Lina Cavalieri 1874-1944

Natalina dite Lina Cavalieri et bien souvent “la Cavalieri”, est une soprano lyrique italienne qui fut adulée tout au long de sa carrière, autant sinon plus, pour sa remarquable beauté que pour sa voix. Elle fut surnommée à son époque “la plus belle femme du monde.”

La petite Natalina naquit le jour de Noël 1874 dans un quartier populaire de Rome, au sein d’une famille désargentée. Enfant déjà, on remarquait sa bouille d’ange, sa grande force de caractère, son tempérament fier et résolu. La jeune fille secondait sa mère à la maison en s’occupant de ses frères et sœurs : Nino, Oreste et Giulia.

Adolescente, après avoir été marchande de violettes dans les rues, elle fut employée dans une usine en qualité de plieuse de journaux. Rapidement Natalina commença à déprimer, tant cette occupation abrutissante bridait son naturel créatif. Pour passer le temps, elle poussait la chansonnette, profitant d’escapades dans les quartiers prospères de la ville pour se glisser dans les cafés concerts où elle observait les chanteuses, s’imprégnant de leurs mimiques et de leur répertoire. Par chance, un professeur de musique entendit ses vocalises et proposa de lui donner quelques cours de chant. Il se rendit vite compte que la belle de 14 ans avait de l’ambition, et que son talent était largement au-dessus de la moyenne. Il l’introduisit auprès du gérant d’un café de la Piazza Navone, qui l’engagea après l’avoir entendue chanter des airs napolitains à la mode. Lina avouera que pour ses premières représentations, elle «tremblait de peur»! C’est probablement à ce moment-là qu’on lui conseilla de troquer son nom pour le diminutif de Lina.

Sa carrière commençait à prendre forme. Elle enchaîna les emplois dans les cafés concerts. On commença à la reconnaître dans les rues de Rome tant sa beauté était stupéfiante. Son premier grand succès, au Grande Orfeo, la hissa au rang des plus célèbres artistes de la capitale. Consciente alors de l’opportunité qui s’offrait à elle, Lina développe son répertoire et travailla d’arrache-pied: sa popularité continua de croître. On dit qu’elle aurait eu 840 propositions de mariage! L’amoureux le plus connu étant Benito Mussolini. La voici maintenant demandée à Naples, à Milan… puis à Paris.

Caroline Otero, née Agustina Otero Iglesias (1868-1965) dite la “Belle Otero”, célèbre chanteuse, danseuse et surtout grande courtisane de la belle Epoque.

Au début de l’année 1896, elle arriva sur la scène des Folies Bergères, qui était à cette époque un véritable tremplin pour les artistes. En quelques jours à peine, elle devint une star dans la capitale française et multiplia les représentations. Son nom apparut à côté de ceux des célèbres actrices et grandes courtisanes, comme on disait à l’époque, qu’étaient Liane de Pougy ou Caroline Otero dite “la belle Otero”, sur les programmes distribués dans les salles et sur les affiches, exploit qu’elle ne manqua pas de souligner dans ses Mémoires. Elle remplaça même Liane de Pougy dans le rôle titre de l’Araignée d’Or. Elle fut, à ce stade, demandée à l’international.

Lina Cavalieri

En mai 1897, la voilà à l’Empire de Londres : ce fut un triomphe. En juin, elle arriva en Russie. Toute la ville attendait la venue de celle que l’on surnommait « la petite étoile d’Italie». Lina chantait des airs de son pays, accompagnée d’un orchestre de femmes avec guitares et mandolines. Nouvelle idole du public, elle avait droit à une ovation tous les soirs au théâtre Krestovsky. L’acteur russe Rostovtsev nota: «Sa silhouette élégante et sa jolie frimousse lui donnent des airs de délicate statue de porcelaine». Le Journal de Saint-Pétersbourg ajouta qu’elle est l’unique femme à savoir combiner «la simplicité italienne et la sophistication française».

Après un automne aux Folies Bergères, elle se produisit au Cabaret Aquarium de Saint-Pétersbourg, en compagnie de la belle Otéro. Lina Cavalieri, personnification de la beauté angélique et naïve, entonnait des chansons scabreuses, semblant presque s’excuser de leur contenu indélicat. Elle formait avec Caroline Otéro, de six ans plus âgée et archétype de la femme espagnole énergique, vive et séductrice, un duo explosif.

