George London 1920-1985

George London était un baryton-basse canadien. L’ampleur particulière et la forte résonance de sa voix de baryton-basse ainsi que son physique viril et avantageux (brun, de haute taille, athlétique) en ont fait l’un des chanteurs les plus recherchés des années 1950 et 60 dans le registre héroïco-tragique.

Né George Burnstein à Montréal le 30 mai 1920, de parents juifs russes et américains, London fut citoyen des États-Unis dès sa naissance. Il vécut avec ses parents, à partir de l’âge de 15 ans, à Los Angeles, en Californie, où il commença à étudier le chant.

George London

Il débuta en 1942 au Hollywood Bowl chantant le Dr Grenvil dans Traviata de Verdi, sous le nom de George Burnson. Puis il confia ensuite le développement de sa voix pendant 17 années à celle qui constituera le socle de sa technique en la personne du professeur de chant Paola Novikova dont la classe de maître était établie à New-York, ville dans laquelle il chanta également dans des opérettes et des comédies musicales.

Paola Novikova

Paola Novikova (1896-1967) était une soprano et professeure de chant américano-russe née en 1896 en Russie près de Moscou et morte à New-York en 1967. Unique élève du baryton Mattia Battistini, elle est considérée comme l’une des dernières authentiques détentrices de l’ancienne grande école italienne de chant. Coach vocal, éducatrice spécialisée, enseignante émérite réputée, spécialiste hors-pair de la production phonatoire spécifiquement liée à l’art lyrique, formatrice de nombreuses sommités de l’opéra, elle est notamment connue pour avoir eu comme élèves George London et le superbe ténor suédois Nicolai Gedda.

London partit aussi à l’étranger en 1947 afin d’étudier avec Enrico Rosati (1874-1963), célèbre enseignant, ancien professeur à l’Accademia di Santa Cecilia de Rome, qui eut notamment pour élèves Beniamino Gigli, Karin Brandell, Else Brems, Benvenuto Franchi, Anna Kaskas, Giacomo lauri-Volpi, James Melton et l’extraordinaire Mario Lanza. Rosati prépara ce dernier pendant plusieurs mois en 1946 en vue d’une représentation du Requiem de Verdi sous la direction d’Arturo Toscanini, à laquelle Lanza n’a finalement pas participé.

London revint en 1947-48 pour une tournée au Canada et aux États-Unis avec le Columbia Bel Canto Trio, aux côtés de Frances Yeend et de Mario Lanza. 

George London (à gauche), Frances Yeend et le grand ténor Mario Lanza
Elisabeth Schwarzkopf et George London
dans “Le Nozze di Figaro”

Il connut la consécration avec son engagement en 1949 par Karl Böhm dans Aida de Verdi à l’Opéra d’État de Vienne. En 1950, il interpréta le rôle de Pater Profundis dans la Huitième symphonie de Mahler, sous la direction de Leopold Stokowski. Il s’imposa en 1950 au Festival de Glyndebourne dans Mozart, puis en 1952 à Salzbourg et à la Scala de Milan. II fut Amfortas lors de la réouverture de Bayreuth en 1951, sous la direction de Hans Knappertsbusch, avec Martha Mödl et Ludwig Weber. Le 23 septembre 1960, il fut le premier Nord-Américain à chanter le rôle titre de Boris Godounov à l’Opéra du Bolchoï à Moscou au plus fort de la guerre froide en 1960. Ses débuts au Metropolitan Opera dans le rôle d’Amonasro (Aida) le 13 novembre 1951 furent suivis de 17 saisons consécutives comme membre de cette compagnie, au cours desquelles il tint des rôles aussi divers que Boris Godounov, Don Giovanni, Scarpia, Golaud de Pelléas et Mélisande, le Hollandais  (Der Fliegende Holländer), Amfortas  (Parsifa), Eugène Onéguine ainsi que Méphistophélès (Faust). Il se produisit avec le Metropolitan Opera à Toronto dans le rôle de Scarpia (1953, 1957) et dans celui du Comte (Les Noces de Figaro) (1957), aussi à Montréal dans celui de Scarpia en 1953. Au cours de sa carrière au Met, on le vit en 1956 à l’ émission télévisée d’Ed Sullivan dans une version abrégée de l’acte 2 de Tosca , face à Maria Callas, dirigé par Dimitri Mitropoulos. Une vidéo de cette performance a été préservé. Une autre bande vidéo en noir et blanc de lui dans le même rôle, face à Renata Tebaldi dans l’opéra entier, est parfois visible. 

