Toti Dal Monte 1893-1975

Toti Dal Monte, fut une des dernières belcantistes italiennes après la Patti. On la considère comme la plus fameuse Lucia de la période avant Callas.

Toti Dal Monte fut le nom de scène d’Antonietta Meneghelli. Elle naquit dans la ville italienne de Mogliano Veneto, dans la province de Trévise (Vénétie), le 27 juin 1893. Elle étudia d’abord avec la célèbre contralto Barbara Marchisio qui fut elle-même élève de Rossini. Elle fit ses débuts à La Scala à l’âge de 23 ans, en 1916, dans le rôle de Biancafiore du nouvel opéra Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai. Elle suivit ensuite des études complémentaires avec le compositeur Antonio Pini-Corsi. Elle chanta alors dans divers théâtres de  province et lors de concerts des rôles de sopranos légers et lyriques. Au Teatro Massimo de Palerme, elle interpréta en 1918 le rôle de Gilda (Rigoletto) et le rôle-titre de Lodoletta de Mascagni.

Elle  entreprit ensuite une importante tournée en Amérique du Sud. En 1921, elle eut l’opportunité de participer à Turin à une représentation de la Neuvième symphonie de Beethoven dirigée par Arturo Toscanini. Ce dernier la repéra immédiatement et  la choisit pour chanter Gilda à la Scala l’année suivante. Le triomphe fut tel qu’elle décida de se consacrer exclusivement au répertoire de soprano léger (Rosine, Amina, Lucia, Linda).

Toti dal Monte

Devenue soprano vedette de La Scala, elle chanta aussi à Rome et Naples et entama une carrière internationale, d’abord à Paris puis aux États-Unis, en novembre 1924, au Chicago Civic Opera. Le mois suivant, elle fit ses débuts sous un tonnerre d’applaudissements au Metropolitan Opera en chantant Lucia, une performance qui reçut les honneurs de la couverture du numéro du 15 décembre 1924 du Time Magazine.  On y lit à propos de sa performance: «La semaine dernière, au Metropolitan Opera House de Manhattan, Mme Toti dal Monte, soprano vénitienne, a fait ses débuts. En raison des grands éloges qui lui ont été accordés quand, avec la Chicago Opera Company, elle a fait sa première apparition aux États-Unis il y a un mois, les critiques l’ont considérée avec un grand intérêt. En Lucia di Lammermoor, une dame en détresse qui devient folle en essayant de sonner comme une flûte, Mme Dal Monte s’est montrée cadencée, avec bravoure, langueur, trilles et palpitations. Ses mains étaient expressives, sa silhouette accroupie, sa voix limpide. Les applaudissements furent bruyants et longs.»

Toi dal Monte

En 1925, elle se produisit à Londres (Covent Garden), Vienne et Berlin dans les rôles de Lucia et Rosina. Elle continua de chanter à Chicago jusqu’en 1928. De 1928 à 1935, elle participa à de nombreuses tournées avec la Troupe de la Scala (Russie, Australie, Argentine, japon, Chine). Au fil des ans, elle ajouta à son répertoire les rôles de Violetta (1935), Mimi et Madame Butterfly dont elle laisse un enregistrement (pour HMV/EMI en 1939) désormais légendaire aux côtés de Beniamino Gigli. La Cio-Cio-San de Dal Monte est d’ailleurs considérée par de nombreux critiques comme la meilleure de tous les temps.

Toti Dal Monte

Pendant le reste des années de l’entre-deux-guerres, dal Monte connut un succès international considérable, se produisant dans toute l’Europe (Barcelone, Berlin 1933, Budapest 1934, Lisbonne, Madrid, Monte-Carlo 1925 et 1933, Paris 1924, Zurich 1931 et 1937), ainsi qu’en Amérique du Sud (Buenos Aires 1923, 1927, 1928) et Rio de Janeiro 1921-1927). Elle a participé à trois tournées en Australie à la fin des années 1920 en qualité de membre d’une compagnie d’opéra organisée par Dame Nellie Melba, qui eut un grand succès auprès du public et des critiques. Entre les deux prima donna, une Melba vieillissante et la jeune Dal Monte, il n’y a pas eu de rivalité et les bouquets de fleurs furent également partagés entre les deux artistes. Tout au long des années 1930, Dal Monte continua de se produire à La Scala, dans un répertoire restreint comprenant Amina (Sonnambula), Linda (Linda di Chamounix) en 1940 et Norina (Don Pasquale). En 1939, elle tourna dans son premier film, Carnevale di Venezia. Ont suivi d’autres films dans les années 1940 et 1950 comme Assi della risate (1943) et Cuore di Mamma (1954). Son dernier film fut l’Anonimo Veniziano de 1970 avec Tony Musante.