Lina Cavalieri

Le 13 décembre 1897, Lina franchit une nouvelle étape dans sa carrière. Elle fut invitée par le français Charles Aumont à venir se produire sur la scène du Théâtre des variétés de Moscou. Son succès fut éclatant. Les représentations se succédèrent. Devant ce brin de femme chantant des ballades italiennes, dansant la tarentelle au son du tambourin, le public n’en finissait plus d’applaudir. Partout où elle se produisait, investissant l’espace avec noblesse et poésie sous le patronage d’Aumont, les salles étaient combles.

À la fin de janvier 1898, elle était de retour à Paris pour une nouvelle saison aux Folies Bergères puis passa l’été à Moscou, à nouveau en association avec Caroline Otéro, les deux vedettes rivalisant l’une avec l’autre pour accaparer l’attention des spectateurs.

En novembre 1899, Lina Cavalieri filant le parfait amour avec le prince Alexander Bariatinsky annonça qu’elle mettait fin à sa carrière. Pour pouvoir l’épouser, elle fut obligée d’accepter de quitter la scène, car une princesse digne de ce nom ne devait pas monter sur les planches. Elle troqua alors ses tenues extravagantes pour des robes irréprochables, ses bijoux tapageurs pour une précieuse parure d’émeraudes que lui offrit son époux. Lina s’installa à Londres avec lui pour mener la vie rangée que l’on attendait d’elle… Mais le conte de fée ne va pas durer. On ne sait trop si le mariage a été dissout par la famille du prince, horrifiée par cette union indigne de son rang, voire même si le mariage eut réellement lieu car il n’y en a aucune trace dans les archives. Dans ses Mémoires, Lina assure que le divorce fut prononcé car elle refusa de sacrifier sa carrière à l’amour. Et en effet, elle ne pouvait résister à l’appel de la scène.

Lina cavalieri

Mais si elle devait remonter sur scène, il n’était plus question de pousser la chansonnette dans les cafés concerts. Elle visait maintenant l’Opéra, qu’elle a beaucoup fréquenté durant sa liaison avec le prince. Il l’a introduite dans ce monde nouveau et l’a mise en relation avec des gens influents. Parmi eux, la cantatrice Mariani Masi, qui tenait une école de chant à Saint-Pétersbourg. Elle accepta de prendre Lina sous son aile et de lui donner des leçons. La belle travailla ainsi son répertoire lyrique.

Devenue son mentor, Mariani Masi l’emmena à Lisbonne, où Lina fit ses débuts au Théâtre San Carlo le 29 janvier 1900. Entourée d’artistes de renom, elle tint le rôle de Nedda dans l’opéra Pagliacci de Ruggero Leoncavallo. Cette représentation, encore un peu prématurée, fut un échec. Mais Lina ne désespéra pas et partit en Italie avec Masi pour travailler sa voix. A force de volonté, de travail et de persévérance, elle parvint à faire évoluer ses capacités vocales en un temps record. Elle fit une seconde apparition à l’Opéra de Naples dans Mimi de La bohème de Puccini. Cette fois les spectateurs furent conquis. Les journaux qualifièrent sa carrière de «prometteuse ». En novembre, elle tint le rôle de Violetta, l’héroïne de Verdi dans La Traviata.

