Victoria de los Ángeles 1923-2005

Victoria de los Ángeles est une soprano lyrique espagnole qui laisse le souvenir d’une chanteuse à l’art raffiné et à la musicalité consommée.

Victoria de los Ángeles López García dite Victoria de los Ángeles naquit à Barcelone, le 1er novembre 1923. Son père, d’origine andalouse ayant émigré de Fuengirola, était concierge à l’université de la capitale catalane. Sa mère, Victoria García était originaire de Puebla de Sanabria (Zamora) et effectuait des tâches de ménage dans la même université. Elle participait régulièrement aux fêtes de la zarzuela qui se tenaient chaque année dans sa ville. Les parents de Victoria se sont rencontrés et se sont mariés à Barcelone. Ils ont élu domicile sur le campus de l’Université de Barcelone, où sont nés leurs trois enfants. Le parrain de la deuxième fille du mariage López García était son oncle Ángel. La jeune fille fut baptisée du nom de Victoria de los Ángeles.

Dans la famille, tout le monde était très content. On avait parfois faim faim, mais personne ne se plaignait. La mère chantait toujours. Victoria a grandi dans un environnement très culturel, dans lequel l’amour de la musique, et surtout du chant, se vivait avec une grande intensité. L’environnement était celui d’une famille aux ressources limitées, mais possédant une grande noblesse. Victoria chantait également tout le temps, dans les jardins, dans les couloirs… au point d’interrompre les cours!

En 1933, Victoria entama des études secondaires, à la grande joie de ses parents, heureux qu’elle puisse étudier. À Barcelone, Victoria fréquenta les Écoles Milá et Fontanals. Quand elle fut plus âgée, elle et sa sœur Carmen se sont souvenues qu’à cette école, Victoria interpréta pour la première fois une composition de Schubert.

Victoria de los Ángeles enfant et jeune fille

Au printemps 1936, sa sœur Carmen, de trois ans son aînée et qui fut son premier admirateur, l’avait emmenée au Conservatorio Superior de Música del Liceo pour faire tester sa voix. Le professeur était alors la soprano Mercedes Plantada, qui fut très impressionnée et surprise par une voix d’une beauté si singulière et si bien posée de façon naturelle. Mais Victoria n’avait que 12 ans, c’est pourquoi l’enseignante lui recommanda d’attendre d’avoir atteint l’âge légal pour s’inscrire. En juillet 1936, Victoria était en troisième année de lycée lorsque la guerre civile a éclaté en Espagne. Ce furent près de trois ans d’épreuves et de misères de toutes sortes. Puis, elle se concentra pleinement sur l’étude de la musique et laissa de côté l’université, chose qu’elle a toujours regretté. Sa sœur Carmen lui suggéra alors de tenter à nouveau sa chance au Conservatoire, car elle avait déjà 15 ans et une admission pouvait être envisageable. Elles revinrent donc à la charge en juin 1939. Le professeur de chant était Mme Dolores Frau. Après avoir écouté Victoria, le professeur prédit que si elle travaillait dur, elle serait l’une des plus grandes chanteuses du monde.

Pratiquant déjà la guitare qu’elle apprit avec Graciano Tarragó, elle entra, à seize ans, au prestigieux conservatoire du Liceu de Barcelone, pour étudier le piano et le chant avec Dolores Frau. Son talent se montra si exceptionnel qu’elle accomplit en trois ans un cursus de six ans. Elle n’avait que 18 ans lorsqu’elle décrocha son diplôme. Elle remporta un concours radiophonique dont le premier prix était de mille pesetas assorti d’une représentation scénique. En 1941, Victoria de los Ángeles chanta pour la première fois au Palau de la Música de Barcelone, accompagnée de la harpiste María Luisa Sánchez. Cela lui permit d’entrer en contact avec l’ensemble instrumental Ars Musicae dirigé par Josep Maria Lamaña, le premier ensemble en Europe dédié à la culture de la musique ancienne espagnole, qui avait notamment travaillé sur les répertoires du XIIème au XVIIème siècle.

Le groupe Ars Musicae a été fondé à Barcelone en 1935 par José María Lamaña.

Elle fit ses débuts avec Ars Musicae le 19 mai 1944 au Palau de la Música Catalana.  Le fondateur de Ars Musicae était José María Lamaña, un homme passionné de musique qui travaillait le jour comme officier supérieur des chemins de fer et dont la véritable passion était la musicologie. Lamaña possédait une connaissance approfondie de la musique en général et du répertoire vocal en particulier. Il a accueilli Victoria comme sa fille. Dans les séances quotidiennes de travail , Victoria a pu apprendre à son contact un large répertoire musical qui allait des anonymes du moyen-âge et de la Renaissance espagnole, aux grands maîtres du baroque, le lied allemand, les compositeurs français et, bien sûr, les compositeurs espagnols. Grâce à José María Lamaña et son groupe Ars Musicae, Victoria assimila une grande partie de l’immense trésor de la musique espagnole.

