Ljuba Welitsch 1913-1996

Ljuba Welitsch fut une célèbre soprano lyrique, bulgare puis autrichienne. Grande artiste, elle était également capable d’interprétations extraordinaires et ses exploits au Metropolitan de New-York sont restés légendaires.

De son vrai nom Ljuba Velichkova, elle naquit à Borissovo en Bulgarie le 10 juillet 1913. Elle grandit dans la ferme familiale avec ses deux sœurs. Son intérêt pour la musique commença alors qu’elle était jeune fille. A huit ans, une de ses sœurs lui donna un violon et pendant un certain temps, elle envisagea de devenir une violoniste professionnelle. Après avoir quitté l’école secondaire à Shumen, elle suivit des études de philosophie à l’Université de Sofia, obtenant un doctorat, tout en commençant à étudier le chant. À Sofia, elle chanta dans des chorales et étudia la musique avec Georgi Zlatev-Cherkin. Avec l’aide financière du gouvernement bulgare, elle put se rendre à Vienne pour travailler avec Theo Lierhammer, professeur de chant à la State Academy.

Ljuba Welitsch en 1939

Elle commença sa carrière en 1934 à l’Opéra national de Sofia. Puis elle partit vivre à Graz, en Autriche en 1936, et changea son nom pour Ljuba Welitsch. En 1937, elle se perfectionna à Vienne et chanta le rôle de Musette dans La Bohème de Puccini, à l’Opéra de Graz. De 1940 à 1943, elle chanta à Hambourg et de 1943 à 1946 à Dresde, Berlin et Munich. Pendant son séjour à Berlin, elle joua le rôle du jeune compositeur dans Ariane à Naxos de Richard Strauss. Strauss la vit dans ce rôle et fut impressionné. Il lui demanda de chanter le rôle titre dans une nouvelle production de son Salomé à Vienne, en 1944, pour marquer son quatre-vingtième anniversaire. Il l’aida personnellement à préparer l’ouvrage pendant six semaines et assista aux répétitions tous les jours. A cette époque, pour mieux se faire remarquer Ljuba teignit ses cheveux en rouge flamboyant… et les gens ont remarqué. 

Portraits de Ljuba Welitsch
Ljuba Welitsch et ses cheveux rouge flamboyant

Elle revint en Autriche après la guerre, obtint la nationalité autrichienne en 1946 et devint membre de la troupe de l’Opéra de Vienne. Elle fut l’un des membres importants du groupe de chanteurs que le directeur de l’opéra Franz Salmhofer rassembla autour de lui alors qu’il s’efforçait de reconstruire la compagnie de l’Opéra d’État de Vienne à la fin de la guerre. À Vienne, elle élargit son répertoire avec des rôles d’opéras français, allemands, italiens et russes. En plus de Salomé, d’autres rôles avec lesquels elle était particulièrement associée à Vienne étaient Cio-Cio-san (Madame Butterfly) et Donna Anna (Don Giovanni).

En 1947, Salmhofer emmena la compagnie à Londres, à l’invitation du Covent Garden Opera. Welitsch n’était pas complètement inconnue du public britannique, ayant été entendue et bien reçue dans les performances de la Neuvième Symphonie de Beethoven et du Requiem de Verdi dirigé par John Barbirolli. Sa réception à l’opéra fit les gros titres de la presse. À Covent Garden, elle fit sensation en Donna Anna et Salomé, éclipsant sa collègue Maria Cebotari, avec qui elle partageait les deux rôles. Selon le Dictionary of Music and Musicians de Grove, elle a ébloui le public londonien avec la passion, la pureté vocale et la force irrésistible de ses performances. Pendant son séjour à Londres, Welitsch participa à deux émissions diffusées d’Elektra de Strauss, dirigées par Sir Thomas Beecham, en présence du compositeur.

