Lotte Lehmann 1888-1976

Lotte Lehmann était une soprano lyrico-dramatique américaine d’origine allemande, particulièrement réputée pour ses interprétations des lieder de Robert Schumann et des rôles de Leonore dans l’opéra Fidélio de Ludwig van Beethoven et de la Maréchale dans Der Rosenkavalier de Richard Strauss.

Elle est née le 27 février 1888 à Perleberg en Allemagne, dans le Brandebourg). Son père qui appartenait à la classe moyenne voulait qu’elle se dirige vers un métier plus concret que le chant. Elle a cependant pris des cours à la Hochschule fur Musik de Berlin puis à titre privé avec Mathilde Mallinger (1847-1920) qui avait été une grande soprano croate créatrice d’Eva (Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner). Après seulement un an d’études avec Mallinger, elle décrocha un contrat avec l’Opéra de Hambourg, en 1910, pour le rôle du deuxième génie de la Flûte enchantée de Mozart. Au début maladroite et inapte, elle progressa rapidement et put chanter Freia (l’Or du Rhin), Euridice, Sophie (le Chevalier à la Rose), et Agathe dans (Le Freischütz) en 1911. En 1912 elle incarna Micaëla (Carmen) et Elsa (Lohengrin) où elle reçut un triomphe. Suivirent Antonia (Les Contes d’Hoffmann), Iphigénie en Aulide de Gluck et la comtesse Almaviva dans les Noces de Figaro de Mozart.

Lotte Lehman en Elisabeth dans Tannhäuser

1914 fut l’année de l’envol. Elle aborda Sieglinde (Die Walküre) et Octavian (Le Chevalier à la Rose). Ce fut également en 1914 que Lotte Lehmann réalise le premier de ses 500 enregistrements. Elle chanta Elsa au Staatsoper de Berlin, Sophie au Drury Lane Opera de Londres, Eva (LesMaîtres Chanteurs) et Agathe à l’Opernhaus de Cologne. Revenue à Hambourg, elle aborda Elisabeth (Tannhäuser) et Rachel (La Juive).

Avec le maestro Arturo Toscanini

Elle quitta alors l’Allemagne pour l’Autriche, rejoignant la troupe du Hofoper. En 1916, Richard Strauss lui confia le rôle du compositeur lors de la création de la deuxième version révisée de Ariane à Naxos, le 4 octobre 1916. Une date essentielle dans la carrière de Lotte Lehmann, d’abord parce que c’est le premier opéra de Richard Strauss qu’elle créa, ensuite parce qu’elle partagea l’affiche avec celle qui va rapidement devenir sa principale rivale, aussi bien à Vienne que dans le cœur du musicien: Maria Jeritza, distribuée en Ariadne. Strauss les adorait toutes les deux et, trois ans plus tard, il ne résista pas à la tentation de les réunir à nouveau, toujours à Vienne, dans Die Frau ohne Schatten: Jeritza en Impératrice, Lehmann en Teinturière. Et s’il destina Die ägyptische Helena (1928) à la première, c’est pour la seconde qu’il écrivit Intermezzo, qu’elle créa à Dresde sous la direction de Fritz Busch, en 1924, avant de le reprendre à Vienne, trois ans plus tard. En 1923, c’est sur son conseil que Lehmann aborda Ariadne au Staatsoper (une déclaration de guerre contre Jeritza, qui reprit le rôle aussitôt après!) et c’est lui qui imposa Lotte, dix ans plus tard, pour la première viennoise d’Arabella, créée juste avant à Dresde par la soprano roumaine Viorica Ursuleac (1894-1985), autre grande rivale presque autant jalousée que Jeritza.

Le match entre les deux divas se joua aussi dans Korngold (Die tote Stadt), Wagner (Lohengrin), Halévy (La Juive) et, surtout, Puccini. Non dans La BohèmeMadama Butterfly ou Manon Lescaut, qui restèrent l’apanage de Lotte Lehmann, mais dans Tosca, que celle-ci aborda en 1923, dans Il trittico, dont elles assurèrent la création viennoise, le 20 octobre 1920, (Jeritza en Giorgetta d’Il tabarro, Lehmann en Suor Angelica), et dans Turandot. Puccini a écrit le rôle-titre en pensant à Maria Jeritza, Rosa Raisa en a été la toute première interprète à la Scala, et c’est à Lotte Lehmann que le Staatsoper le confie, en octobre 1926!

