Kathleen Ferrier 1912-1953

Foudroyée à l’âge de 41 ans par un cancer du sein, la carrière de Kathleen Ferrier n’aura duré qu’une petite dizaine d’années mais cela aura suffit pour qu’elle reste l’une des plus émouvantes voix du XXème siècle. Sa voix de contralto unique, reconnaissable entre toutes, ses interprétations de Bach, Hændel, Brahms, ou Mahler l’ont fait accéder au rang de légende. 

Kathleen Ferrier

Kathleen Mary Ferrier, naquit le 22 avril 1912 dans le quartier Preston de Higher Walton dans le Lancashire en Angleterre. Elle était le troisième enfant de William et Alice Ferrier. Son père était instituteur et sa mère chantait en amateur. Sa mère avait insisté pour qu’elle reçoive des cours de piano dès son plus jeune âge, et son père qui était aussi professeur de musique et choriste enthousiaste avait de ce fait inculqué des principes rigides de musicalité à sa fille. Si une pièce devait être jouée, elle devait être jouée correctement et selon les intentions du compositeur. Très jeune, Ferrier se révèla une jeune pianiste talentueuse. Des difficultés financières l’obligèrent à quitter l’école à quatorze ans pour travailler comme télégraphiste à la Poste, mais tout en parvenant à poursuivre ses études musicales. Elle décrocha un premier prix de piano qui aurait put lui permettre de poursuivre dans cette voie pour devenir concertiste, mais à dix-neuf ans, elle préféra entamer des études de chant.

En 1940, elle obtint une bourse qui lui permet de s’installer à Londres où elle suivit des cours avec John Ernest Hutchinson, chef d’orchestre et professeur de chant, puis elle travailla à la Royal Academy of Music auprès du baryton Roy Henderson. La jeune femme travailla d’arrache-pied sa technique vocale pour développer tout le potentiel de sa magnifique voix de contralto, la voix féminine la plus grave et la plus rare. En 1942, elle donna son premier récital à la National Gallery de Londres. Le 17 mai 1943, à l’abbaye de Westminster, Kathleen Ferrier chanta Le Messie de Haendel aux côtés du grand ténor anglais Peter Pears, ami de Benjamin Britten. Ce fut le début de toute une série d’engagements et la BBC lui permit bientôt d’entrer dans tous les foyers britanniques. Kathleen Ferrier deviendra une chanteuse véritablement populaire car son répertoire allait des chansons folkloriques aux lieder de Mahler en passant par la musique contemporaine.

Kathleen Ferrier, était aussi une excellente pianiste

En 1946, à l’occasion de la réouverture du Festival de Glyndebourne, Benjamin Britten la choisit pour créer son deuxième opéra, Le Viol de Lucrèce. Bien qu’elle ait donné une magnifique interprétation de l’héroïne de Britten, la chanteuse ne se sentait pas vraiment à l’aise sur scène car sa personnalité réservée répugnait à se livrer en public. Par choix, elle ne chantera que dans deux opéras,  Le Viol de Lucrèce et Eurydice et Orphée de Gluck. C’est dans ce rôle qu’elle fera sa dernière apparition en public le 6 février 1953 au Covent Garden de Londres. Son interprétation devenue mythique a été fixée par le disque dans une version abrégée de l’ouvrage chez Decca et dans une version intégrale chez EMI/Warner Classics.

