Luciano Pavarotti 1935-2007

Luciano Pavarotti fut un ténor lyrique à la voix solaire reconnaissable entre toutes. Artiste aux 100 millions d’albums, il est, avec Enrico Caruso et Maria Callas, l’un des seuls artistes lyriques dont la popularité a dépassé le cercle restreint des amateurs d’opéra.

Pavarotti est né à Modène (Italie) le 12 octobre 1935  dans une famille modeste. Son père était boulanger, tout en étant lui-même un excellent ténor. Sa mère, Adèle, était ouvrière dans une usine de cigares, où travaillait également la mère de Mirella Freni. Cette dernière sera une amie d’enfance de Luciano, elle aussi destinée à un brillant avenir. Elle fut, au sens propre, la soeur de lait de Luciano car si elle naquit aussi à Modène le 27 février 1935, les deux mères, qui vivaient à quelques rues de distance, travaillaient dans la même usine de tabac, ce qui rendait leur lait impropre à la consommation. Les deux enfants furent gardés par la même nourrice et ont grandi en buvant le même lait. Leur amitié, née dès le plus jeune âge, durera toute leur vie, Freni devenant l’une des partenaires de chant préférées du ténor italien. 

Le jeune Luciano Pavarotti

Ses deux passions étaient le chant, qu’il pratiquait dans la chorale de l’église, et le football. Il oscilla longtemps entre les deux voies. Son père contribua pour beaucoup à former sa passion pour l’art lyrique, lui faisant découvrir les plus grands ténors de son temps, en particulier Giuseppe Di Stefano, même s’il déconseilla à son fils d’y tenter une carrière. Sur la scène du théâtre de Modène, son père l’emmena un jour à un récital du ténor Beniamino Gigli. Ce fut une révélation… A la fin de la représentation, Luciano se rendit dans la loge du chanteur et tout tremblant  lui demanda: «Maestro, combien de temps avez-vous étudié pour devenir ténor?» Réponse de Gigli : «J’ai arrêté il y a trois minutes, je passe mon temps à étudier»… Son père était persuadé qu’il aurait pu faire lui-même une immense carrière si le trac ne l’empêchait pas de monter sur scène. Il était tellement sûr de son talent qu’il sera toujours critique vis à vis de son fils prodige, même quand Luciano l’invitera à chanter avec lui dans La Bohème: «Avec moi, mon père a vu son propre rêve se concrétiser et il en a même été un peu jaloux…Il pensait que sa voix était plus belle que la mienne… Je n’ai eu de félicitations de lui qu’après treize ans de carrière», témoignera un jour le ténor.

A l’âge de douze ans, Luciano frôla la mort: il avait contracté le tétanos et se trouva plongé dans le coma. Lorsqu’il racontait cette anecdote, il disait que lorsqu’il a repris conscience, il a entendu des gens discuter autour de son lit. Ils disaient qu’il avait reçu les derniers sacrements à trois reprises, que le prêtre reviendrait le lendemain, mais que, selon les médecins, il ne passerait pas la nuit. Bien des années plus tard, en 1975, Pavarotti raconta comment il a, une seconde fois, échappé à la mort: l’avion dans lequel il revenait de Milan manqua de s’écraser à l’atterrissage. Lui qui était déjà terrorisé par les voyages aériens intenta un procès à la compagnie pour traumatisme psychologique, et reçut en dédommagement la modeste somme de… un million de dollars.

