Virginia Zeani 1925-

Virginia Zeani est une soprano d’origine roumaine à la tessiture exceptionnelle, à la fois colorature, lyrique et dramatique, réputée pour son intensité dramatique et sa remarquable beauté.

Virginia Zeani, naquit le 21 octobre 1925 à Solovăstru, petite commune du centre de la Transylvanie en Roumanie. Petite fille, malgré des troubles bronchiques, elle chantait toujours, même lorsqu’elle allait chercher de l’eau dans la rivière pour cuisiner. Elle a dit que la musique était entrée dans son âme après avoir entendu un groupe de gitans dont l’un jouait une hora au violon, et à l’âge de neuf ans, elle décida de devenir chanteuse d’opéra après avoir entendu une représentation de Madame Butterfly. Alors qu’elle avait 13 ans, une bienfaitrice du village lui permit financièrement d’aller étudier le chant à Bucarest, avec Lucia Anghel. Cette dernière la fit travailler comme mezzo-soprano.

Les parents de Virginia
Virginia à l’âge de 7 ans

Lorsque Virginia commença à douter de l’évaluation d’Anghel au sujet sa voix comme mezzo-soprano, elle changea de professeur pour travailler avec Lydia Lipkowskaia. Cette dernière admit que sa voix était celle d’une soprano et la forma à ce répertoire. Elle étudia également la littérature et la philosophie à l’Université de Bucarest. Ces années en Roumanie furent consacrées au travail vocal mais elle n’y amorça pas de carrière. Elle participa tout au plus à un concert au Dalles Hall, avec les autres élèves de sa classe de chant et quelques airs devant le consul et l’ambassadeur d’Italie qui l’avaient invitée à l’occasion d’un dîner. 

Virginia à l’âge de 16 ans

Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, elle a fuit son pays qui était passé sous la dictature communiste, et émigra en Italie, à Milan, où elle séjournera de 1947 à 1957. À ce moment-là, elle connaissait par cœur les principaux rôles de soprano de quatre opéras: Manon, Faust, Traviata et La Bohème, mais ne disposait d’aucun diplôme officiel de Conservatoire. À Milan, elle travailla avec le chef d’orchestre Antonio Narducci. Elle chercha également à rencontrer le célèbreténor Aureliano Pertile, maintenant à la retraite, mais qui avait longtemps été l’une de ses idoles pour la beauté de son phrasé et sa diction. La rencontre avec le colonel Giovannini et sa femme, quelques jours après son arrivée, lui apportera ce qu’elle cherchait. Le couple la prit sous son aile protectrice, et après l’avoir entendue chanter, lui parle d’un de leurs amis qui n’était autre que Pertile lui-même. Elle prit rendez-vous chez lui. C’est le ténor lui-même qui lui ouvrit la porte. Son émotion est telle qu’elle n’arriva pas parler et fondit en pleurs. L’épouse de Pertile l’a introduite à l’intérieur et lui offrit un verre d’eau. Lorsqu’elle arriva enfin à expliquer qu’elle souhaitait lui demander un avis sur sa voix, Pertile l’invita à revenir le lendemain car son accompagnateur sera là aussi. Charmé par l’extrait de La Bohème qu’elle lui chanta, Pertile l’accepta comme étudiante, à titre gratuit, lui donnant des cours privés et lui permettant d’assister à ses cours de maître. Elle le remboursait en faisant des courses et en aidant sa femme dans les tâches ménagères.