Kathleen Ferrier en compagnie du grand chef Bruno Walter
Kathleen Ferrier chantant pour la BBC

Après l’Orphée de Glyndebourne, les triomphes s’enchaînèrent. A l’occasion de l’inauguration du Festival d’Édimbourg en 1947, Bruno Walter fut invité à diriger le Wiener Philharmoniker. Il avait choisi Das Lied von der Erde, ayant été l’élève de Gustave Mahler. A l’époque, Mahler était largement inconnu du public britannique. Ferrier avait 34 ans et Bruno Walter pensait que sa voix était parfaite pour ce compositeur. C’est alors qu’elle a commencé à se spécialiser dans la musique de Mahler et a chanté non seulement Das Lied von der Erde mais aussi les Kindertotenlieder et les Rückert-Lieder dans toute l’Europe et dans des tournées ultérieures en Amérique. Au fur et à mesure que sa renommée s’étendait, elle établit d’étroites relations de travail avec de grandes figures de la musique, dont Benjamin Britten, Sir John Barbirolli, l’accompagnateur Gerald Moore et bien sûr le chef d’orchestre Bruno Walter sous la direction duquel elle enregistra Le Chant de la Terre de Mahler qu’ils donneront ensemble à New-York en 1948, en présence d’Alma Mahler. Le 17 mai 1943, Kathleen Ferrier participa au Messie de Haendel, à l’abbaye de Westminster, avec pour partenaires Isabelle Baillie, Peter Pears et William Parsons, dirigés par Reginald Jacques. Benjamin Britten était dans le public. De nombreux oratorios ont suivi, dont The Kingdom et The Dream of Gerontius d’Edward Elgar, Elijah de Felix Mendelssohn et La Messe en si mineur de Bach, ainsi que des récitals et des performances de l’Alto Rhapsody et des Quatre chansons sérieuses de Brahms. De 1948 à 1950, elle effectua trois tournées aux Etats-Unis tout en continuant à parcourir l’Europe, et sans cesser de se produire régulièrement dans son pays natal.  

Kathleen Ferrier en récital

En 1951, on lui diagnostiqua un cancer du sein qui fut opéré. A trente-neuf ans, Kathleen Ferrier était au sommet de sa carrière et le public ne soupçonna rien de sa maladie, qu’elle combattait tout en continuant de chanter. En janvier 1953, elle commençait à répéter la nouvelle production d’Eurydice et Orphée avec laquelle elle devait faire ses débuts au Covent Garden de Londres. Elle triompha le soir de la première mais son état se détériora lors de la seconde représentation, le 6 février. Elle passera ses derniers mois à l’hôpital et elle s’éteindra le 8 octobre 1953, à quarante et un ans.

Un fond Kathleen Ferrier pour la recherche sur le cancer fut lancé en mai 1954. Depuis 1956, le Kathleen Ferrier Memorial Scholarship Fund (Fonds commémoratif de bourses d’études Kathleen Ferrier), administré par la Royal Philharmonic Society, décerne des prix annuels à de jeunes chanteurs professionnels en herbe.

La discographie de Kathleen Ferrier est d’une richesse exceptionnelle car elle a été liée à EMI puis à Decca, deux labels qui offrent un catalogue impressionnant. Le mélomane d’aujourd’hui peut ainsi parfaitement apprécier l’art et l’engagement émotionnel d’une interprète de légende.

Cette « anti-diva » (pour reprendre le titre du remarquable documentaire de Suzanne Philips), qui ne peut être considérée comme un phénomène purement vocal, possédait une vraie voix de contralto évoluant sans effort sur une large tessiture de deux octaves (du sol2 au sol4). Un timbre somptueux, profond et coloré, une expressivité naturelle, une très fine sensibilité ainsi qu’une saisissante sobriété la rendent sans égale dans le répertoire qu’elle s’était choisi. Une partie du timbre si personnel de la voix de Kathleen Ferrier est due au fait qu’il s’agit d’un son naturel sans formation de conservatoire. Hutchinson et Henderson ont concédé que la voix était déjà là quand elle est venue vers eux et qu’ils ont simplement affiné et entraîné l’instrument. Kathleen Feerier eut une vie beaucoup trop courte et une carrière beaucoup trop brève. Heureusement, ses enregistrements et ses émissions survivantes nous conservent sa voix vivante et toucheront le cœur de ceux qui ne l’ont jamais vue ou entendue.

50 thoughts on “Kathleen Ferrier 1912-1953”

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