Lotte Lehmann dans Tannhaüser à gauche, La maréchale au centre, Tosca à droite
Lotte Lehmann avec Leo Slezak dans Turandot en 1926

Hors de Vienne, où Lotte Lehmann se réservait encore Manon de Massenet (le rôle dans lequel le public la préfèrait!), Charlotte  (Werther) et Maddalena di Coigny  (Andrea Chénier), la compétition fut beaucoup moins âpre. Retenue une bonne partie de l’année à New York, Maria Jeritza laissa quasiment le champ libre à sa rivale, qui devint l’une des idoles du Covent Garden de Londres où elle fit ses débuts en 1924, sous la baguette de Bruno Walter, au cours d’une soirée d’autant plus exceptionnelle qu’elle marque sa première apparition en Maréchale dans Der Rosenkavalier, le rôle auquel la postérité l’a prioritairement associée. Elle y reviendra régulièrement pendant quatorze ans, dans Strauss et Wagner, mais également Mozart (la Comtesse Almaviva, Donna Elvira dans Don Giovanni). Fréquentant moins le répertoire italien, elle incarna cependant une mémorable Desdémone (Otello) (qu’elle chanta avec Giovanni Zenatello) et la meilleure Suor Angelica qui fût donnée d’entendre à Puccini lui-même. Elle chanta aussi Mimi (La Bohème), et les rôles-titres de Manon Lescaut et Turandot (dont elle fut la créatrice à Vienne en 1926).

Elle se spécialisa dans Mozart, Strauss, Wagner, Beethoven et fut la grande Maréchale de son époque et une grande Léonore. Elle chanta aussi les lieder de Schubert et Schumann, accompagnée notamment au piano par Bruno Walter.

Lotte Lehmann et Lauritz Melchior


À partir de 1922, elle entreprit des tournées mondiales qui vont la conduire dans les deux Amériques. Aux États-Unis, elle chanta pour la première fois en 1930, à l’Opéra de Chicago dans le rôle de Sieglinde. En 1934, elle débuta au Metropolitan Opera de New York dans le même rôle (Maria Jeritza a quitté les lieux deux ans plus tôt!), aux côtés de Lauritz Melchior. Ensemble, ils formèrent alors le duo Siegmund-Sieglinde, qui reste dans l’histoire du chant comme l’un des plus exceptionnels, et dont témoigne un enregistrement du premier acte de La Walkyrie en 1935, sous la direction de Bruno Walter. Ils collaboreront sur les scènes américaines jusqu’en 1945. Lotte Lehmann se produisit également au Staatsoper de Berlin, au Nationaltheater de Munich, au Teatro Colón de Buenos Aires et à l’Opéra de Paris (FidelioDer Rosenkavalier et Die Walküre, en 1928, dans le cadre d’une tournée du Staatsoper de Vienne, puis LohengrinTannhäuser, Die Walküre et Die Meistersinger von Nürnberg en « invitée », avant une dernière apparition avec le Staatsoper, en 1936). Mais c’est surtout au Festival de Salzbourg qu’elle laissa une empreinte indélébile. De ses débuts, en 1926, jusqu’à ses adieux, en 1937, elle y triompha chaque été, principalement dans deux rôles: la Maréchale et Leonore ( Fidelio). Elle y travailla sous la direction des plus grands chefs, à commencer par Richard Strauss dans Fidelio, le partenariat le plus fructueux restant sans doute celui avec Arturo Toscanini (Fidelio entre 1935 et 1937, Die Meistersinger von Nürnberg en 1936).

En 1935 elle décida avec son mari, Otto Krause, épousé en 1926 de devenir résidente permanente sur le sol américain. Son pays natal, de toute manière, ne voulait plus d’elle depuis qu’elle avait refusé de se produire uniquement en Allemagne. En 1938, année de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, elle rompit définitivement avec l’Opéra de Vienne et partit pour New York concentrant sa carrière d’opéra au Met, mais aussi en concerts, chantant et enregistrant davantage de lieder qu’auparavant. Ces enregistrements démontrent un raffinement dans le lied rarement égalé. En mai 1938, de retour à Londres pour une reprise de Der Rosenkavalier au Covent Garden, elle s’évanouit au milieu du premier acte, le soir de la première. La tension était trop forte pour elle: après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne (l’Anschluss), deux mois plus tôt, ses quatre beaux-enfants, juifs par leur mère, étant en grand danger à Vienne réussirent à s’échapper vers la France, où elle les rejoignit. Le 5 août, toute la famille s’embarqua au Havre pour New-York et, à son arrivée, demanda la nationalité américaine. À l’exception d’une nouvelle tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande, la carrière de la soprano se déroulera désormais uniquement en Amérique du Nord, jusqu’à ses adieux à la scène, en 1946 (la Maréchale à Los Angeles, avec l’Opéra de San Francisco).