Pavarotti et Arrigo Pola

A la sortie du lycée, il hésita à devenir gardien de but, mais finit par suivre une formation pour devenir instituteur. Finalement, à l’âge de dix-neuf ans, il persuada ses parents de le laisser tenter sa chance dans l’opéra. C’est donc en 1954 que son éducation vocale formelle commença, sous l’égide du grand ténor Arrigo Pola (1919-1999) que chacun vénérait à Modène et qui accepta de le former gratuitement. Ce fut lui qui apprit au jeune ténor à bien respirer, à placer sa voix et à contrôler son souffle. C’est sous la férule de ce maître avisé et exigeant que l’apprenti-chanteur acquit cette articulation parfaite qui fera toujours partie de son talent. Plus tard Arrigo Pola confiera : «Même si la voix est belle, il est souvent difficile, voire impossible de corriger des défauts pris quand un chanteur a commencé à chanter tout seul. Tout ce que j’ai fait avec Luciano, c’est développer une technique qui soit pure, et qui devienne naturelle, spontanée, automatique». Pavarotti se souviendra lui aussi de ces heures de travail acharné et répétitif qui auraient pu avoir raison de sa détermination. Son expérience de l’entraînement sportif constituait sans doute une force supplémentaire pour surmonter l’aridité d’un tel enseignement: «Vous sentez que vous maîtrisez de mieux en mieux votre technique. Vous constatez que votre souffle vous obéit. Que votre puissance s’amplifie. Que votre instrument s’affine et devient virtuose. Et cet instrument… c’est votre corps.» Malheureusement l’excellent Arrigo Pola informa bientôt Luciano de son départ pour le Japon où il venait d’accepter un poste. Le maître n’abandonna pas complètement son élève puisqu’il le confia à un collègue tout aussi renommé, Ettore Campogalliani (1903-1992). La liste de ses élèves parle d’elle-même: on y retrouve Renata Tebaldi, Renata Scotto, Ruggero Raimondi, Ferrucio Furlanetto ou encore Carlo Bergonzi ! Luciano se rendra régulièrement chez Campogalliani à Mantoue pour parfaire son apprentissage et il aura le plaisir d’y retrouver une élève qu’il connaît bien, sa «sœur de lait», Mirella Freni. Elle aussi se destinait à une carrière lyrique en marchant sur les traces de sa propre grand-mère, Valentina Bartomesi, qui avait connu son heure de gloire dans les années 20.

Ces années de formation auront été déterminantes. Durant sept ans de patiente étude, Pavarotti s’est forgé une technique et un moral à toute épreuve. Dès 1961, sa première année en qualité de chanteur professionnel, Pavarotti s’est astreint à une discipline salutaire dont il a puisé les principes auprès de ses maîtres. Le travail resta la pierre angulaire de sa prodigieuse carrière. C’était un ténor lyrique et il choisira toujours ses rôles avec prudence et sagesse sans chercher à aborder un répertoire qui aurait pu le mettre en difficulté. Pas question de dilapider ses dons prodigieux en brûlant les étapes comme l’avait fait avant lui un Giuseppe Di Stefano.

Le premier encouragement arriva en 1955, quand la chorale locale à laquelle il participait avec son père remporta le premier prix dans une compétition internationale galloise, le Eisteddfod de Llangollen. Néanmoins, les premières années furent dans l’ensemble difficiles: il dut travailler à plein temps parallèlement à ses études de chant, d’abord en tant qu’instituteur puis en tant que démarcheur pour une compagnie d’assurance. Ces activités se révélèrent toutefois rentables. Avec 300 dollars par mois, Luciano put rassembler un petit pactole. Mais ces occupations l’obligeaient à beaucoup parler et petit à petit sa voix se fatigua et se voila. Un nouveau choix s’offrit alors à Luciano: vendre ou chanter. Se souvenant des conseils du maître Pola, il laissa tomber les assurances…

Pavarotti dans Tosca

En janvier 1961, à 26 ans, Luciano décida de s’inscrire au Concours International de chant Achille Peri dont il remporta le premier prix à l’unanimité du jury. Ce succès marqua le début d’une formidable aventure qui va durer plus de quarante ans! C’est le Rodolfo de La Bohème qui permit au jeune chanteur de  convaincre les jurés et c’est dans ce même rôle qu’il débuta le 29 avril au théâtre de Reggio Emilia. A cette Bohème décisive succèdèrent bientôt Rigoletto et Traviata. Rodolfo, le Duc de Mantoue et Alfredo furent les premiers rôles dans lesquels le brillant débutant fut d’emblée programmé sans connaître l’habituel passage par des personnages de second plan. Ces trois emplois de ténor lyrique permirent à Pavarotti de mettre en valeur tous les atouts de sa voix sans prendre de risques inconsidérés. Si d’autres débuts italiens suivirent, c’est à l’étranger que Pavarotti connut d’abord la consécration. Il fit ses débuts à Belgrade dès 1961, y chantant Alfredo dans Traviata. Il reprit le rôle à Vienne en février 1963, et y revint quelques mois plus tard dans La Bohème et dans Rigoletto. La même année, il fit ses débuts au Royaume-Uni à Belfast dans Madame Butterfly (Pinkerton) de Puccini.