Quelques tenues de scène de George London

Durant ces mêmes années, la couleur sombre de sa voix et la profondeur de ses interprétations lui valurent une réputation non moins grande au concert. Il chanta Don Giovanni lors des mémorables représentations de cette oeuvre au premier Festival international de Vancouver en 1958. À ce même festival, il fut soliste dans le Requiem de Verdi. En 1967, il fit, à la télévision de la SRC à Montréal, le rôle du Père dans des extraits de Louise de Charpentier avec la soprano Constance Lambert. Birgit Nilsson disait de lui qu’il avait tout: une voix magnifique, un grand musicien, un acteur merveilleux, une grande personnalité.

George London dans le rôle de Wotan

En 1958, London interpréta le rôle principal de Wotan, dans l’enregistrement majeur de l’opéra Das Rheingold de Richard Wagner, dirigé par Sir Georg Solti et produit par John Culshaw pour Decca. Ayant déjà chanté les rôles de Wotan dans Rheingold et le Wanderer dans Siegfried, au Met de New-York en décembre 1961 et janvier 1962, il était prêt à chanter son premier cycle complet du Ring. Ce devait être la nouvelle production désormais légendaire montée par Wieland Wagner à l’ Opéra de Cologne en Allemagne de l’Ouest en mai 1962. Wieland Wagner était prêt à essayer de nouveaux chanteurs et des idées de mise en scène avant sa nouvelle production du Festival de Bayreuth qui était prévue pour l’été de 1965 avec London comme Wotan and the Wanderer. Le Ring de Cologne s’est avéré être un grand succès (un enregistrement privé de Das Rheingold de ce cycle existe pour le vérifier) ​​mais la santé vocale de London commença à se détériorer rapidement pendant la saison 1963/64. Par la suite, on lui diagnostiqua une paralysie d’une corde vocale. Ce problème s’aggrava peu de temps après avoir chanté Wotan dans Die Walküre au Met en mars 1965. Il dut annuler ses contrats suivants au Festival de Bayreuth pour se reposer et retrouver sa voix. Cependant, son déclin vocal continua si sévèrement qu’en mars 1966, il fit sa dernière apparition au Metropolitan Opera avec le rôle d’Amfortas dans Parsifal. London a ensuite reçu des injections de Téflon dans sa corde vocale paralysée, ce qui était alors le traitement de pointe pour cette pathologie. Ce traitement sembla efficace et lui permit de restaurer sa voix, dans une certaine mesure. Mais il considéra que l’amélioration ne lui permettait pas d’atteindre à nouveau les normes les plus élevées qu’il s’était imposées. Il mit donc fin à sa carrière de chanteur en 1967, à 46 ans. 

De gauche à droite: George London, le chanteur suisse Fernando Corena (spécialiste des rôles «bouffe») et la soprano Roberta Peters.

Après avoir pris sa retraite comme chanteur, il fit en 1971 ses débuts en tant que metteur en scène, avec notamment L’Anneau du Nibelung de Wagner à Seattle et à San Diego et  La Flûte enchantée à la Juilliard School de New-York. Par la suite, il fut directeur administratif du National Opera Institute à Washington, D.C., et directeur général de l’Opera Theatre de l’Université de Californie du Sud. Une panoplie de vedettes de l’opéra, dont Nicolai Gedda, Beverly Sills et Joan Sutherland, participa à un concert-gala tenu au Kennedy Center le 4 novembre 1981 au bénéfice de London.

À compter de 1949, London fit de nombreux enregistrements pour divers labels, principalement Decca, Columbia et Philips. Son imposante discographie, récitals et premiers rôles, comporte trois versions de Parsifal enregistrées lors de représentations à Bayreuth: sous la direction de Knappertsbusch en 1951 et 1962 et sous celle de Krauss en 1953. Ses interprétations de Wotan dans l’enregistrement de 1958 de Das Rheingold et de Mandryka dans Arabella de Strauss, toutes deux sous la direction de Solti, font encore autorité.

Une attaque cardiaque l’obligea à arrêter toute activité en 1977 et il décéda cinq ans plus tard le 24 mars 1985 à New-York, d’une crise cardiaque, à l’âge de soixante-quatre ans.