Beverly Sills 1929-2007

Beverly Sills était une soprano colorature américaine, particulièrement associée au répertoire français et au bel canto italien. Elle a par ailleurs présidé le Lincoln Center, dirigé le New-York City Opera, avant de devenir présidente du Metropolitan Opera de New-York.

Belle Silverman, qui était son véritable nom, vit le jour à Brooklyn le 25 mai 1929. À l’âge de trois ans, elle chanta déjà en public et se produisit à la radio sous le nom de « Bubbles Silverman». À sept ans, elle opta pour le nom sous lequel elle fera carrière: Beverly Sills.

La jeune enfant apprenait par coeur le répertoire de la grande Galli-Curci, que sa mère écoutait inlassablement, ce qui lui permit d’annoncer bravement, à l’âge de 10 ans, alors qu’elle participait à une émission de radio sur CBS, en 1939, qu’elle avait vingt-deux airs à son répertoire! On l’entend, dans cette émission (dont le DVD Beverly Sills, Made in America, que vient de publier Deutsche Grammophon, comporte un extrait), chanter l’air à vocalises de Gilda dans Rigoletto, de Verdi, d’une voix grêle mais déjà sûre. Sa mère chaperonnait la petite fille surdouée et voulait en faire une “Shirley Temple juive”. Elle remporta plusieurs concours radiophoniques de chant amateur et travailla avec la soprano Estelle Liebling, qui la guidera tout au long de sa carrière. Ses parents mirent fin provisoirement aux prestations publiques de leur fille et Beverly accomplit une scolarité normale, tout en travaillant également le piano avec Paolo Gallico. À seize ans, elle chantait des rôles d’opérette. A 17 ans, elle incarna Micaëla (Carmen) dans un spectacle d’élèves, avant de faire ses débuts professionnels dans le rôle de Frasquita (Carmen) au Civic Opera de Philadelphie en 1947. Après avoir obtenu son diplôme de lycée, elle fréquenta la Professional Children’s School de New-York. À dix-neuf ans, elle avait déjà mémorisé entre cinquante et soixante opéras. Elle partit en tournée avec plusieurs petites compagnies d’opéra à partir de 1948.

Beverly Sills

Sills fit ses débuts au New-York City Opera le 29 octobre 1955 en chantant Rosalinde (Die Fledermaus). Les critiques furent bonne et prédisèrent un grand succès pour sa carrière. Finalement, elle maîtrisera un vaste répertoire comprenant une centaine de rôles, en interprétant activement soixante d’entre eux sur scène ou en concert. Sa grande mémoire lui a permis non seulement de maîtriser tout ce répertoire, mais aussi de comprendre les autres rôles principaux des opéras qu’elle a interprété. Cette capacité lui a valu une réputation non seulement de chanteuse mais aussi d’actrice.

Time magazine lui consacra sa couverture en 1971 avec le titre de “American’s Queen of Opera“. En avril 1975, Beverly Sills fit ses débuts au Met en Pamira (Le Siège de Corinthe de Rossini) qui lui valut une ovation légendaire. Puis ce furent Traviata, Lucia di Lammermoor, Thaïs, Don Pasquale. Attachée à l’autre maison new-yorkaise, le New-York City Opera , Bervely Sills y interprèta aussi le Turc en Italie de Rossini, La Veuve joyeuse de Lehar et La Loca que Gian-Carlo Menotti a spécialement écrit pour elle.
Soprano colorature exemplaire, elle s’est orientée progressivement vers des emplois de sopranos spinto, Traviata bien sûr, mais aussi, les rôles des souveraines Tudor, dans les opéras de Donizetti: Anna Bolena, Maria Stuarda et Roberto Devereux.

Beverly Sills dans divers rôles
Sills dans le rôle de Norina du Don Pasquale
de Donizetti au Met en 1978

Beverly Sills aborda en 1962, l’un de ses grands rôles, Manon de Massenet, à l’Opéra de Boston, avant de chanter sa première Reine de la Nuit  (La flûte Enchantée), en janvier 1964. C’est en 1966, à 37 ans, qu’elle fut couronnée star internationale du chant après avoir incarné Cleopatra (Giulio Cesare) de Haendel au New-York City Opera. Les prises de rôles se multiplièrent avec Martha de Flotow, Lucia di Lammermoor de Donizetti, etc. La soprano enregistra aussi de nombreux rôles…
Alors à l’apogée de ses performances vocales, elle chanta Zerbinetta, en 1969, dans Ariadne auf Naxos de Strauss, lors de la première américaine de la version de 1912. Et Pamira à la Scala de Milan.

Sills dans le rôle de Cléopâtre dans le Jules César de Haendel
en 1966 au New-York City Opera

Le 8 juillet 1966, Sills chanta Donna Anna dans Don Giovanni avec le Metropolitan Opera, mais ses débuts officiels avec le Met ne se sont réellement produits qu’en 1975. Elle se rendit en Europe en 1967, invitée par l’Opéra d’État de Vienne. Elle chanta ensuite à La Scala de Milan, à Covent Garden, à Naples, à Berlin, à Paris et à Buenos Aires, en Argentine.