La jeune Victoria de Los Ángeles; à droite avec le ténor Jussi Björling

En 1945, Victoria de Los Ángeles fit ses débuts au Théâtre Liceo de Barcelone dans le rôle de la comtesse du Mariage de Figaro à Barcelone. Peu de temps après, toujours au Liceo, elle obtint un succès notable pour sa participation à la Messe du couronnement de Mozart et à l’oratorio Jephté, de Giacomo Carissimi.

Après avoir remporté le 1er prix du prestigieux Concours international de Genève en 1947, elle chanta Salud dans La Vida Breve avec la BBC, à Londres, en 1948.

Elle épousa Enrique Magriñá en 1948 et put alors quitter l’humble demeure familiale. Ils eurent deux enfants. Le plus âgé est décédé en 1998. Le second naquit trisomique. Plus tard elle va créer une fondation pour le syndrome de Down. La vie fut très dure avec Victoria. Dans les coulisses, dans le silence solitaire qui suivaient les applaudissements et les succès, elle a traversé des moments très difficiles. Surtout quand son fils aîné mourut et lorsque son mari la quitta, emportant toutes les affaires du couple, ne lui laissant que les vêtements qu’elle portait sur elle.

En 1949, elle se produisit à l’opéra de Paris dans le rôle de Marguerite (Faust). En 1950, elle chanta pour la première fois au Festival de Salzbourg. Elle fit ses débuts à Covent Garden, à Londres, dans le rôle de Mimi en 1950, et continua à y apparaître régulièrement avec un succès notable jusqu’en 1961. La standing ovation de 11 minutes à la fin du premier des airs de Mimi est entrée dans l’histoire du célèbre London Coliseum.

Victoria de los Ángeles dans Madame Butterfly

En mars 1951, elle fit ses débuts au Metropolitan Opera de New-York avec Marguerite et elle y chantera pendant dix années. En 1952, elle fut applaudie au Teatro Colón de Buenos Aires dans le rôle-titre de Madama Butterfly. Elle revint plusieurs fois à Buenos Aires jusqu’en 1979. Par ailleurs, elle chanta à La Scala de Milan de 1950 à 1956 et, en 1957, à l’Opéra d’État de Vienne.

Portraits de Victoria de los Ángeles
Victoria de los Ángeles dans le rôle d’Elisabeth (Tannhäuser) à Bayreuth en 1961

Durant l’année 1960, Victoria de los Ángeles donna une vaste série de récitals dans les principales villes allemandes: Munich, Cologne, Frankfort, Hanovre, Berlin, Hambourg… Alors qu’elle s’apprêtait à débuter le tout dernier concert de cette tournée, Victoria apprit que parmi l’assistance se trouvait Wieland Wagner, le petit-fils de Richard Wagner, qui dirigeait, avec un très grand succès et depuis quelques années, la destinée du Festspielhaus de Bayreuth. Victoria attendit dans sa loge que celui-ci vienne la saluer. En vain ! Quelques heures plus tard pourtant, elle éprouvera l’une des plus grandes émotions de sa vie, confessera-t-elle.  Un télégramme lui parvint de Berlin:  «En recherchant l’Elisabeth idéale pour l’ouverture du Festival 1961, à Bayreuth, pour Tannhäuser, je l’ai trouvée en vous. Accepteriez-vous le rôle pour le Festival? Wieland Wagner». 

Elle fit donc ses débuts au Festival de Bayreuth en tant qu’Elisabeth en 1961 avec une distribution d’exception: Victoria de los Ángeles, Grace Bumbry, Wolfgang Windgassen, Dietrich Fischer-Dieskau et à la baguette l’un des meilleurs chefs de l’époque, Wolfgang Sawallisch. Les frères Wagner furent si impressionnés par sa prestation qu’ils l’invitèrent l’année suivante, en 1962. Bien que Victoria  n’ait pas une voix spécifiquement wagnérienne, elle a toujours été une grande admiratrice du compositeur et son grand rêve aurait été de chanter le rôle d’Isolde, mais ses caractéristiques vocales l’empêchaient de le faire en public et elle se contenta de le chanter en privé, pour elle-même. Tout au long de sa carrière, elle a chanté avec succès les trois  «E» de Wagner: Elisabeth, Elsa et Eva.

En 1961, elle a chanté dans le rôle de la reine Isabel, lors de la première mondiale de La Atlántida, de Manuel de Falla, au Gran Teatro del Liceo de Barcelone.