L’année 1963 constitua un autre temps fort dans l’ascension de Pavarotti qui marchait aussi sûrement que prudemment vers les sommets de la gloire. Il chanta à Amsterdam, pour la première fois, Edgardo, le héros de Lucia di Lamermoor de Donizetti. Ce rôle lui convenait à merveille et il porta à son plus haut niveau l’art du bel canto romantique. Ce fut aussi en 1963 que Pavarotti remplaça à Covent Garden un Di Stefano contraint d’annuler sa participation à La Bohème. Désormais, la gloire de l’enfant de Modène prit une dimension internationale. Le festival de Glyndebourne l’accueillit en 1964 pour le rôle d’Idamante dans l’Idoménée de Mozart. A 29 ans, toutes les grandes scènes lyriques lui étaient ouvertes.

Il fit alors une rencontre déterminante, celle de la soprano australienne Joan Sutherland avec laquelle il va créer un duo belcantiste incontournable. Leur complicité artistique se traduira par de nombreuses tournées et des dizaines d’enregistrements dirigés par Richard Bonynge, le mari de Joan Sutherland. Que ce soit dans Lucia ou Les Puritains de Bellini, Pavarotti et Sutherland vont s’inscrire dans la légende par la grâce et l’authenticité de leur interprétation.

Pavarotti et Joan Sutherland dans I Puritani
Pavarotti et Sutherland dans Lucia di Lamermoor

En 1965, il fit ses débuts américains avec Sutherland dans Lucia. La même année, il débuta à la Scala dans La Bohème, avec à son amie d’enfance Mirella Freni dans le rôle de Mimi, sous la direction de Karajan. Peu après, il partit en tournée en Australie avec Joan Sutherland et Richard Bonynge. Cette tournée eut une grande influence sur lui: il apprit énormément de la Stupenda, notamment son impressionnante gestion du souffle. Il restera un partenaire habituel de Joan Sutherland jusqu’à la fin de sa carrière. Il fit son retour à la Scala en 1966, dans le rôle de Tebaldo dans I Capuleti e i Montacchi de Bellini.

En 1970, il réalisa un enregistrement de référence de L’élixir d’amour de Donizetti sous la direction de Bonynge, y chantant Nemorino, avec Joan Sutherland dans le rôle d’Adina. En 1971, il chanta Gustavo dans un enregistrement d’Un Bal Masqué de Verdi avec Renata Scotto en Amelia.

Il s’imposa ainsi progressivement comme l’un des plus grands ténors lyriques de sa génération. Sa voix convenait parfaitement aux exigences du bel canto, et Donizetti fut sans doute le compositeur où il était le plus à l’aise, avec Verdi et Puccini. Par ailleurs, sa personnalité chaleureuse et sa nature de bon-vivant étaient très communicatives, ce qui en faisait un interprète idéal dans le répertoire comique. Ainsi, c’est en 1966 qu’il interpréta le rôle de Tonio (La fille du régiment) à Covent Garden.

Joan Sutherland et Luciano Pavarotti dans La fille du régiment à Covent Garden en 1966
Luciano Pavarotti et Mirella Freni dans La Bohème de Puccini

Son nom était entre-temps arrivé aux oreilles du patron du Metropolitan Opera de New-York, Rudolph Bing, qui l’invita à se produire pour La Bohème. Malheureusement, Luciano attrapa la grippe une semaine avant la première.  S’il parvint à tenir le coup le premier soir, il souffrit d’une extinction de voix et s’effondra sur scène à la deuxième représentation. Rodolfo, ce rôle porte bonheur, l’avait lâché. Pavarotti était sûr d’avoir manqué son unique chance de voir un jour son nom figurer au panthéon des ténors. 