Beverly Sills et son époux Peter Bulkeley Greenough

En 1956, Sills épousa Peter Bulkeley Greenough, rédacteur en chef adjoint du Cleveland Plain Dealer. La soprano avait l’habitude de se dire “enjouée” mais “pas heureuse”. Et pour cause : elle mettra au monde une fille sourde et un garçon handicapé dont elle s’occupera activement, au mépris de sa carrière. Peter Greenough, décédera en septembre 2006. Leur fils a dû être placé en institution spécialisée à l’âge de six ans en raison de l’importance des soins qu’il nécessitait. Sills portait deux montres, dont l’une était conforme à l’horaire de son fils dans le fuseau horaire où il vivait, afin qu’elle puisse toujours savoir ce qu’il faisait. Les tragédies avec ses enfants mèneront plus tard Sills à se lancer dans des actions philanthropiques. En 1972, elle devint la présidente nationale de la Marche des Mères Contre les Malformations Congénitales.

Beverly Sills

Le 27 octobre 1980, elle donna sa dernière représentation. Les critiques d’opéra ont dit que c’était tard, car sa voix s’était affaiblie depuis un certain temps en raison, en partie, de problèmes de santé. Après une carrière brillante à laquelle elle mit fin alors qu’elle n’avait que 51 ans, Beverly Sills va occuper de prestigieux postes dans l’administration culturelle et musicale new-yorkaise. Elle assuma la direction générale du New-York City Opera. Son intelligence, sa connaissance du métier et des grands de ce monde y firent merveille. Cette incomparable leveuse de fonds quittera la direction du New-York City Opera après en avoir triplé le budget et laissé un résultat bénéficiaire égal au déficit qu’elle y avait trouvé dix ans plus tôt, en 1979.

En 1994, elle devient la très influente présidente du Lincoln Center for the Performing Arts. Elle accepta ensuite la présidence du Metropolitan Opera de New-York où elle a beaucoup oeuvré en faveur de la nomination de l’actuel directeur, Peter Gelb. Cette présidence du Met était apparue d’autant plus inattendue que Berverly Sills avait fait l’essentiel de sa carrière new-yorkaise au City Opera, la maison rivale et populaire laissée souvent avec mépris dans l’ombre du Met par Rudolf Bing, l’ombrageux patron du Met de l’époque. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1975, trois ans après le départ de Bing, que Beverly Sills fera ses débuts sur la sacro-sainte scène lyrique. 

Danny Kaye, Beverly Sills et Robert Merrill

Elle fut fréquemment l’invitée de certaines des émissions les plus connues du petit écran américain, comme le fameux Tonight Show de Johnny Carson, sur la chaîne NBC. Comble de la gloire, la cantatrice sera l’animatrice d’une émission hebdomadaire à son nom (Lifestyle with Beverly Sills), et elle put aussi bien présenter les soirées musicales de la Chaîne 13 (l’équivalent américain d’Arte) que participer au programme féminin The View, au côté de la journaliste star Barbara Walters, dont elle était l’amie, ainsi que de tant d’autres célébrités.

Beverly Sills avait le sens de la répartie et possédait un répertoire de blagues prêtes à l’emploi. A un journaliste qui lui demandait si elle se maquillait toujours seule, elle rétorqua : “Oh non, d’ailleurs je suis tellement astigmate que je pourrais bien me mettre une moustache au lieu d’un faux cil.” On comprend que cette femme pétillante ait depuis toujours été surnommée “Bubbles” (“bulles”), qui est aussi le titre de son autobiographie (Bubbles, A Self Portrait, Bobbs-Merril, 1976).

En 1989, Sills a officiellement pris sa retraite et vécu avec son mari pendant environ cinq ans. En 1994, elle revient à la vie publique en tant que présidente du Lincoln Center for the Performing Arts. À ce stade de sa vie, Sills dit: «J’ai fait tout ce que je me suis proposé de faire … chanté dans tous les opéras que je voulais … continuer au-delà du point où je devrais, je pense, ça me briserait le cœur. Je pense que ma voix m’a très bien servie».

Elle décède d’un cancer inopérable du poumon, le 2 juillet à New York, à l’âge de 78 ans, entourée de sa famille et de son médecin. 

En plus de la ligne aérienne de la voix (elle atteignait le contre-fa), de son timbre blessé et tendre, d’un vibrato remarquablement maîtrisé, elle a su imposer un talent dramatique d’une grande sensibilité. L’interprète avoue avoir sacrifié en partie sa voix dans Roberto Devereux, s’y donnant sans compter pour l’interprétation d’Elisabetta.
Aux côtés de ses prises de rôles sur les scènes lyriques, Beverly Sills a donné de nombreux récitals avec orchestre, contribuant ainsi à populariser l’opéra. 

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