tard, elle faisait ses débuts sur scène à Modène, dans le rôle de Micaëla du Carmen de Bizet. 

Pourtant, au lieu de se lancer tête baissée dans la carrière, elle prit le temps de se marier avec son professeur de chant, le chef d’orchestre Leone Maggiera, dont elle aura une fille qu’elle nommera Micaëla. Elle restera toujours prudente dans ses choix professionnels avec une grande conscience des priorités à accorder ce qui lui vaudra le surnom de la Prudentissima. Toute sa vie, Freni sera ainsi d’autant plus acclamée que le succès ne lui fera jamais tourner la tête.

Portraits de Mirella Freni

Elle reprit sa carrière en 1958 après avoir remporté le prestigieux Concours Viotti de Vercelli, puis en chantant Mimi au Teatro Regio de Turin. Pendant la saison 1959-1960, elle se produisit avec l’Opéra des Pays-Bas puis connaît une reconnaissance internationale avec le rôle d’Adina (L’élixir d’amour de Donizetti), mis en scène par Franco Zeffirelli au festival de Glyndebourne où elle chante également les rôles de Suzanna et de Zerlina pendant les saisons 1960-1962.

Le couple mythique Pavarotti-Freni

En 1961, Mirella Freni fait ses débuts à Covent Garden avec Nanetta (Falstaff de Verdi) et en 1963 à La Scala de Milan où elle chanta pour la première fois sous la direction de Herbert von Karajan dont elle deviendra l’une des cantatrices favorites et avec lequel elle collaborera dans nombre de concerts et d’opéras. En 1965, ce fut au tour du Metropolitan Opera de New-York de la découvrir dans Puccini en Mimi, puis en Liù (Turandot), et dans Gounod avec Marguerite (Faust) et Juliette (Roméo et Juliette).

Mirella Freni vola ainsi de scène en scène, jusqu’au triomphe, à la Scala, de La Bohème de 1963 dirigée par Karajan et mise en scène par Franco Zeffirelli. ce fut un succès planétaire repris au Staatsoper de Vienne avant d’être filmé pour la télévision et édité en DVD chez Deutsche Grammophon. Mirella Freni, fut la soprano d’Herbert von Karajan dans le répertoire italien.  La bohème de Decca, gravée à Vienne, n’est pas la seule référence au disque. Madame Butterfly en est une autre, tout aussi indétrônable, avec Pavarotti et Christa Ludwig. La troisième qui vient immédiatement à l’esprit, c’est l’Otello de Verdi avec le Canadien Jon Vickers et toujours Karajan à la baguette, cette fois pour EMI. La Desdémone de Freni est aussi mythique que sa Mimi. Sa Butterfly, elle la réservera au disque et à la caméra de Jean-Pierre Ponnelle dans une vidéo de 1974 qui fera date dans la manière de filmer l’opéra. Mirella Freni y sera louée par la critique pour son timbre vocal impressionnant dans ce rôle éprouvant et pour la poésie qui se dégageait de son interprétation de la malheureuse Cio-Cio-San.

Mirella Freni

Cette douce fiancée de l’opéra n’a jamais été une guerrière façon Callas. Elle n’était la rivale de personne, car elle n’en avait aucune. Elle était douceur, suavité, velours vocal. En tant que chanteuse, elle incarnait la sagesse, veillant toujours à ne pas outrepasser ses moyens en ne se frottant pas à des rôles trop lourds pour sa voix, refusant Tosca ou Butterfly en scène. Turandot aussi, mais elle chanta le rôle de Liu dans cet opéra, notamment au Met. Si Freni ne se hasarda pas à grand-chose, c’est parce qu’elle s’était heurtée trop précocement à La Traviata en 1964. La Scala ne le lui avait pas pardonné, sans doute parce que le souvenir de Callas était encore trop proche. Sept ans plus tard, le même public fera un triomphe à sa prise du rôle d’Amalia dans Simon Boccanegra de Verdi. L’enregistrement de Claudio Abbado, avec Cappuccilli, Carreras, Ghiaurov et Van Dam (DG), est lui aussi une référence pour la nuit des temps.

Karajan et Mirella Freni (dans le rôle de Mimi) à Salzbourg en 1975

En 1976, Mirella Freni partagea la vedette d’une production filmée des Noces de Figaro réalisée par Jean-Pierre Ponnelle. Elle y est une Suzanne remarquable également par sa voix et par son jeu d’actrice.

Dans les années 1979 et 1980, elle aborda des rôles verdiens plus lourds, comme Elisabetta (Don Carlo), Amalia, Elvira (Ernani), Leonora (La Forza del Destino) et même le rôle-titre d’Aida. Elle ajouta également à son répertoire les héroïnes de Puccini, Manon Lescaut et Tosca et enregistra à nouveau Madame Butterfly ainsi que les trois rôles féminins du Trittico.