Heureusement pour lui, sa notoriété éclate aux États-Unis le 17 février 1972, avec La fille du régiment dans ce même Metropolitan Opera de New-York. Le maestro parvient à enchaîner avec une facilité déconcertante les neuf contre-ut de l’air «Ah! mes amis, quel jour de fête!», ce qui lui valut le surnom de «roi du contre-ut». Les spectateurs trépignèrent de joie et rappelèrent dix-sept fois sur scène le héros du jour! Le chanteur confiera plus tard : «Je sais que beaucoup de gens attendent ces contre-ut comme on attendrait au cirque, le triple saut périlleux, sans filet, du trapéziste (…) Je le fais non pas pour satisfaire le goût morbide d’un public, mais pour Donizetti. Il faut bien que quelqu’un traduise son œuvre, non ?». Ce succès au Metropolitan Opera sera donc une référence dans la carrière de Luciano Pavarotti et l’opéra sera diffusé à plusieurs reprises à la télévision. Ainsi sa diffusion, en mars 1977, dans Live from the Met Telecat a rassemblé le plus large public jamais obtenu pour un opéra de télévision. Parmi ses autres performances notables à cette période figurent des enregistrements de La Favorite de Donizetti en 1974 (Fernand, avec Fiorenza Cossotto dans le rôle-titre) et I Puritani de Bellini en 1975 (Arturo, avec Joan Sutherland dans le rôle d’Elvira). En 1976, il fit sa première apparition au Festival de Salzbourg, dans Le Chevalier à la rose de Richard Strauss.

Luciano Pavarotti et Mirella Freni dans L’elisir d’amore de Donizetti

Cependant, l’ascension de Luciano Pavarotti vers la célébrité ne se fit pas sans difficulté. Il gagna très vite dans le monde de l’opéra le sobriquet de «roi des annulations»: en effet, du fait d’une santé relativement fragile, il fut amené à décommander certains opéras. Cela provoqua des problèmes avec certaines maisons d’opéra, comme le Lyric Opera of Chicago avec lequel il entretint de très mauvaises relations.

Il participa aux premières rediffusions en direct du Met en 1977, en Rodolfo dans La Bohème. Durant cette période, s’il continua de chanter certains des rôles lyriques qui l’ont rendu célèbre, il se tourna peu à peu vers des rôles plus lourds, à la tessiture plus large comme Radamès (Aida), Rodolphe (Luisa Miller), Riccardo (Le bal masqué) ou Manrico (Le Trouvère). Il chanta ce dernier rôle sous la direction de Karajan à l’Opéra d’Etat de Vienne en 1979. En 1982 sortit le film Yes, Giorgio, son unique tentative de jouer la comédie, mais le film ne rencontra pas le succès espéré.

Au début des années 1980, il créa «The Pavarotti International Voice Competition» pour les jeunes chanteurs et, à l’issue de chaque concours, il donnait un récital où il chantait avec les gagnants. En 1988, à Philadelphie, le vainqueur du concours fut Roberto Alagna. Pour célébrer ses vingt-cinq ans de carrière, il invita les gagnants des concours en Italie pour un récital où il interpréta des airs de La Bohème, à Modène et à Gênes et ensuite en Chine où il termina la tournée au palais de l’Assemblée du Peuple à Pékin devant 10 000 personnes et reçut une ovation debout pour les neuf contre-ut de La Fille du régiment toujours effectués avec la même aisance. Le troisième concours, en 1989, se termina sur des airs de l’Elisir d’Amore et Un ballo in maschera. Le vainqueur du cinquième concours accompagna Pavarotti dans un récital à Philadelphie en 1997.