Lotte lehmann en masterclass avec Grace Bumbry


Elle quitta la scène de l’opéra en 1945 mais donna encore des récitals jusqu’en 1951, avant de s’installer en Californie, à Santa Barbara, pour enseigner, notamment à la Music Academy of the West. Elle s’adonna également à l’écriture et à la peinture. Parmi ses élèves on peut citer: Grace Bumbry, Thomas Hampson (fondateur et ancien président de la Lotte Fondation Lehmann), Marilyn Horne, Régine Crespin pour ne citer que les plus célèbres. Ses cours étaient davantage des master classes, dans la mesure où elle faisait uniquement travailler l’interprétation, sans se mêler de technique vocale.

En novembre 1955, elle était est dans l’assistance pour la réouverture du Staatsoper de Vienne, reconstruit après le bombardement de 1945. Sept ans plus tard, elle cosigna, avec Ralph Herbert, la mise en scène de Der Rosenkavalier au Met. Sa Maréchale était alors une certaine Régine Crespin… Elle s’étegnit à Santa Barbara (Californie) le 26 août 1976. Elle est enterrée au cimetière central de Vienne et sur sa tombe est gravée la phrase de Richard Strauss: “Elle a chanté et les étoiles en ont été émues .”

Lehmann et son mari Otto Krause

Sa vie privée n’est pas très connue. Il semble qu’elle ait eu des relations avec Toscanini (nous avons les lettres d’amour de Toscanini pour le prouver) et a été mariée avec Otto Kraus. Il existe des spéculations sur sa vie personnelle concernent ses relations avec les femmes. Rien ne prouve qu’elle ait été sexuellement active avec des femmes mais nous savons qu’elle a vécu avec Frances Holden qui était connue comme lesbienne, de 1938 (l’année de la mort de son mari Otto Krause) jusqu’à sa propre mort en 1976. Lehmann semblait apprécier aussi la compagnie des hommes gay dans les années 70 et 80, ce qui était le cas de beaucoup de ses amis.

Lotte Lehmann

Sa vie fut toute entière consacrée à son art. Le jour où Marilyn Horne lui apprit qu’elle était enceinte, elle lui répondit: «une chanteuse ne doit pas avoir d’enfant. Vous devez vous concentrer sur votre carrière et uniquement sur elle!» (propos rapportés par la mezzo-soprano américaine dans son autobiographie, The Song Continues). Cet engagement absolu lui fut certainement nécessaire pour atteindre les sommets. Giacomo Puccini a déclaré qu’elle était sa Suor Angelica préférée, et Arturo Toscanini l’a appelée «La plus grande artiste du monde». Son aigu n’avait pas la facilité de celui de Maria Jeritza qui fut un peu sa rivale, et il commença à donner des signes de fatigue dès le tournant des années 20-30. Mais l’instrument ne perdit jamais ses qualités de lumière et d’éloquence. Sa diction était parfaite et son émission profonde et riche de couleurs. La voix, à laquelle Enrico Caruso trouvait une couleur italienne, était certes riche, belle, franche, rayonnante, mais on ne saurait l’apprécier hors de ce que l’interprète en faisait, dans un air d’opéra de Wagner comme dans un lied de Schubert. Lotte Lehmann avait le pouvoir de créer un «théâtre vocal», où mots et musique se confondaient au bénéfice de l’incarnation, d’ailleurs variable selon l’état vocal et l’humeur du moment, les partenaires, les chefs et les accompagnateurs. Souvent imprévisible, toujours fervente, elle réinventait en permanence sa manière d’aborder les personnages et les textes des poèmes, avec une imagination et une émotion inépuisables. Là était son génie, qui faisait oublier ses incertitudes ryth- miques et sa manière de hacher les phrases par des respirations intempestives, voire conférait à celles-ci un sens musical et dramatique. Comme Richard Strauss l’avait dit un jour, à Dresde: «Mademoiselle Lehmann nage certes. Mais, même quand elle nage, c’est elle que je préfère aux autres!» .

En tant que chanteuse allemande de lieder, elle a créé une nouvelle forme d’interprétation dramatique du genre. En tant que chanteuse d’opéra, elle a conjugué le chant, le théâtre et l’expression verbale. Et en tant qu’enseignante et conseillère, elle a exercé une influence très puissante et de grande envergure sur de nombreux jeunes chanteurs qui devaient devenir parmi les interprètes les plus admirés et les plus célèbres de leur époque.

Lehmann est l’auteur d’un roman, Orplid, mein Land (1937; Eternal Flight), et de trois volumes de mémoires. Elle n’était pas apparentée à la célèbre soprano allemande antérieure Lilli Lehmann.

Quelques portraits de Lotte Lehmann

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