Inge Borkh 1921-2018

Inge Borkh était une soprano dramatique d’origine allemande puis naturalisée suisse, célèbre à la fois pour la puissance de sa voix et pour l’intensité dramatique de son jeu qui a marqué de son empreinte les rôles titres des opéras Salomé et Elektra, de Richard Strauss. Son investissement de tragédienne s’est aussi exprimé dans un large éventail esthétique, depuis le XVIIIème siècle jusqu’à la création contemporaine.

Inge Borkh

Fille d’un diplomate allemand et d’une chanteuse autrichienne, Inge Borkh naquit à Mannheim (Allemagne) sous le nom d’Ingeborg Simon, le 26 mai 1921. A l’année 1917, retenue pour sa naissance dans quelques notices biographiques, elle opposera toujours un vigoureux démenti afin, notamment, de souligner la précocité de ses prestations sur les planches. Jeune adolescente, c’est vers le théâtre qu’elle se dirigea en premier. Bien plus qu’une simple passade, elle y montra de véritables dispositions et étudia l’art dramatique au Burgtheater de Vienne; des dispositions pour l’art dramatique qu’elle n’abandonna jamais. Les grandes qualités de comédienne qu’elle joignait sur scène à sa voix chaleureuse l’attestèrent. Inge Simon fut, en effet, engagée comme actrice, à l’âge de 16 ans, à Linz, en Autriche, après avoir séjourné en 1935 à Genève et s’être fixée, avec sa famille, à Vienne où son éducation artistique connut un développement multipolaire: cours de théâtre avec Margit von Tolnai, de danse avec Grete Wiesenthal, de piano avec Gertrude Wiesenthal et de chant avec sa propre mère. Motivée par les origines juives de la mère de famille, l’installation des Simon en Suisse à la suite de l’Anschluss permit à la jeune Inge de poursuivre sa carrière dans de bonnes conditions en passant, en 1940, du théâtre à l’opéra. Forte d’une formation de quelques mois à Milan sous la férule de Vittorio Muratti, elle fit ses débuts à l’Opéra de Lucerne dans Le Baron tzigane, une opérette de Johann Strauss fils, avant d’incarner Agathe dans Le Freischütz, de Weber.

Inge Borkh dans le rôle de Salomé

Elle est restée en Suisse pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa carrière internationale débuta en 1950 à Munich puis à Berlin. Un de ses premiers succès internationaux fut celui de Magda Sorel dans la première production en langue allemande du Consul de Menotti en 1951 à Bâle. Elle enregistra l’air principal de Magda peu de temps après, montrant à quel point elle était sensible à la situation difficile de ce personnage désemparé. À peu près au même moment, elle a fait sensation dans Salomé à Munich et dans Elektra à Berlin. En 1952, elle fut Freia et Sieglinde dans le Ring dirigé par Joseph Keilberth et mis en scène par Wieland Wagner au Festival de Bayreuth, tandis que ses apparitions à Vienne, Hambourg, Stuttgart constituèrent autant d’événements.

Inge Borkh en Sieglinde (Die Walküre)

Elle fut invitée à Barcelone, Lisbonne et Naples. En 1954, son interprétation d’Eglantine dans l’Euryanthe de Weber au Mai Musical Florentin fut saluée par une presse unanime. Un an plus tard, elle créa au Festival de Salzbourg le rôle de Cathleen dans la Légende irlandaise de Werner Egk. 

Inge Borkh dans différentes attitudes scéniques. En haut à gauche avec Max Lorenz dans Elektra

Elle fit ses débuts britanniques comme Leonore au festival d’Édimbourg de 1952 avec l’Opéra d’État de Hambourg. Puis elle fit une très forte impression en Elektra lorsque l’Opéra de Stuttgart vint au Royal Festival Hall de Londres, en 1955. Sa première à Covent Garden fut Salomé en 1959.

Inge Borkh et son mari
baryton-basse
Alexander Welitsch

Ses débuts américains eurent lieu à San Francisco en 1953, dans le rôle d’Elektra, suivi en 1955 par Lady Macbeth de Verdi. En 1958, elle chanta pour la première fois au Metropolitan de New-York le rôle de Salomé. Au Met, elle sera une pathétique Teinturière de la Femme sans ombre du même Strauss, notamment lors de la réouverture en 1963 de l’Opéra de Munich. Elle incarna aussi d’immenses Aïda, Lady Macbeth, Tosca, Turandot , Leonore, Médée, Clytemnestre et  Antigone (de Karl Orff).

Après avoir abandonné la scène lyrique après sept représentations d’Elektra en Italie, en 1973, elle s’est lancée dans une nouvelle carrière comme artiste de théâtre, pour laquelle son esprit mordant et son sens des mots la rendaient bien adaptée. Elle fit ses adieux au théâtre à l’âge de 71 ans, au Festival de Munich 1988. Elle continua néanmoins à travailler comme diseuse, chansonnière et professeur d’art dramatique.

Inge Borkh est morte le 26 août à son domicile de Stuttgart à l’âge de 97 ans. Elle était mariée au baryton-basse yougoslave Alexander Welitsch, décédé en 1991. Elle a publié une autobiographie en 1996, “Ich Komm ’vom Theater Nicht Los… “( Je ne peux pas secouer le théâtre…)

Inge Borkh

La combinaison d’une voix puissante et pénétrante, d’une belle présence et d’une conviction totale sur scène rendirent Inge Borkh particulièrement adaptée à des rôles tels que Leonore de Beethoven (Fidelio), les rôles-titres dans Salomé et Elektra de Richard Strauss et Turandot de Puccini. Sa voix était fluide, ductile, d’une rare souplesse, s’épanouissant dans un aigu radieux qui semblait ne pas avoir de limites. Du théâtre, qu’elle avait appris jeune fille, elle avait gardé une discipline de la projection des mots, précieuse pour faire honneur aux textes de Wilde et d’Hoffmannsthal. Elle pouvait enfin miser sur son physique d’athlète, svelte et élancé. Pour incarner Salomé, les cours de danse de l’adolescence se révélèrent précieux. Et puis surtout, il y avait cette incandescence furieuse, une forme d’inconscience vocale qui rappelaient Welitsch, et rendaient son Elektra et sa Salomé irremplaçables. Avant Birgit Nilson, Gwyneth Jones et Hildegard Behrens, Inge Borkh fut la plus phénoménale des Elektra.

Inge Borkh

Sa voix rare, d’école germanique, son timbre de braise, sa personnalité vocale ont marqué l’histoire du disque. Des enregistrements légendaires de Salomé, sous la direction de Joseph Keilberth (Munich, 1951) et d’Elektra, sous la direction de Dimitri Mitropoulos (Salzbourg, 1957) ont été réédités sur CD respectivement en 2002 et 2008, de même que des extraits de ces deux opéras (dont les scènes finales), avec l’Orchestre symphonique de Chicago dirigé par Fritz Reiner (1954-1956).

23 thoughts on “Inge Borkh 1921-2018”

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