Virginia Zeani à Milan lors de son arrivée en Italie

Au sujet de son travail avec Pertile, elle dira: «Il m’a donné des cours de diction italienne qui étaient très importants, parce que l’italien a ces consonnes “doubles-doubles”, comme les Américains les appellent. Par exemple, nous avons tendance à prononcer tuto mais la forme correcte est tutto avec un accent sur le double t. En d’autres termes, il m’a appris à prononcer l’italien pour que les gens le comprennent bien. Et vous devez savoir que beaucoup de gens apprennent et parlent l’italien sans penser à cette difficulté, les doubles consonnes, mais, pour faire court, Pertile a été celui qui a amélioré ma diction. Quand il m’a entendue pour la première fois, il m’a dit: “Du point de vue vocal, je peux dire que vous êtes parfaite mais Je veux que vous amélioriez votre fraseggio”. C’est ce qu’il m’a donné du point de vue musical, le conseil d’utiliser ma voix de telle manière que les gens comprennent les mots. Les gens chantent, chantent et n’utilisent pas de mots pour transmettre leur âme, ou ils sont juste indifférents et ils n’écoutent que leur voix».

Virginia Zeani dans Traviata

Zeani fit ses débuts professionnels le 16 mai 1948 dans le rôle de Violetta (Traviata) au Teatro Duse de Bologne en 1948, en remplacement de dernière minute de Margherita Carosio. Sûre d’elle, elle mentit pour avoir le rôle, racontant qu’elle a déjà chanté Traviata en roumain, à l’opéra de Bucarest alors qu’elle ne l’avait jamais chantée avec un orchestre. Malgré le trac, son interprétation dramatique de Violetta est un tel succès qu’on lui proposa trente représentations.  Ce rôle de Violetta, qu’elle chantera 648 fois au cours de sa carrière, deviendra son rôle fétiche.

Elle chanta ensuite dans des opéras régionaux italiens, puis à l’étranger. En 1950 et 1951, elle se produisit en Égypte dans des concerts privés pour le roi Farouk ainsi que dans une série d’opéras à Alexandrie et au Caire. Au Caire, elle chanta l’Elisir d’amore avec Beniamino Gigli. Alors qu’il avait 62 ans et elle 24, il lui disait: «dommage que je ne puisse pas t’embrasser, j’ai 40 kilos et 40 ans de plus que toi!» Elle chanta également Violetta à Genève en 1952 et au Stoll Theatre de Londres en 1953. Elle fit ses débuts à Florence en Elvira (I puritani) en 1952, en remplacement de Maria Callas qui s’était retirée de la production après deux représentations.

C’est lors de ces représentation des Puritains qu’elle croisa pour la première fois son futur mari, la basse italienne Nicola Rossi-Lemeni. Ils se rencontrèrent à nouveau en 1956 lorsqu’elle a fit ses débuts à La Scala en Cléopâtre dans Giulio Cesare de Haendel. Rossi-Lemeni tenait le rôle de Giulio Cesare. Il lui a rapidement proposé de l’épouser et le couple s’est marié en 1957. Un an plus tard, leur fils Alessandro est né. Zeani et Rossi-Lemeni élurent domicile à Rome et se produisirent ensemble dans treize opéras supplémentaires. De son mari, Virginia Zeani a dit qu’il n’a eu qu’un défaut: celui de l’avoir laissée trop tôt, à la suite de son décès le 12 mars 1991 à Bloomington.

Virginia Zeani et son mari Nicola Rossi-Lemeni, dans leur domicile de Rome
En famille avec leur fils Alessandro
Virginia Zeani et son mari Nicola Rossi-Lemeni

Au début de sa carrière, Zeani s’était spécialisée dans des rôles de colorature, notamment Lucia (Lucia di Lammermoor), Elvira (I puritani), Gilda (Rigoletto) et Adèle (Le comte Ory). De plus, dans une production de 1960 au Teatro dell’Opera di Roma, elle a chanté les trois héroïnes des Contes d’Hoffmann: Olympia (coloratura soprano), Antonia (lyric soprano) et Giulietta (dramatique soprano). À partir de 1970, elle s’essaya de plus en plus aux rôles de soprano dramatique les plus lourds avec un grand succès, notamment les rôles-titres dans Aida, Tosca, Manon Lescaut et Fedora. Elle a également chanté Elsa (Lohengrin) et Senta (Le vaisseau fantôme).