Lina Cavalieri

Dans les années 1900, Lina Cavalieri atteint le statut d’une véritable star internationale. Elle ne se déplaçait jamais sans ses femmes de chambre, deux domestiques, un cuisinier, dix musiciens et son coiffeur personnel. Elle reçevait d’innombrables présents de ses admirateurs, dont beaucoup devinrent ses amants. Comme toutes les cocottes, elle paradait sur la côte d’Azur, lieu de villégiature prisé des têtes couronnées. Se déplaçant souvent à Monte-Carlo, elle côtoyait la meilleure société et se lia avec des princes et des ambassadeurs. Gagnant bien sa vie (près de 10 000 francs par mois, contre les 15 francs du début!), elle s’acheta une villa sur les Champs-Elysées, qu’elle décora dans le style russe. Les hommes comme les femmes ne tarissaient pas d’éloges sur Lina: «parfaite personnification de Vénus» selon l’écrivain Gabriele d’Annunzio. Séduit par cette beauté irréelle et ses grands yeux tristes, Giovanni Boldini, l’un des portraitistes les plus en vue à cette époque, notamment célèbre pour ses portraits féminins, lui consacra plusieurs tableaux. Quant à l’artiste Erté, il dressa de Lina un portrait des plus flatteurs: «Lina Cavalieri était grande, très élancée, avec un long cou de cygne magnifique. Brune, elle possédait de grands yeux noirs et des traits parfaitement dessinés. Elle était tout le contraire d’une beauté froide, car son visage, sans cesse en mouvement, demeurait toujours expressif. Mais ce qu’il y avait de plus remarquable en elle, c’était son charme extraordinaire.» Vitrine vivante des plus éminents couturiers, symbole de la beauté féminine, Lina devint célèbre pour son «décolleté profond et sa taille de guêpe». Contrairement à ses rivales, elle ne cherchait pas à se différencier à tout prix en jouant l’originale. C’est pour son naturel et sa candeur qu’elle suscitait l’admiration! Les autres actrices se mirent à vouloir lui ressembler et adoptèrent les coiffures «à la Cavalieri». Il suffisait qu’elle paraisse à une loge à l’Opéra, coiffée d’un chapeau orné de plumes d’autruche, le cou orné de perles et de diamants, pour que la foule se désintéresse du spectacle et se tourne vers elle. Si elle sortait dans les rues faire des emplettes, une troupe de curieux se massait autour d’elle. La presse commentait les moindres détails de son quotidien. On débatait sur sa santé délicate, son intolérance aux changements de température, à l’excès de nourriture, etc.

Divers portraits de Lina Cavalieri

Les cocottes faisaient vendre, devenant ambassadrices des marques et de leurs produits… Lina apparut par exemple en dame de carreau dans un jeu de cartes à jouer datant de 1905, aux côtés des plus célèbres beautés de l’époque: l’Australienne Clarisse Campbell en dame de trèfle, l’espagnole Caroline Otero en dame de pique et la française Cléo de Mérode en dame de cœur !

Lina Cavalieri dans Thais de Massenet

Elle était aussi recherchée pour ses conseils en beauté. Vers 1910, elle traita de «l’art d’être belle» pour la revue Femina. Quelques années auparavant, elle avait créé son propre institut de beauté avenue Victor-Emmanuel-III, et mis au point une méthode pour supprimer la couperose, les points noirs et autres imperfections de la peau. Elle commercialise ses propres produits cosmétiques et crée sa marque de parfum. Si la publicité, parfois les rapprochait, la guerre faisait rage entre toutes ces belles qui se volaient la vedette à tour de rôle. Jean Cocteau témoigna en 1913: «J’ai vu Otero et Cavalieri déjeuner à Ermenonville. Ce n’était pas une petite affaire (…) Ces chevaliers hérissés de tulle et de cils, ces scarabées sacrés armés de pinces à asperges, ces samouraïs de zibeline et d’hermine, ces cuirassiers du plaisir (…) semblaient, raides, à ne pouvoir sortir d’une huître que sa perle.»

Lina Cavalieri

On confia à Lina de plus en plus de rôles et elle se produisit dans les plus grands Opéras du monde. Sa prestation dans  Traviata fut tellement encensée qu’elle va la jouer en Russie et en Italie. En janvier 1904 elle tint le rôle de Fedora dans l’opéra du même nom de Giordano à Gênes. Le mois suivant elle était à Trieste pour Manon de Jules Massenet. Elle consolidait son répertoire et acquit une réputation de diva malgré quelques critiques acerbes accusant la «Reine des diamants» de vouloir aussi devenir «la Reine de l’Opéra». Dans Le Monde Illustré, André Charlot attribue son succès à «sa beauté rayonnante, et son double talent de danseuse et de chanteuse». Assurément, Lina ne possédait pas une voix extraordinaire. Mais elle la connaissait à la perfection et en faisait le meilleur usage. Elle travaillait d’arrache-pied et les résultats furent au rendez-vous: elle parvint à transformer une voix somme toute banale en un instrument performant. Selon le critique Rupert Christiansen, «son art était quelque chose de fragile… Une légère mais jolie petite voix en harmonie avec sa beauté diaphane.» Sa présence scénique retenait aussi l’attention. Ses représentations étaient toujours spontanées et pleines de charme. Car si elle faisait au préalable des recherches sur les personnages qu’elle allait incarner «pour le reste, elle suivait ses propres émotions». Lina était donc imprévisible et sa façon instinctive et naturelle de jouer la rendait inoubliable. Elle gagnait en technique à chacune de ses nouvelles représentations. D’octobre 1901 à octobre 1903, elle revint sur la scène italienne, augmentant les rôles de son répertoire. Début 1904, elle retrouva sa Russie adorée puis retourna en France où elle monta sur les scènes les plus prestigieuses comme le théâtre Sarah Bernhardt, tout en continuant à prendre des cours avec Mariani Masi.