Pour Luciano Pavarotti, l’année 1990 représenta un tournant de sa reconnaissance internationale. Cela va débuter lors de la Coupe du monde de football de 1990 en Italie où l’air «Nessun dorma» de l’opéra Turandot de Puccini devint l’air officiel du championnat mondial. Mais surtout, c’est le 7 juillet 1990 que Pavarotti rejoignit les ténors espagnols Plácido Domingo et José Carreras pour former “les Trois Ténors”. Alors, pour fêter la Coupe du monde de football qui se déroulait en Italie, les trois ténors interprétèrent, devant les anciens thermes de Caracalla à Rome, les airs d’opéra les plus connus du répertoire, sous la direction du chef d’orchestre Zubin Mehta. Le retentissement du concert fut mondial et contribua largement à faire un peu plus connaitre l’opéra au grand public. En 1994, les trois ténors se réunirent à nouveau, toujours pour la Coupe du monde de football, cette fois à Los Angeles, devant plus d’un million de spectateurs et téléspectateurs, toujours sous la baguette du chef d’orchestre Zubin Mehta. Et puis en 1998, année où la Coupe du monde de football se déroula en France, les trois ténors choisirent la tour Eiffel pour le concert, dans un décor signé par le producteur Tibor Rudas, sous la direction du pianiste et chef d’orchestre James Levine. Ils chantèrent en direct devant un public cent fois plus important que celui de Rome, soit deux milliards de téléspectateurs répartis dans le monde entier. Tous ces concerts se caractérisaient par un son pharaonique avec des interprétations souvent amusantes des plus grands tubes du répertoire. Cette alliance de l’art lyrique avec une sensibilité grand public a parfois été surnommée “popéra”.  

Les trois ténors

Sur les scènes lyriques plus traditionnelles, la carrière de Luciano continua d’être marquée par des incursions vers un répertoire plus dramatique, notamment un très controversé Otello à Chicago en 1991 sous la direction de Solti avec Kiti Te Kanawa en Desdémone. 

Pavarotti accueillant la princesse Diana lors de l’édition de Pavarotti and Friends de 1995

En 1992, il créa une série de concerts caritatifs intitulés Pavarotti and Friends qui se prolongeront jusqu’en 2003, dans sa ville natale de Modène. Le produit des événements fut reversé à des causes humanitaires, notamment à l’agence d’aide internationale War Child et au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Les concerts présentaient Pavarotti se produisant avec des invités musicaux de tous horizons (jazz, gospel, rap, variété, et bien sûr, opéra) et chaque concert était publié en DVD. Il s’est ainsi produit avec notamment (pour n’en citer que certains) : Sting, Bob Geldof, Brian May Mike Oldfield, Bryan Adams, Andreas Vollenweider, Nancy Gustafson, Andrea Bocelli, Elton John, Sheryl Crow, Eric Clapton, Liza Minnelli, Stevie Wonder, Celine Dion, Bon Jovi, Spice Girls, The Corrs, Tom Jones, Barry White, George Benson, James Brown, Lou Reed, Deep Purple, Zucchero, etc. En 1995, il chanta sur le single de U2 et Brian Eno « Miss Sarajevo », qui devient un hit.

Pavarotti and friends


Cela n’alla pas sans provoquer des critiques outrées de la part des «puristes» pour le fait qu’un chanteur d’opéra de formation classique, puisse interpréter des chansons pop avec des stars de la pop lors de ses concerts de charité. Pavarotti a répondu aux critiques : «Certains disent que le mot pop est un mot désobligeant; je ne l’accepte pas. Si le mot classique est le mot pour dire ennuyeux, je n’accepte pas non plus. Il n’y a que la bonne et la mauvaise musique».

On va aussi beaucoup lui reprocher de multiplier les apparitions dans les stades, au détriment de la scène. Les puristes goûtaient peu les concerts retransmis par haut-parleurs, d’autant que sa voix commençait à connaître de plus en plus de problèmes. Néanmoins, il continua à être plébiscité par le public. Il a en effet effectué des tournées dans la plupart des pays et ses récents concerts en plein air ont attiré un très large public, en Europe et aux Etats-Unis. En juillet 1991, il chanta à Hyde Park à Londres devant près de 150 000 personnes, au cours d’un concert retransmis en direct en Europe et aux USA. Les enregistrements sonore et vidéo réalisés à cette occasion par Decca/London ont battu tous les records de vente. 
En 1993, quelques 500 000 spectateurs ont assisté à une manifestation semblable organisée au Central Park de New-York. Le concert, retransmis en direct par la télévision, a également fait l’objet d’enregistrements sonore et vidéo édités par Decca à la fin de l’année 1994.