Virginia Zeani

Zeani a chanté 69 rôles au cours de sa carrière, dans un vaste répertoire. Elle s’est produite dans d’importantes reprises comme Alzira de verdi (Rome, 1970), et des rôles de colorature: Maria di Rohan de Donizetti (Naples 1965) et Otello de Rossini (Rome, 1968). Elle participa à des premières représentations de plusieurs opéras du XXème siècle. Elle créa les rôles de Giannina dans Un curioso accidente de Jacopo Napoli (Bergame, 1950), de Blanche (Les dialogues des carmélites) de Poulenc (Milan, 1957), de Alissa dans l’opéra Alissa de Raffaello de Banfield (Genève, 1965) et de Irene dans L’avventuriero de Renzo Rossellini (Monte-Carlo, 1968). Elle a également chanté Mary Vetsera dans la première mise en scène de l’opéra dodécaphonique de Barbara Giuranna Mayerling (Naples, 1960), un rôle qui fut écrit expressément pour elle. Ses autres rôles dans des œuvres du XXème siècle incluèrent Magda Sorel (The Consul) et Eunomia (Il diavolo nel campanile) d’Adriano Lualdi (tous deux avec Tullio Serafin au Maggio Musicale de Florence), et de multiples performances de La voix humaine dans les années 1970.

En 1980, Zeani et Rossi-Lemeni se sont installés aux États-Unis où on leur avait proposé des postes d’enseignants, à la Jacobs School of Music de l’Université d’Indiana à Bloomington. Elle continua à y enseigner après la mort de Rossi-Lemeni en 1991 et reçut le titre de professeur émérite de musique en 1994. Parmi ses nombreux étudiants qui poursuivirent une carrière internationale comme chanteurs d’opéra on peut citer Angela Brown, Nicole Chevalier, Vivica Genaux , Sylvia McNair, Marilyn Mims et Elizabeth Futral. Elle a publié des mémoires intitulées My memories of Operatic Golden Age.

Les mémoires de Virginia Zeani
Virginia Zeani, enseignante, en 2010

Zeani prit sa retraite à West Palm Beach, en Floride, en 2004, mais continua l’enseignement à des étudiants. Elle reçut la médaille d’excellence du président de l’Université d’Indiana en 2012 et reçut en 2016 le prix de la National Association of Teachers of Singing Lifetime Achievement. Zeani a été nommée commandeur de l’ordre du mérite de la République italienne en 1965. Dans sa Roumanie natale, elle a reçu la décoration royale de Nihil Sine Deo en 2011 et fut nommée chevalier de l’ordre de l’étoile de Roumanie en 2016. Elle a également a été récipiendaire de nombreux prix d’opéra, dont le Prix Puccini du Fondazione Festival Pucciniano en 1992.

Virginia Zeani

Cantatrice à la voix chaude et bénéficiant d’une grande présence sur scène, elle n’a pas enregistré beaucoup mais on retrouve sur YouTube de nombreux extraits live. L’héritage enregistré de Zeani repose en grande partie sur les quelque 60 enregistrements pirates d’opéras complets réalisés au cours de sa carrière.

Elle a fait très peu d’enregistrements en studio: Tosca, Traviata et un récital Verdi-Puccini sorti sur le label roumain Electrecord, et un ensemble de deux disques d’airs de Donizetti, Bellini, Verdi et Puccini chez Decca, enregistrés lorsqu’elle était au début de la trentaine.

De ses débuts en tant que brillante colorature lyrique à ses dernières années en tant que spinto dramatique, Virginia Zeani a chanté 68 rôles dans des opéras italiens, français, allemands et russes couvrant une période allant de l’époque baroque aux années 1960. Cela fut possible grâce à une tessiture hors normes, des couleurs expressives puissantes, une maîtrise des styles, et un phrasé subtil.

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