Après la Seconde Guerre mondiale, ses apparitions se raréfièrent, mais on la vit à Piacenza (Rosina 1947) et aux arènes de Vérone en 1949.      

Elle quitta la scène en 1943 et se consacra d’abord au théâtre parlé, puis à l’enseignement. Elle enseigna à Milan, Rome, Venise et jusqu’en URSS. On note parmi ses élèves, la soprano américaine Gianna d’Angelo, Halina Lukomska , Marilyn Tyler et Dolores Wilson.  

Elle était mariée au ténor Enzo de Muro Lomanto. Le 28 juin, lors d’un somptueux déjeuner officiel «uniquement sur invitation», Toti et Enzo ont annoncé leurs fiançailles et, le 23 août, en la cathédrale Sainte-Marie de Sydney, ils se sont mariés lors d’une cérémonie qui a attiré 25 000 personnes.  Ce fut un grand évènement mondain qui fit d’eux, pour quelques temps, un couple aussi mythique que furent à la même époque Mary Pickford et Douglas Fairbanks. Arangi Lombardi et son mari étaient leurs témoins officiels. A la fin de la cérémonie, les mariés se sont alignés sur les marches de la cathédrale et ont salué l’immense foule avec le salut fasciste. La publicité qu’ils ont reçue fut énorme et ils ont été assiégés par des photographes partout où ils allaient, y compris pendant leur brève lune de miel au lac Macquarie. Pour Toti, ce mariage lui permit d’effacer une déception amoureuse avec le baryton Luigi Montesanto (lui même déjà marié) avec lequel elle avait eu une relation longue et difficile. Enzo De Muro remplit Toti d’affection et d’attentions constantes, une persévérance qui finit par gagner la résistance de la grande soprano vénitienne. Le couple retourna en Italie à la fin de 1928 et le 12 janvier 1929, ils chantèrent à La Scala dans la première mondiale de Il Re de Giordano dans les rôles de Colombello et Rosalina, sous la direction d’Arturo Toscanini. Il faut rappeler que Toti Dal Monte, des cinq représentations programmées, n’a chanté que la première, les quatre autres ont été confiées à la soprano catalane Mercedes Capsir. Avec Toti, De Muro sera aussi applaudi à Rome, Naples, Budapest, Milan, Vienne, Turin, Berlin, Paris, Anvers, Florence, Palerme, Nice, Moscou, Copenhague, Stockholm, Venise, Zurich et le Liceo de Barcelone. Lorsque le couple s’est rendu au Japon, en Chine et à Hong Kong en 1931, il furent reçus comme un couple royal. Leurs photos étaient affichées partout et dans chaque ville ils étaient accueillis par des réceptions officielles auxquelles assistaient les maires et les dignitaires locaux. Rien qu’à Tokyo ils ont donné six récitals. Mais derrière les paillettes, tout ne se passa pas si bien. Le mariage fut un échec et même la naissance de leur unique enfant, Mary, le 15 avril 1930, ne put le sauver. Au moment où Mary avait deux ans, ils vivaient déjà séparés et le 7 décembre 1932, le divorce fut prononcé à Milan. Toti se montra régulièrement en public avec Luigi Montesanto. Compte tenu de leur relation antérieure, Luigi Montesanto a certainement joué un rôle important dans l’échec de ce mariage.

Arrivée de Toti à la cathédrale Sainte Marie de Sydney
Toti et Enzo le jour du mariage

Toti Dal Monte décéda à Trévise, en Italie, le 26 janvier 1975 à l’âge de 81 ans. Elle a publié une autobiographie Una voce nel mondo, en 1961. Elle a fondé un concours annuel de chant à Trévise le 1er mars 1969 qui est l’un des plus anciens concours de chant italiens. Les épreuves  ont lieu au Teatro Mario del Monaco di Trevisio.

Surnommée «La Toti» par ses nombreux admirateurs, Dal Monte possédait une voix de colorature légère dont le ton délicat était souvent comparé au chant d’un rossignol. Pure et pénétrante, elle était capable de colorations très variées et d’inflexions presque enfantines. Son rôle préféré était Amina.

Toti Dal Monte
Toti Dal Monte dans le rôle de Gilda
Toti Dal Monte

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