Pavarotti et sa première épouse Adua Veroni

En 2002, il divorca de sa première femme, Adua Veroni, de qui il a eut trois filles, pour épouser en 2003 sa secrétaire, Nicoletta Mantovani, 34 ans plus jeune que lui, dont il avait déjà une fille. Faute de pouvoir se remarier à l’église, le ténor choisira comme cadre de ses secondes noces… un opéra.

Pavarotti et Nicoletta Mantovani sa seconde épouse
Pavarotti et son célèbre mouchoir

Pavarotti commença sa tournée d’adieu en 2004, à l’âge de 69 ans, en chantant, pour la dernière fois à travers le monde, les airs les plus connus de l’opéra. À cette occasion, il chanta une dernière fois à Paris au Palais omnisports de Paris-Bercy. Pavarotti donna sa dernière série de représentations lyriques au Metropolitan Opera avec trois soirées les 6, 10 et 13 mars 2004. Les moyens étaient affaiblis mais il était toujours capable de belles nuances. Il reçut douze minutes d’ovation dans le rôle du peintre Mario Cavaradossi (Tosca). Le 1er décembre 2004, il choisit les quarante villes dans lesquelles il effectuera sa tournée d’adieu, produite par Harvey Goldsmith. La tournée sera interrompue en raison de problèmes de santé du ténor et ne reprendra jamais. Le 10 février 2006, Pavarotti interpréta Nessun Dorma, (en playback du fait de conditions météorologiques glaciales) à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de 2006 à Turin en Italie. Ce fut sa dernière apparition publique sur une scène. Il était alors très affaibli par de graves problèmes de santé. 

Lorsque fut annoncé, un an après l’ablation d’une “masse pancréatique maligne” pendant l’été 2006, que Luciano Pavarotti allait reprendre le chemin des studios d’enregistrement, personne n’a cru à cette nouvelle qui sonnait aussi faux que les promesses de régime que faisait régulièrement l’illustre “tenorissimo” au ventre aussi rond que le compte en banque. Il est vrai que peu avant, sa fille Giuliana avait déclaré au magazine Diva e Donna:  «Il sait qu’il mourra vite et dans nos conversations il parle souvent de son désir le plus grand, rejoindre ses parents et trouver enfin la paix». Une contre-offensive avait dû être lancée pour calmer les rumeurs, avec l’effet inévitablement inverse à celui escompté. Le 9 août, Pavarotti entrait à l’hôpital de Modène pour ce qui fut présenté dans la presse locale comme une “pneumonie”. Il mourut dans sa villa à Modène, dans la nuit du 5 au 6 septembre, à l’âge de 71 ans des suites d’un cancer du pancréas. 

Ses funérailles eurent lieu le 8 septembre dans la cathédrale de Modène en présence de 800 personnes, allant des proches de sa famille à de nombreuses personnalités, y compris des responsables tels que le président du Conseil Romano Prodi, le vice-président Francesco Rutelli, les ministres Ricardo Franco Levi, Arturo Parisi, Giulio Santagata et Serafino Zucchelli, le maire de Modène George Pighi et le président de la région Émilie-Romagne, Vasco Errani, l’ambassadeur des États-Unis Ronald Déshabilles, l’ambassadeur de Monaco Philippe Blanchi, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, le directeur général de la FAO Jacques Diouf, le secrétaire d’État du Vatican, le cardinal Tarcisio Bertone; et des chanteurs dont ses amis Bono et The Edge of the group U2, Caterina Caselli, Jovanotti, Luciano Ligabue, Gianni Morandi et Zucchero, le ténor Andrea Bocelli, la soprano Mirella Freni, auxquels il faut ajouter le réalisateur Franco Zeffirelli, la danseuse Carla Fracci et le directeur du New-York Metropolitan Opera Joe Volpe. Plusieurs personnalités, dont le prince Albert II de Monaco et la soprano Montserrat Caballé, ont envoyé des couronnes, déposées dans la cathédrale. La cérémonie fut présidée par Mgr Benito Cocchi, qui a notamment lu un message du pape. La soprano bulgare Raina Kabaivanska, visiblement émue, a chanté l’Ave Maria. À la fin du service, Andrea Bocelli chanta l’Ave Verum Corpus.