Ljuba Welitsch en 1949

David Webster, le directeur du Royal Opera House, reconnaissant le talent de Welitsch, obtint ses services pour la compagnie résidente, avec laquelle elle chanta entre 1948 et 1953 dans Aida, La bohème, Salomé, Tosca et La Dame de pique. À Londres, comme à Vienne, les opéras étaient alors habituellement interprétés en langue vernaculaire, et Welitsch, comme d’autres chanteurs allemands se produisant à Covent Garden, devait apprendre ses rôles en anglais. Lorsqu’elle chanta Donna Anna au festival de Glyndebourne et d’Édimbourg en 1948, le critique Frank Howes écrivit «qu’elle était un tigre qui aurait pu manger à la fois Don Giovanni et Don Ottavio et aurait toujours demandé plus.» La même année, elle chanta dans la Neuvième symphonie de Beethoven avec l’Orchestre philharmonique de Vienne sous la direction de Wilhelm Furtwängler au Royal Albert Hall. En 1949, à Glyndebourne, elle chanta Amelia dans Un ballo in maschera.

Toujours en 1949, Welitsch fit ses débuts au Metropolitan Opera de New-York avec le rôle de Salomé. En la comparant à ses prédécesseurs dans le rôle, le critique Irving Kolodin écrivit: «même les meilleures ne peuvent pas égaler la performance vocale de Mlle Welitsch, pour l’euphonie, la clarté et le sens, et celles qui étaient des chanteuses comparables n’avaient pas une telle identité physique avec le rôle. Mlle Welitsch est la Salomé du Metropolitan». Variety rapporta les louanges du chant et du jeu de Welitsch, mais s’attarda davantage sur sa danse des sept voiles racontant que Mlle Welitsch fit haleter le public du Met. L’historien Kenneth Morgan écrivit: «Ce fut vraiment l’un des jours les plus marquants de l’histoire du Metropolitan Opera, car le spectacle a été accueilli par une standing ovation de quinze minutes, ce qui était presque sans précédent dans l’histoire de la compagnie». De tels applaudissements n’avaient pas été entendus au Met depuis une génération, et l’impact de cette production est longtemps resté dans les mémoires. On ne s’étendra pas sur certains de ses jeux de scènes où elle réalisait toute sortes de sauts, sans sous-vêtement…Ce fut une époque où le prix des billets d’entrée explosèrent à un niveau inconnu jusque-là (100$ de l’époque, par siège). Au Metropolitan Opera, Welitsch a chanté les mêmes rôles qu’à Covent garden et y rajouta Rosalinde (Die Fledermaus).

Salomé fut son rôle majeur, celui de ses débuts au Metropolitan Opera dans une performance désormais considérée comme légendaire qui lui valut une page de couverture du New-York Times et une réputation de leader mondiale de ce rôle, qui est presque encore valable aujourd’hui.

Ljuba Welitsch dans le rôle de Rosalinde (Die Fledermaus)
Ljuba Welitsch dans Salomé

La carrière internationale de Welitsch fut principalement centrée sur Vienne, Londres et New-York, bien qu’elle soit aussi restée fidèle à Graz. Elle fut invitée deux fois à se produire à La Scala de Milan, mais ses engagements étaient déjà trop nombreux pour lui permettre d’accepter.

Ljuba Welitsch dans Aida. Déjà, à l’époque de ses représentations d’Aida, les critiques notèrent des faiblesses dans sa voix qui n’étaient pas apparentes auparavant.

En chantant des rôles trop lourds pour elle, et en les chantant souvent, sa voix commença à se détériorer rapidement. En 1953, elle développa des nodules sur ses cordes vocales, nécessitant une intervention chirurgicale. Cela, aggravé par son nombre inhabituellement élevé de représentations, conduisit à une détérioration rapide de son chant, et elle fut obligée de renoncer aux rôles de star pour lesquels elle était la plus célébrée. Elle avait envisagé une carrière plus longue et rêvait de jouer le rôle d’Isolde dans quelques années, même si elle n’était pas amoureuse de Wagner en général, mais cela ne fut pas possible. Les adieux de Welitsch dans Salomé eurent au Staatsoper de Berlin.

