Marilyn Horne 1934-

Véritable légende vivante, Marilyn Horne est, sans aucun doute, l’une des plus grandes mezzo-sopranos lyriques de l’histoire de l’opéra et probablement la plus grande interprète Rossinienne de tous les temps.

Marilyn Horne naquit à Bradford, Pennsylvanie, le 16 janvier 1934. Très jeune, sa mère et son père ont reconnu qu’elle avait un talent et un intérêt pour le chant. Son père encouragea sa fille à poursuivre ses rêves musicaux et c’est exactement ce qu’elle fit. Dans un entretien accordé au magazine Lyrica en juillet-août 1981, elle affirma avoir commencé à chanter très tôt, dès l’âge de quatre ans, et ne s’être aperçue de l’existence de son registre grave qu’à quinze ans. «Je suis néammoins restée soprano, affirme-t-elle, et comme j’avais du succès j’aurais pu le rester pour toujours s’il n’y avait eu ce renouveau du bel canto». Elle suivit ses premiers cours de chant avec son père, ténor amateur, avant de poursuivre ses études musicales à l’Université de Caroline du Sud dans la classe de Gwendolyn Koldofsky et William Vennard.

Marilyn Horne

Toute la famille déménagea dans le sud de la Californie quand Marilyn avait 11 ans. C’est là qu’elle commença à travailler sérieusement sa voix. Elle chanta à l’église de la petite communauté californienne et intégra le Los Angeles Concert Youth Chorus sous la direction de Roger Wagner. Encore soprano, elle exploitait aussi ses dons d’imitatrice pour enregistrer des copies bon marché de chansons à succès de l’époque (comme celles de Peggy Lee) vendues dans les grandes surfaces. Elle assista également aux masterclasses de Lotte Lehman. Elle se lia d’amitié avec la jeune Marni Nixon. Marni était une chanteuse et comédienne américaine, surtout connue pour avoir doublé pour le chant la voix de Natalie Wood dans West Side Story (1961), aussi celle d’Audrey Hepburn dans My Fair Lady (1964) et également, en compagnie de Marilyn, Deborah Kerr dans Le Roi et moi (1956).  En 1954, Marilyn fut choisie par la Metro-Goldwyn-Mayer pour doubler la voix chantée de Dorothy Dandridge dans l’adaptation cinématographique d’Oscar Hammerstein de Carmen Jones, une comédie musicale basée sur l’opéra Carmen de Georges Bizet. L’année suivante, Horne auditionna pour l’émission de variétés télévisée populaire, Arthur Godfrey’s Talent Scouts et remporta le concours. Elle chanta alors dans l’émission télévisée tous les jours pendant une semaine.

Marilyn Horne

À la mort de son père, Marilyn partit pour l’Europe avec la chorale de Robert Wagner dans l’espoir de poursuivre sa carrière. C’est en Allemagne qu’elle signa un contrat de trois ans avec l’Opéra de Gelsenkirchen. Elle y chante les grands rôles de soprano lyrique: Minnie (La fanciulla del West), Mimì (La bohème), Antonia (Les Contes d’Hoffmann).

Marilyn Horne dirigée par son mari Henry Lewis au Los Angeles Philharmonic en 1961

De retour aux États-Unis, ne se sentant plus aussi à l’aise dans les aigus, elle décida de travailler davantage son registre grave en abordant les rôles de mezzo-soprano, tout en conservant une tessiture atteignant le contre-ut. Sa grande chance survint en 1960 lorsqu’elle fut invitée par l’opéra de San Francisco à chanter le rôle de Marie dans l’opéra Wozzeck. À l’époque, il n’y avait que quelques chanteuses dans le monde qui connaissaient le rôle, et Marilyn était l’une d’entre elles. Lorsque la star originale de la production tomba malade, le réalisateur convoqua Marilyn (qui était alors en Europe) pour une audition. Elle chanta alors à San Francisco, en plus temps de Wozzeck, la Vecchia (Gianni Schicchi), un authentique rôle de contralto.

Elle fit alors la connaissance du chef d’orchestre Henry Lewis qui la dirigea dans le rôle de Santuzza. Le premier juillet 1960, elle l’épousa mais divorça en 1979. Ensemble ils auront une fille, Angela, née le 14 juin 1965. On sait que cette grossesse l’empêchera d’honorer un contrat au Carnegie Hall, le 22 avril 1965, ce qui permit à une certaine Montserrat Caballe de triompher dans Lucrezia Borgia et de devenir star en l’espace d’une soirée.

Horne et Sutherland

Le 29 janvier 1964, à Los Angeles, elle débuta dans Arsace face à l’époustouflante Sémiramis de Joan Sutherland. Cette soirée marqua un tournant décisif dans son évolution artistique car, jusque là, elle n’avait jamais utilisé son registre grave en force de peur de perdre sa voix. Et l’on sait que c’est grâce à son aisance confondante dans l’agilita di forza propre aux grands rôles des opéras seria de Rossini qu’elle s’est rendue aussi unique. En 1961, ce fut sa consécration en tant que mezzo-soprano colorature, et la naissance, avec Sutherland, du plus grand duo vocal féminin depuis ceux réalisés au XIXème siècle par la soprano Adelina Patti et la grande mezzo Marietta Alboni. Parmi leurs plus grands triomphes communs, citons Norma ou Semiramis. De nombreux enregistrements suivront.