Pavarotti fut lauréat de nombreuses récompenses, dont le prestigieux “Grammy Award”. Il a construit une école au Guatemala pour venir en aide aux enfants orphelins de la guerre civile. L’école s’appelle le Centro educativo. Il donna aussi quelques masterclasses et créa un concours, ce fameux concours que remportera Roberto Alagna. Pavarotti avait une autre passion: les chevaux et l’équitation. Cavalier jusqu’à ce qu’il se juge trop gros, il a créé une école équestre privée, le Club Europa. De plus, il organisa un important concours international de haut niveau de saut d’obstacles, le Pavarotti international CSIO San Marino, qui s’est tenu pendant plus de dix ans (1991 à 2001) dans sa propriété de Modène. La maison où il passa les dernières années de sa vie est aujourd’hui un musée haut en couleur célébrant la mémoire du ténor italien. 

Le musée Pavarotti à Modène

Pavarotti possédait une voix merveilleuse au rayonnement solaire riche dans les harmoniques et dont le timbre, d’une éblouissante clarté, est immédiatement reconnaissable.  Il donnait l’impression d’un chant naturel, ensoleillé, d’une évidence hors de toute contrainte technique. Alors qu’il ne savait pas bien lire la musique et qu’il chantait “à l’oreille” (ce qui explique qu’il ne chanta pas plus d’une trentaine de rôles), Pavarotti possédait une virtuosité exceptionnelle au service d’un timbre d’une rare densité. Homogène sur toute sa tessiture, sa voix s’appuyait sur des graves bien assis. Elle s’ouvrait progressivement à mesure qu’elle courait vers le registre aigu, pour devenir étincelante dans le suraigu, sans jamais perdre de sa douceur. A cela, il faut ajouter une ligne de chant quasi infinie et une diction irréprochable en italien, puisque Pavarotti ne s’aventura hors de sa langue natale qu’en de très rares occasions. De nombreux enregistrements, la plupart remarquables, rendent, aujourd’hui, cet homme immortel. 

Pavarotti dans I Pagliacci

Ce colosse de 1,90 mètre pour 150 kilos avait une petite cavité buccopharyngée, ce qui est rare chez les hommes, en particulier ceux de cette corpulence. Plus le volume du résonateur buccopharyngé est réduit, plus il amplifie les harmoniques élevées et plus il favorise la clarté du timbre et l’émission de l’aigu. Le contraste entre la taille de ses résonateurs et la puissance de sa soufflerie a fait de lui un ténor hybride ayant les résonateurs d’un ténor lyrique léger et la capacité pulmonaire d’un lyrico-spinto, sans toutefois en avoir la puissance, car l’intensité de la voix ne dépend pas du volume d’air contenu dans les poumons mais d’un mécanisme laryngé permettant aux cordes vocales de résister à l’énorme pression d’air engendrée par des muscles abdominaux hypertoniques. C’est cette singularité morphologique qui lui a permis de chanter simultanément des emplois de ténor lyrique léger, de ténor lyrique pur et de ténor lyrico-spinto. Lorsqu’il décida d’aborder des rôles plus lourds, il eut la sagesse de ne pas forcer sa voix, privilégiant soit les enregistrements en studio, soit les concerts dans des lieux immenses où la sonorisation devenait nécessaire. Certes les puristes goûtèrent peu les concerts retransmis par haut-parleurs mais cette prudence lui permit de conserver jusqu’à la fin la splendeur de son timbre qui soulevait l’enthousiasme des foules.

Aucune voix n’étant parfaite, il est ridicule et indécent de faire la fine bouche à propos de ses graves dans tel ou tel Verdi, comme on a pu le lire ici ou là. Il est certain que sa voix était faite pour le répertoire du belcanto proto-romantique de Bellini, Donizetti et quelques Verdi. Il aurait même pu être un magnifique ténor rossinien. Cependant, pour obéir aux lois du marché, il s’orienta ensuite vers les partitions plus épaisses de Tosca, Gioconda, Aida, Le Trouvère, etc. Puis il fut entraîné, bien volontairement, dans le rouage médiatique acceptant toutes sortes d’exhibitions en plein air et d’ouverture à la musique dite «de variétés». On peut le regretter sur le plan de la pureté d’une carrière de chanteur d’opéra mais il aura eu le grand mérite de plaire au plus grand nombre et non à une minorité, et de rendre possible le mélange des genres: sa série de concerts et d’albums Pavarotti & Friends a montré au grand public que l’opéra n’était pas ringard, qu’il pouvait attirer des artistes venus des horizons les plus divers. Pour Roberto Alagna, il était le «Messie» des ténors pour qui «l’apartheid musical» n’existait pas.