Lina Cavalieri

Gagnant en confiance, Lina expérimenta de nouvelles choses, sur de nouvelles scènes. Elle arriva pour la première fois aux Etats-Unis en décembre 1906, lorsqu’on lui proposa le Metropolitan Opera pour un cachet de plus de 1 000 dollars par représentation. Bien que nerveuse d’avoir à faire face au public américain pour la première fois, elle fut vite rassurée en constatant que le succès était immédiat. Ses meilleurs rôles furent Mimi dans La bohème et Micaëla dans Carmen. Pas moins de 28 représentations furent données durant la saison. A l’hiver 1907/1908, elle créa Adrienne Lecouvreur et interprèta Manon Lescaut aux côtés du grand ténor Beniamino Gigli.

“The Kissing Primadonna”, Lina Cavalieri et Enrico Caruso

 Sa carrière ne fut pas dénuée de scandale: un soir, sur la scène de ce Metropolitan Opera qui lui réussit tant, alors qu’elle interprètait un duo avec le célèbre Enrico Caruso dans Fedora, un opéra de Giordano, elle se jeta dans les bras du ténor et l’embrassa passionnément sur la bouche! Pour la première fois aux Etats-Unis, une actrice donnait un vrai baiser sur la scène. Ce fut un triomphe. Certains crièrent bien sûr au scandale mais le succès n’en fut que plus grand! Cette audace lui valut le surnom de «the kissing Primadonna», la cantatrice au baiser. Elle a chanté avec le célèbre ténor napolitain, bien sûr, mais aussi avec Mattia Battistini et le grand Chaliapine, se produisant dans Traviata, Manon Lescaut et La bohème Hérodiade de Massenet et Pagliacci de Leoncavallo, rivalisant brillamment avec des stars confirmées comme Geraldine Farrar.

En 1909, Lina fréquenta le peintre Robert Winthrop Chanler, petit-fils de John Jacob Astor, l’un des hommes les plus riches des États-Unis. La famille, puissante et influente, désapprouva publiquement la liaison. Ils se marièrent pourtant civilement le 18 juin 1910 à Paris. Trois mois plus tard, Lina demanda le divorce! Le scandale ravit la presse et les directeurs des théâtres: les tickets se vendaient à prix d’or.

Lina poursuivit sa carrière, ajoutant de nouveaux rôles à son répertoire: Madame Butterfly, Roméo et Juliette, Thaïs… Ce dernier opéra, de Jules Massenet, fut l’un de ses plus éclatants succès.

Lina Cavalieri et Lucien Muratore

En avril 1912, la diva annonça ses fiançailles avec Lucien Muratore, l’un des plus célèbres ténors français. Ils se marièrent en 1913 et Lucien adopta un fils que Lina a certainement eu très jeune avec un amour de passage: Alessandro.

Le couple affichait un bonheur sans nuage. Ils partirent en tournée en Amérique pour des duos vibrants d’émotion. Heureuse, souriante, comblée, Lina se laissait prendre en photo en couple. Mais le rythme des représentations qui s’enchaînaient fatiguait énormément sa voix. Elle songeait de plus en plus à arrêter la scène. Sa carrière se poursuivra cependant jusqu’en 1921.