Marilyn Horne dans le rôle de Neocle
à la Scala en 1969

Horne débuta à la Scala en 1969 dans Le Siège de Corinthe de Rossini, sous la direction de Thomas Schippers. La même année, elle interprèta le rôle de Marguerite (La Damnation de Faust de Berlioz) sous la direction de Georges Prêtre et le rôle de Jocaste (Oedipus Rex de Stravinski). Elle débuta au Covent Garden de Londres dans Marie (Wozzeck). Au Met, outre Norma, elle devint une habituée de la première scène américaine où elle chanta : Rosine, Carmen, Orfeo, Eboli, Dalila et aussi une première pour le Met, l’opéra Rinaldo de Haendel pour le tricentenaire du compositeur en 1985. 

Qu’elle apparaisse sur le Carol Burnett Show ou avec Johnny Carson, Marilyn Horne a offert ses talents à un large public à travers le monde. Elle fut invitée spéciale sur The Odd Couple et Sesame Street, et chanta lors de l’intronisation du président Bill Clinton en 1993. Marilyn Horne fut l’une des stars d’opéra les plus encensées de tous les temps. Elle a été une artiste de premier plan pendant vingt-six ans au Metropolitan Opera et passa trente-neuf saisons à l’Opéra de San Francisco. Parmi ses nombreuses récompenses académiques figurent de nombreux doctorats honorifiques d’institutions telles que la Julliard School, l’Université Johns Hopkins et d’autres. Elle fut nominée 15 fois pour un Grammy Award et fut quatre fois lauréate. En 1992, elle reçut la médaille nationale des arts des mains du président George H. W. Bush et quelques années plus tard, elle reçut un Kennedy Center Honor. Parmi ses nombreuses distinctions internationales, Marilyn Horne est Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres du Ministère de la Culture et Médaille d’Argent de Covent Garden pour services exceptionnels.

Le dernier récital classique solo de Mme Horne eut lieu le 28 novembre 1999 au Chicago Symphony Center. La dernière fois qu’elle a chanté de la musique classique, fut le 16 janvier 2000, au concert de la Fondation Marilyn Horne au Carnegie Hall. En 2006 on apprit qu’elle était atteinte d’un cancer du pancréas. Une dépêche du mois de juin de la même année annonça que Marilyn Horne allait mieux et qu’elle venait de faire une apparition, à l’occasion d’un gala en l’honneur du directeur sortant du Métropolitan-opéra. La cantatrice semblait en forme et souriante.

Marilyn Horne donnant des Masterclasses
Marylin Horne dans Orlando de Handel

Après sa retraite de l’opéra, Marilyn Horne consacra sa vie à l’éducation de jeunes chanteurs. Ses souvenirs sont réunis dans le musée et centre d’exposition Marilyn Horne, situé au cœur de sa ville natale. Aujourd’hui, Marilyn Horne travaille comme directrice du programme vocal à l’Académie de musique de l’Ouest à Santa Barbara. Elle a également créé la Fondation Marilyn Horne, qui aide à soutenir les jeunes chanteurs. Chaque saison, elle donne des masterclasses à l’Université d’Oklahoma à Norman, à l’Oberlin College Conservatory of Music, au Lyric Opera de Chicago et à l’Université du Maryland à College Park.

Soutenus par une technique exceptionnelle, son timbre de mezzo et son registre étonnant (du mi grave à l’ut dièse aigu) lui ont donné très rapidement une place de premier plan, particulièrement dans le répertoire rossinien et le bel canto. Unique par son timbre à la noirceur presque inquiétante, la luxuriance de ses ornementations, sa tessiture exceptionnelle et l’étendue de son répertoire (de Monteverdi à Mahler), Marilyn Horne, au zénith de sa carrière, à donné le sentiment d’un retour à l’âge d’or. Elle émeut passionne et bouleverse encore tous ceux qui l’ont écoutée …

Le musée Marilyn Horne à Bradford

Rare exemple d’institution consacrée à un artiste de son vivant, le Marilyn Horne Museum a ouvert ses portes à Bradford, en Pennsylvanie, ville où l’illustre mezzo a vu le jour en 1934. L’édifice, situé dans la Marilyn Horne Way, est un bâtiment Art Déco construit en 1931 comme salle de réunion de la société amicale des Odd Fellows, et inclut donc une salle de spectacle pouvant accueillir trente personnes, le tout ayant bénéficié d’une rénovation intégrale. Le musée présente des répliques de costumes, des enregistrements audio et vidéo – avec notamment un jukebox géant permettant d’écouter des chansons populaires interprétées par la chanteuse, des extraits d’interview et des informations sur le monde de l’opéra de manière plus générale. Le Marilyn Horne Museum and Exhibit Center est ouvert tous les jours de 9h à 17h (de 11h à 16h le dimanche).

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