Mirella Freni dans Fedora

Mirella Freni étendit son répertoire dans les années 1990 d’abord dans l’opéra vériste, en chantant Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea à Paris, Milan et New-York et Fedora d’Umberto Giordano à Milan, New-York, Turin et Zurich. Du même compositeur, elle aborda en 1998 Madame Sans-Gêne à Catane. Elle déclina néanmoins le rôle-titre de Turandot que lui proposa Karajan considérant le rôle trop à risque pour sa voix. Durant cette même période, elle s’aventura également dans le répertoire russe de Tchaïkovsky, chantant Tatiana (Eugène Onéguine), Lisa (La Dame de pique) et Ioanna (La Pucelle d’Orléans). Son dernier grand rôle fut celui de Fedora (Giordano), dans les années 1990. Il est documenté par deux DVD, dont un avec Plácido Domingo sous la direction de Roberto Abbado, au Metropolitan Opera en 1996. Cette même année 1996, lorsque l’Opéra de Turin décida de fêter le centenaire de La Bohème en réunissant une nouvelle fois le couple Freni-Pavarotti, tous deux âgés de 60 ans, certains redoutèrent de la voir chuter. Mais si Pavarotti ne put résister à s’éponger le front (alors que l’action de l’opéra se déroule au plus fort de l’hiver) et dut parfois se soutenir pour rester ferme sur ses jambes, Freni demeure égale à elle-même, fragile, gracieuse, sublime. Le frère et la sœur de lait firent taire toutes les critiques anticipées et entrèrent pour de bon dans la légende.

Mirella Freni chantant “l’air de la lettre” de Eugène Onéguine

En 2005, elle fêta en même temps le 40ème anniversaire de ses débuts au Metropolitan Opera et le 50ème anniversaire de ses débuts sur scène au cours d’une soirée de gala mémorable dirigée par James Levine dans ce Met où elle a chanté près de 150 fois. Elle acheva sa carrière professionnelle sur scène avec La Pucelle d’Orléans à l’Opéra National de Washington le 11 avril 2005 en interprétant, pour s’amuser, à l’âge de 70 ans, Jeanne d’Arc jeune fille.

Mirella Freni, Luciano Pavarotti et Nicolaï Ghiaurov

Elle avait épousé en 1981, en secondes noces, Nicolaï Ghiaurov, une des basses les plus remarquables de l’après-guerre, et un de ses plus fréquents partenaires à la scène et au disque. Ghiaurov la convertit au répertoire russe. La soprano commença par chanter des mélodies du répertoire russe dans ses récitals, coachée par son mari. A la fin des années 1980, elle chanta pour la première fois sur scène le rôle de Tatiana. Ensemble ils participèrent à la fondation du Centro Universale del Bel Canto à Vignola où ils commencèrent à donner des masterclasses en 2002. Après le décès de Ghiaurov en 2004, Mirella Freni annonça sa décision de se retirer de la scène. Pour elle, il était plus important de vivre auprès des siens que de mener une existence tapageuse. Elle avait ainsi gardé une simplicité et un bon sens populaire qui la rendaient très accessible et aimable, presque ordinaire. Revenant un jour sur sa destinée, elle l’avait ainsi résumée: «Je suis une personne normale qui, grâce à Dieu, ou à qui vous voulez, a eu la chance de faire quelque chose qu’elle aimait beaucoup. Basta !» Retraite toute relative puisqu’elle continua à donner des masterclasses partout dans le monde.

Mirella Freni à Cannes lors du 44ème MIDEM le 26 janvier 2010

Elle décéda le 9 février 2020, à l’âge de 84 ans, dans sa maison de Modène, après une longue maladie dégénérative et une série d’accidents vasculaires cérébraux. Les funérailles furent organisées par la société Gianni Gibellini-Terracielo Modena qui a accueilli le corps de l’artiste dans la maison funéraire Terracielo pour l’accueil des parents et amis les plus proches, avant que le cercueil ne soit déplacé dans le foyer du théâtre municipal, le lieu qu’elle aimait le plus, pour le dernier adieu des connaissances, des admirateurs du bel canto et de nombreux citoyens ordinaires. Les funérailles ont été célébrées par l’évêque Erio Castellucci dans la cathédrale de Modène en présence des autorités de la ville et de milliers de personnes. Une cérémonie touchante rythmée par les musiques de Mozart, Bach, Schubert et Perosi interprétées pour la plupart par ses nombreux anciens élèves. Était également présent le Chœur Rossini qui a interpréta le Requiem de Puccini et d’autres musiques sacrées pour terminer avec l’Ave Maria de Schubert.

Les funérailles de Mirella Freni à Modène

Elle a publié ses mémoires, Mio Caro Teatro, en 1990 et a reçu de nombreuses décorations en reconnaissance de son art ainsi qu’un doctorat honoris causa de l’Université de Pise pour “sa grande contribution à la culture européenne”.

Mirella Freni a patiemment étudié et s’est forgée une technique solide qui explique sa longévité vocale. Elle était très admirée pour la qualité juvénile de sa voix et ses talents d’actrice. Elle avait tout pour incarner les héroïnes fragiles et douloureuses de Puccini: la silhouette fine et délicate, la voix claire et lumineuse, le sens dramatique, l’émotion sincère, à fleur de peau, mais sans jamais céder à l’histrionisme. 

Elle disait à propos de sa ligne de chant qualifiée d’extraordinaire: «J’ai beaucoup travaillé pour acquérir cette technique. Pour moi ce n’était pas suffisant, j’ai voulu aussi connaître toutes les réactions de mon corps, la musculature, et là pour avoir un rapport juste entre la technique, la voix, le souffle, c’est un grand travail… ».













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