Lina Cavalieri et Lucien Muratore en 1915
Portrait de Lina par le peintre Giovanni Boldini

Sa relation avec Lucien coïncida aussi avec les débuts de sa passion pour le cinéma. Lina apparut dans plusieurs films tournés par son époux. Elle semblait très à l’aise devant la caméra, et le film Manon Lescaut en 1914 fut un vrai succès. L’année suivante, elle joua à nouveau avec son époux dans La Sposa della Morte, projeté par Pathé aux Etats-Unis en 1916. Le nom de Lina était tellement populaire qu’on fit représenter le film en Russie. The roses of Granada sortit aux Etats-Unis en 1917. A Woman of Impulse connut un fort engouement l’année suivante. Elle continua ainsi jusqu’en 1821, année qui marqua à la fois son retrait de la scène et de la vie publique: souhaitant à présent vivre tranquille, Lina fuya enfin les projecteurs.

En 1926, elle fit ses adieux à la scène et ouvrit un institut de beauté à Paris. Egalement en 1926, elle signa une licence avec les parfums Isabey Paris et développa ainsi une gamme de produits cosmétiques ainsi que son parfum Mona Lina, en hommage au portrait de Mona Lisa par Léonard de Vinci. Le flacon de son parfum fut créé par Julien Viard et l’écrin par le cartonnier Sennet. 

À présent âgée de 46 ans, Lina se consacra beaucoup à sa famille, qu’elle visita très souvent, notamment sa mère avant que celle-ci ne soit emportée par une pneumonie dans les années 1930. Ayant divorcé de Muratore en 1919, l’ex-diva se retira dans sa villa de Fiesole à côté de Florence. Elle épousa le coureur automobile Giuseppe Campari en 1927. Malheureusement il décéda dans un accident de voiture en 1933. Elle entama alors une relation avec le frère de ce dernier, David Campari, mais qui prit fin en 1937.

Passé la soixantaine, elle trouva enfin le bonheur auprès de l’imprésario Arnaldo Pavoni. Elle passa avec lui les dernières années de sa vie, partageant son temps entre sa villa de Rieti et son autre villa de Fiesole, dont les portes étaient toujours ouvertes à des amis italiens ou étrangers. Elle donnait de somptueuses fêtes agrémentées de spectacles et de feux d’artifice.

C’est à Fiesole, une petite ville près de Florence, qu’elle va trouver la mort avec son compagnon, victime d’une attaque aérienne de l’aviation alliée lors de la Seconde Guerre Mondiale, le 6 mai 1944. L’attaque détruisit sa maison. En entendant arriver un bombardier américain, Lina, son mari et leurs serviteurs, ont couru vers un abri anti-aérien tout proche, mais ils ont fait demi-tour pour récupérer des objets de valeur dans la maison. Cavalieri et son mari sont morts sous le bombardement, tandis que le reste du personnel, déjà dans l’abri, a survécu. Son corps presque intact fut retiré des décombres puis enterré dans le cimetière Verano à Rome, où reposaient déjà ses parents. Retirée de la scène depuis tant d’années, et en pleine guerre, sa mort passa presque inaperçue…

Sa vie personnelle a été aussi intense que sa carrière. On ne compte pas le nombre de ses amants, plus cinq maris et un fils né hors mariage (issu d’une relation avec un professeur de chant). Elle a charmé des artistes tels que Piero Fornasetti – inspirant le visage féminin emblématique qu’il a reproduit dans tant de sérigraphies – et Giovanni Boldini, qui a peint à plusieurs reprises son portrait. Même Mussolini a été impressionnée par sa beauté, et quand il a apprit sa mort – peut-être sentant qu’il allait bientôt perdre sa propre vie dans des conditions bien pires – il écrivit à sa maitresse Claretta Petacci: «Elle a été favorisée par le destin, car elle est morte sans s’en rendre compte, sans douleur.»

Sa voix, limitée, était plutôt faite pour le répertoire léger, mais elle séduisait et fascinait par sa beauté. Son portrait dessiné par Piero Fornasetti et utilisé dans sa production artistique devenue un emblème du design italien. Elle a écrit un livre de souvenir La mia verità, Rome (1936). Le film La Belle des belles (La donna più bella del mondo) lui a été consacré par le réalisateur Robert Leonard en 1955 avec Gina Lollobrigida dans le rôle de Lina. Elle est aujourd’hui encore très populaire en Italie.