Pavarotti sacrifia le jeu scénique au pur plaisir immédiat et spontané de la voix, peut-être en raison de son surpoids qui se prêtait guère aux contorsions théâtrales. Il se plantait là et ne bougeait plus, disant que les gens venaient pour entendre sa voix et non pour le voir interpréter un personnage. Il fut victime de surpoids dès l’âge de trente ans, ce qui l’obligea à faire constamment des régimes et des cures d’amaigrissement. De ce fait, il a dû à plusieurs reprises subir des opérations aux genoux et au dos. Luciano Pavarotti était réputé pour être un très bon cuisinier et lorsqu’on lui parlait de nourriture, il disait qu’il devait tout cela à son enfance et notamment à sa mère. Lorsqu’il se rendait dans des hôtels, il demandait à remballer la nourriture qu’il n’avait pas consommée. Quand on le lui rappelait, il qualifiait cette réaction «d’habitude de pauvres».

Pavarotti faisant cuire des pâtes

On peut à ce sujet rappeler une anecdote de 1986 alors qu’il devait donner un concert en Chine. Il était prévu qu’il soit accompagné des vainqueurs du concours de chant de Philadelphie, créé par lui six ans plus tôt, et de l’orchestre de l’opéra de Gênes. A quelques jours du départ, il voulut pourtant tout annuler. On lui a raconté que la nourriture en Chine était infâme. Pour lui, il n’y a rien de pire que l’idée de devoir souffrir de faim. Il était toutefois trop tard pour faire machine arrière. Luciano demanda alors aux chefs d’un restaurant génois réputé de délocaliser leur cuisine en Chine, le temps du séjour. Leur mission: nourrir les 300 personnes qui faisaient partie de la tournée. Le chargement de l’avion releva du délire. Aux traditionnelles machines à expresso, coupe-jambons et autres marmites qui suivaient Pavarotti à chaque déplacement, s’ajoutèrent des quantités phénoménales d’aliments et de matériels. Pâtes, ail, citrons, patates, melons, tomates, poulets crus, saucisses, jambons de Parme, gorgonzola, parmezan, pecorino, furent stockés par kilos dans les soutes de l’appareil. Ils furent rapidement rejoints par des milliers de litres d’eau minérale et de Lambrusco, des plaques chauffantes, un four et des frigos. Sur place, les chefs italiens tinrent une semaine, au rythme de deux repas par jour, avant de jeter l’éponge!


Lorsque l’on évoque Pavarotti, il est un élément incontournable: son mouchoir. Afin d’éponger la sueur qui perlait sur son visage pendant qu’il chantait, Pavarotti dut avoir recours à un mouchoir… de plus en plus difficile à dissimuler aux spectateurs. Le ténor décida d’assumer pleinement la situation et d’en jouer avec le public. Le mouchoir blanc devint ainsi comme son doudou sur scène et un signe distinctif original! Il s’agit certainement de «l’outil de travail» auquel il tenait le plus car, pour lui, cet accessoire faisait partie de sa vie depuis le début de sa carrière. Elle accompagna donc le maestro à toutes les représentations.

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    But he’s tryiong none the less. I’ve been using WordPress on various websites for about a year and am nervous
    about switching to another platform. I have heard good things about blogengine.net.
    Is there a way I can import all my wordpress posts into it?
    Any kind of help would be greatly appreciated!

  14. Pingback: bahis siteleri

  15. certainly like your website but you have to check
    the spelling on several of your posts. Several of them are
    rife with spelling issues and I to find it very bothersome to inform the
    truth however I’ll definitely come again again.

  16. Very nice content and blog, I found it very informative and useful, hope to read more nice articles like this one around here,

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