Elle s’est consacrée principalement à une carrière de concertiste à travers le monde accompagnée de grands pianistes tels que Geoffrey Parsons, Alicia de Larrocha, Gonzalo Soriano, Miguel Zanetti et Manuel García Morante. Elle défendit avec passion la mélodie espagnole, celle de Granados, de Falla, Joaquin Rodrigo, Xavier Montsalvatge, Guridi, Toldra, mais aussi celle de Fauré, Ravel, Debussy, Chausson et Schubert et Brahms. Sa longévité vocale exceptionnelle lui permit de donner encore des récitals au début des années 1990. Elle les concluait souvent par Adios Granada de Cases, s’accompagnant elle-même à la guitare avec cette élégante simplicité et cette gentillesse qui lui gagnaient tous les coeurs. Elle fut aussi connue pour sa collaboration avec Heitor Villa-Lobos pour la Bachianas brasileiras n° 5. 

Victoria lors de sa dernière performance au Teatro de la Zarzuela de Madrid

Son dernier opéra fut Pelléas et Mélisande de Debussy à la Zarzuela de Madrid en 1980. Cependant, pendant les années suivantes, elle continua à chanter l’un de ses rôles d’opéra préférés, Carmen de Bizet. Elle fut parmi les premiers chanteurs d’opéra nés en Espagne à enregistrer l’intégrale de cet opéra en 1958 avec Sir Thomas Beecham, en utilisant les récitatifs ajoutés par Ernest Guiraud après la mort de Bizet. Bien que, vocalement, Carmen se situait sans difficultés dans sa tessiture (rôle de mezzo), elle chanta néanmoins de grands rôles de soprano, dont les plus connus furent Donna Anna, Manon, Nedda, Desdemone, Cio-Cio-San, Mimi, Violetta et Mélisande. Au début de sa carrière, elle était soprano colorature, mais devenue grande soprano lyrique, elle élargit alors son répertoire avec notamment Agathe (Freischütz) et Eva (Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg).

En 1986, elle se produisit en Pologne, en Amérique du Sud, en Amérique centrale et au Japon. Dans ce dernier pays, on planta un cerisier à son nom, à Nagasaki, en reconnaissance de ses interprétations magistrales de Madame Butterfly.

Le 24 juillet 1992, Victoria de los Ángeles se rendit au Gran Teatro del Liceo de Barcelone pour donner un récital, après 27 ans d’absence de cette scène. Son départ du célèbre théâtre barcelonais était dû, selon elle, au fait que sa présence avait fait l’objet d’un veto de Carlos Caballé, homme d’affaires du théâtre et frère de Montserrat Caballé.

Sa dernière grande apparition publique remonta à 1992, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Barcelone.

Hospitalisée le 31 décembre 2004 à la clinique Teknon de la capitale catalane pour pour une infection bronchique et des troubles cardio-pulmonaires, Victoria de Los Ángeles s’y est éteinte  le 15 janvier 2005. Elle était âgée de 81 ans, et a été enterrée au cimetière de Montjuïc, à Barcelone.

Victoria de los Ángeles en 1973

Dans une interview réalisée par Salvador Sostres avec la soprano Ainhoa ​​Arteta et publiée sur ABC le 18 août 2019, Ainhoa ​​a déclaré: «J’étais avec Victoria quand elle est décédée. La dernière chose qu’elle a faite a été de retirer son masque à oxygène pour chanter Si, mi chiamano Mimi de Puccini. Les médecins n’y croyaient pas. C’est cela chanter. Avec cela tu nais et avec cela tu meurs.» La chapelle mortuaire a été installée dans le Palais de la Generalitat de Catalunya, afin que le public puisse la visiter. Les funérailles eurent lieu dans la Basilique de Santa María del Mar à Barcelone, ​​le 17 janvier 2005. Montserrat Caballé regrettait que Victoria ait été plus connue en dehors de la Catalogne qu’à l’intérieur. De nombreux représentants du monde culturel ont souligné leur admiration pour cette grande soprano espagnole. Parmi eux, le directeur artistique du Teatro Real de Madrid et le ténor péruvien Juan Diego Flórez. Jesús López Cobos, directeur musical du Teatro Real de Madrid, a déclaré, se souvenant d’elle après sa mort en 2005, que: «Victoria avait un timbre clair et méditerranéen : la voix espagnole idéale… Ce qui m’a le plus impressionné chez elle, c’était sa grande musicalité et sa profonde connaissance des différents styles.»

Sa nécrologie dans le Times britannique a noté qu’elle doit être comptée «parmi les meilleurs chanteurs de la seconde moitié du XXème siècle». James Hinton a salué sa «voix du milieu délicieusement charmante». Elizabeth Forbes, écrivant dans The Independent, a également noté qu ‘«il est impossible d’imaginer une voix plus pure que celle de Victoria de los Ángeles au plus fort de sa carrière dans les années 1950 et au début des années 1960». Elle était classée numéro un 3, après Maria Callas et Dame Joan Sutherland, dans la liste des vingt meilleures sopranos de tous les temps de la BBC Music Magazine en 2007. 

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