En refusant le rôle de Senta dans Der fliegende holländer, elle aurait déclaré: «Je ne suis pas une paysanne allemande, je suis une bulgare sexy.» Impressionnante dans son interprétation dramatique et dans les passages lyriques doux et soutenus, elle est considérée comme faisant partie de la même classe d’actrices dramatiques que Maria Callas et Maria Jeritza.

Et même quand sa voix se fut abîmée, elle commença une deuxième carrière au cinéma (en Amérique et en Autriche) et à la télévision autrichienne. Welitsch était encore capable de chanter des rôles tels que Magda dans La rondine de Puccini à Vienne en 1955, et d’enregistrer la partie de Marianne (Der Rosenkavalier) dirigé par Herbert von Karajan en 1956. Elle s’est aussi tournée avec succès vers des rôles non chantés, comme June dans une traduction allemande de The Killing of Sister George à Berlin en 1970.

Ljuba Welitsch en 1987

À la fin des années 50, sa voix était en lambeaux. Déjà interrompue par la guerre, sa carrière au sommet aura été finalement très courte, puisqu’elle fit ses débuts en 1936, et que sa voix était presque épuisée en 1953. Cela s’explique par des défauts techniques et le choix d’emplois trop lourds. Elle a pris sa retraite de l’opéra en 1981, sa dernière performance ayant eu lieu avec le Volksoper de Vienne. Ljuba Welitsch avait chanté 813 représentations à Vienne entre le Staatsoper et le Volksoper, 46 fois à Londres et 63 fois au Metropolitan Opera.

Welitsch se maria deux fois et divorça deux fois. Elle n’eut pas d’enfants. Elle est décédée à Vienne, le 1er septembre 1996, à l’âge de 83 ans mais jusqu’à sa mort, elle a joué sur la scène, filmé et chanté des rôles légers dans des opérettes. Bien après sa retraite, Welitsch était toujours considérée par les professionnels avec admiration et affection. Le producteur de Decca, John Culshaw, écrivit en 1967 qu’elle était toujours la bienvenue aux sessions d’enregistrement.

Elle est enterrée au Zentralfriedhof de la ville de Vienne, dans une section spéciale N° 40, appelée “Tombes d’honneur”. Ses voisins sont Ludwig van Beethoven, Franz Schubert et Richard Strauss…

Tombe de Ljuba Welitsch à Vienne

Avec ses cheveux roux flamboyants et son physique de star de cinéma, elle a conquis les scènes d’opéra d’Europe et des États-Unis. Ljuba Welitsch s’est illustrée dans les rôles de Tosca, Aida, mais c’est surtout son incarnation du rôle de Salomé qui la fit entrer dans la légende. Sa façon de jouer la scène finale de Salomé a établi une norme selon laquelle on juge encore toutes les artistes qui débutent dans ce rôle.

Sa grande qualité résida dans sa capacité à traverser et à dominer le grand orchestre straussien tout en conservant un timbre jeune et adapté à son âge.  Ni veloutée ni perçante, sa voix possédait un petit vibrato qui passait bien sur les enregistrements. Elle était une cantatrice unique en son genre, ce dont on s’aperçut rapidement. Grande artiste, elle était également capable d’interprétations extraordinaires et ses exploits au Metropolitan de New-York sont restés légendaires. Elle y fut par exemple une Musette sexy qui inquiétait ceux qui jouaient avec elle, et en jouant Tosca elle n’hésitait pas à donner à plusieurs reprises des coups de pied au baron Scarpia, théoriquement mort, Lawrence Tibbett en l’occurence, contre lequel elle avait conçu une aversion personnelle.

Il existe peu de disques de Ljuba Welitsch, mais son interprétation de la scène finale de Salomé, enregistrée en 1944 sous la direction de Lovro von Matacic, fait partie des trésors de la discographie.

Ljuba Welitsch en mai 1934

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